Bien-aimés du Christ,
« Fils d’homme, je fais de toi un guetteur pour la maison d’Israël. » Ainsi le Seigneur s’adresse-t-il au prophète Ézéchiel. Le guetteur n’est-il pas celui qui veille dans la nuit, celui qui regarde au loin lorsque les autres dorment ? Il est au service de la vie de ceux qu’il avertit de l’imminence ou non du danger : il est un serviteur. Le prophète est un guetteur qui reçoit de Dieu une parole et il lui revient de la transmettre avec fidélité et humilité dans la vérité.
Nous sommes au cœur du message chrétien : nul ne se sauve seul. Dieu nous a confiés les uns aux autres. Et pourtant, la responsabilité du frère est une responsabilité redoutable.
Notre époque célèbre avec faste l’autonomie, le droit de chacun à disposer de lui-même, la liberté comprise comme absence de toute intervention d’autrui. Pourtant l’Évangile nous élève vers une conception infiniment plus haute de la liberté : je suis véritablement libre lorsque je suis capable de vouloir le bien de l’autre ; et aimer l’autre, c’est aussi parfois avoir le courage de lui dire une parole de vérité. « La vérité vous rendra libres » dit Jésus en saint Jean (8, 32).
Voilà pourquoi Jésus déclare : « Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui parler seul à seul et montre-lui sa faute. »
Quelle délicatesse du Seigneur ! Il n’appelle pas à la condamnation immédiate et à l’humiliation qui écrase le frère, la sœur. Il dit : va vers lui.
La correction fraternelle commence donc non par le jugement, les préjugés et les sentiments de supériorité, mais par la proximité fraternelle, l’amour qui « ne fait rien de mal au prochain. »
Car il existe une manière de dire la vérité qui humilie, et il existe une manière de dire la vérité qui libère.
La vérité chrétienne est un chemin vers la communion, la fraternité.
Saint Paul nous donne alors la clé de toute cette démarche : « N’ayez de dette envers personne, sinon celle de l’amour mutuel. »
La dette de l’amour ne s’épuise jamais, parce que l’amour véritable ne calcule pas. Il ne demande pas : « Jusqu’où dois-je supporter mon frère ? » Il demande plutôt : « Que puis-je encore faire pour qu’il vive dans la vérité et dans la dignité que Dieu lui a donnée ? »
Et pourtant, frères et sœurs, cette exigence est rude. Parce que nous préférons souvent deux attitudes opposées : soit nous condamnons l’autre, soit nous gardons le silence.
Le silence peut sembler charitable. Mais il arrive qu’il ne soit qu’une forme de lâcheté regardant l’autre aller vers description, sa mort.
Il existe en effet un faux amour qui, sous prétexte de ne jamais blesser, renonce à dire la vérité.
Aimer quelqu’un, c’est vouloir pour lui non seulement qu’il soit heureux, mais qu’il soit dans la vérité. Le Christ est venu nous sauver, c’est-à-dire nous arracher à ce qui nous éloigne de Dieu.
Cependant, avant de vouloir corriger notre frère, nous devrions nous laisser corriger/relever par le Seigneur miséricordieux, apprendre à accueillir humblement le saint pardon de Dieu dans le sacrement de pénitence/réconciliation.
La vraie justice commence par la vérité sur soi, sur soi-même.
Car le premier guetteur que Dieu établit, c’est notre propre conscience.
Avant de regarder la faute de l’autre, demandons-nous : qu’est-ce que Dieu veut convertir en moi ? Avant de parler au frère qui s’est éloigné, ai-je moi-même appris à m’approcher du Christ, à me réconcilier avec lui ?
C’est là que l’Évangile s’élargit mystérieusement vers la prière et la communauté : « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. »
Quelle promesse extraordinaire qui nous rejoint aujourd’hui !
Jésus promet sa présence non seulement dans les grandes assemblées, dans les moments solennels ou dans les succès visibles de l’Église, mais aussi là où deux ou trois se réuniront en son nom.
Toute véritable réconciliation chrétienne est, sans aucun doute, un lieu de présence salvifique du Christ.
Lorsque deux personnes qui se sont blessées cherchent humblement la vérité ; lorsque deux frères renoncent à leur orgueil ; lorsqu’une communauté refuse à la fois le scandale du jugement, de l’humiliation et celui de l’indifférence : le Christ est au milieu d’eux.
La correction fraternelle une grande œuvre de charité par laquelle Dieu rassemble ce qui était dispersé.
Chers amis,
Le programme de l’année pastorale nous est providentiellement donné : bâtir une communauté unie et réconciliée, capable de proclamer la vérité dans la charité fraternelle du Christ.
Le monde n’a pas seulement besoin de chrétiens capables de proclamer la vérité. Il a besoin de chrétiens qui sachent aimer la vérité et aimer la personne en même temps.
Demandons donc au Seigneur un cœur assez humble pour accepter d’être repris, assez courageux pour avertir avec douceur, et assez miséricordieux pour ne jamais désespérer de son frère.
Alors nous comprendrons la parole du psaume : « Aujourd’hui, ne fermez pas votre cœur, mais écoutez la voix du Seigneur. »
Ne fermons pas notre cœur à la voix de Dieu. Ne fermons pas notre cœur à celui qui nous demande pardon. Ne fermons pas notre cœur non plus à celui que nous devons, avec délicatesse et vérité, aider à revenir sur le chemin.
Car au commencement et à l’accomplissement de toute chose demeure l’amour.
Et cet amour, c’est le Christ lui-même, vivant au milieu de ceux qui se rassemblent en son nom.
« Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière, avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus, et avec ses frères. » Ac 1, 14. Amen.







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