Retrouvez l’homélie du Père Benoît Lecomte et les photos du pèlerinage et des rogations à Charmant, le 14 mai 2026
Il est des périodes de l’histoire et de la vie du monde où l’on se trouve bien impuissants. Que pouvons-nous faire, à notre si petite échelle, devant les défis mondiaux, internationaux, planétaires qui se présentent à nous ? L’efficacité de nos actions semble si ridicule devant l’ampleur de la tâche. Nous pouvons même nous sentir abandonnés : qui pourra venir à notre secours ? Vers qui nous tourner pour rétablir les choses dans le bon sens ?
L’histoire biblique est parsemée de tels épisodes, au cours desquelles le peuple de Dieu ne sait plus ni quoi faire, ni vers qui se tourner. Il en arrive même parfois à se détourner de Dieu, imaginant trouver mieux ailleurs. C’est ainsi qu’il se crée des faux dieux et des veaux d’or, manifestant sa détresse jusqu’à sa perte de confiance en Dieu qui l’a pourtant libéré de l’esclavage. On peut faire de même, nous aussi : nous détourner de Dieu, chercher ailleurs une planche de salut, se construire des refuges, fuir d’une façon ou d’une autre ce monde qui devient fou, fermer les yeux et se boucher les oreilles pour faire semblant d’éviter le pire.
Les disciples aussi sont dépités et désemparés. Ils ont mis toute leur confiance en Jésus. Mais il est mort. L’accablement et le désespoir sont à leur comble. Trois jours après, ils découvrent qu’il est ressuscité. Ils sont alors tout à la fois dans le doute, la méfiance, la confiance, l’espérance, la joie, l’incompréhension. Mais Jésus ressuscité est bien là. Il leur apparait, il leur parle, il mange avec eux, discute de ce qui s’est passé et de ce qui va venir. On imagine leur confiance regonflée. Et voilà que quarante jours après Pâques, à nouveau Jésus disparait. A nouveau leur monde s’écroule. Jésus s’efface, et l’on comprend qu’il ne reviendra plus, ou qu’il reviendra différemment. A la fin des temps.
Alors que faire ? Tout abandonner ? Se tourner vers d’autres dieux, faits de mains humaines et fruits de l’imagination des hommes (ou de leur commerce) ? La promesse de recevoir l’Esprit Saint est encourageante, mais n’éclaire pas nécessairement les disciples.
C’est pourtant là, aussi, déjà, que naît l’Eglise et sa mission. « Vous serez mes témoins jusqu’aux extrémités de la terre », leur promet Jésus. « Allez, de toutes les nations faites des disciples », leur avait-il déjà dit dans l’Evangile. Il ne s’agit pas de regarder le ciel en espérant que quelque chose se passe. Il s’agit désormais de devenir l’Eglise, « l’accomplissement total du Christ », disait l’apôtre Paul dans sa lettre.
Or qu’a fait le Christ tout au long de sa vie terrestre ? Deux choses : il s’est livré aux hommes en vivant avec eux, en partageant leurs joies et leurs tristesses, leurs rêves et leurs épreuves et tout ce qui fait leur quotidien en y révélant la puissance de Dieu à l’œuvre justement dans ce quotidien, et il a prié, intercédé auprès de son Père pour ses disciples et pour tous.
Dans ce monde qui est le notre aujourd’hui, voilà que Jésus nous envoie en mission, en Eglise. Pour continuer de vivre sa mission de témoins d’espérance en partageant la vie de nos contemporains, et en intercédant auprès du Père par la prière. Depuis l’Ascension, nous avons reçu cette double charge de proximité et de fraternité avec ceux qui nous entourent, et d’intercession. « L’Eglise n’existe que d’être donnée au monde, livrée au monde, et, aux heures d’impuissance et de chagrin, elle peut et doit poursuivre l’œuvre du Fils unique, intercéder […] afin de porter la plainte des hommes et des femmes inquiets, terrassés, perdus […] La fête de l’Ascension […] nous rappelle que c’est désormais à nous de rendre actuelle l’œuvre du Fils, par l’accueil de son Esprit de vie. »[1]
C’est ce que nous voulons vivre ce matin, déjà par la célébration de cette messe, et après, avec les rogations, ces prières pour les hommes et les femmes, les champs, les récoltes, les animaux et les outils de travail de la terre. Nous n’allons pas déclamer des formules magiques, nous n’allons pas ressortir des vieilles coutumes folkloriques. Mais nous allons d’un même cœur porter notre réalité rurale et agricole dans la prière jusque dans le cœur du Père. Non qu’il l’aurait lui-même oubliée, mais parce qu’il est de notre devoir et de notre mission d’Eglise d’intercéder ainsi, à la suite de Jésus, en nous ouvrant à une communion avec toutes celles et tous ceux qui sont dépendants de cette réalité.
Les hommes qui apparaissent aux disciples invitent à ne pas rester le nez en l’air à regarder le ciel. L’Ascension nous invite au contraire à regarder la terre, car c’est là que nous vivons et c’est là que Dieu nous rejoint, mais pour porter par la prière dans le cœur de Dieu cette terre et les hommes et les femmes qui y habitent et qui y travaillent, en même temps que nous développons des tissus de solidarités, d’attentions et de fraternité, d’abord auprès des plus fragiles.
En Eglise, peuple convoqué et rassemblé, soyons ces témoins et ces artisans d’espérance dont le monde à besoin. Que l’Esprit Saint, qui nous est promis, nous donne audace, persévérance, foi et joie pour porter au monde le témoignage de la puissance de Vie de Jésus-Christ, pour que le monde retrouve la paix, la justice et l’espérance.
Amen.
P. Benoît Lecomte
[1] Anne Lécu, Intercéder, in Etudes, mai 2026, p93








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