Homélie du 3 mai 2026, par le P. Maxime Petit

Montmoreau - Blanzac - Villebois-Lavalette

Publié le 3 mai 2026

          Chers frères et sœurs,

          Je crois que personne n’osera me contredire si j’affirme ce soir que la période dans laquelle nous vivons est instable. Instable sur le plan politique. Instable sur le plan social. Instable à l’échelle nationale. Instable à l’échelle internationale. Et j’espère que vous ne m’en voudrez pas si je rajoute instable au niveau local et ecclésial ! Alors, ne vous méprenez pas ! Comme vous, je me réjouis du fond du cœur en voyant le nombre impressionnant de catéchumènes qui viennent frapper à la porte de l’Eglise. Cependant, je dois aussi constater que nous ne savons pas très bien les accompagner. Si tous témoignent qu’ils vivent une expérience forte au moment de leur baptême, une fois le sacrement reçu, bien peu arrivent à trouver vraiment leur place dans nos communautés… Et une part importante déserte bien vite nos assemblées dominicales.

          Face à une telle situation, notre premier réflexe est souvent de nous tourner vers le passé, ce qui n’est pas mauvais en soi ! Mais le risque est grand de finir par l’idéaliser avec ce fameux « c’était mieux avant » qui résonne si bien sous les voûtes de nos églises. D’ailleurs, pour nous chrétiens, la période qui nous fait le plus rêver, c’est la période apostolique, c’est-à-dire les premières années qui suivent la Résurrection. Période dont on fait facilement un âge d’or, âge d’harmonie et de vie spirituelle intense, d’évangélisation et de mise en commun des biens. Tout l’inverse, pensons-nous, de notre époque avide de pouvoir et d’argent.

          Eh bien ce soir, chers frères et sœurs, la lecture des Actes des apôtres, tout en demeurant un référentiel essentiel pour renouveler notre vie ecclésiale, vient nous sortir de ce beau rêve. Dès les premiers mots, la situation de l’Eglise du premier siècle semble aussi complexe que la nôtre, voire pire. Je cite : « en ces jours-là, comme le nombre des disciples augmentait, les frères de langue grecque récriminèrent contre ceux de langue hébraïque, parce que les veuves de leur groupe étaient désavantagées dans le service quotidien ». La situation était pourtant encourageante puisque le nombre des disciples augmentait ! Mais, c’est précisément en raison de ces nouveaux venus que l’Eglise vit une tension de croissance ! Car il y a à l’encontre de ces convertis issus du paganisme une injustice criante.  

          Une situation qui arrive bien vite aux oreilles des apôtres. Heureusement, ces derniers ne nient pas le problème. Pour autant, ils ne se laissent pas enfermer dans les termes qui leur sont présentés. « Les Douze convoquèrent l’ensemble des disciples et leur dirent : ‘il n’est pas bon que nous délaissions la Parole de Dieu pour servir aux tables. Cherchez plutôt, frères, sept hommes d’entre vous, des hommes qui soient estimés de tous, remplis d’Esprit Saint et de sagesse, et nous les établirons dans cette charge’ ».

Si vous me le permettez, je voudrais commenter ce soir ces quelques versets des Actes pour mieux nous les approprier. D’abord, je remarque que les Douze ne traitent pas le sujet de manière confidentielle. Ils convoquent « l’ensemble des disciples » pour mettre le sujet sur la table. Aujourd’hui, on parlerait de synodalité.

Ensuite, les apôtres prennent la parole d’une manière tranchante : « il n’est pas bon que nous délaissions la Parole de Dieu pour servir aux tables ». En effet, chacun a son service. Chaque membre du corps a son rôle. Et si l’œil se met à vouloir entendre, si la jambe se met à vouloir sentir, alors le corps tout entier se met à dysfonctionner. Jésus a chargé les Douze, c’est-à-dire ceux qui ont vécu à ses côtés pendant sa vie publique, de témoigner de ce qu’ils ont vécu et de baptiser les nouveaux venus. Si donc ces derniers n’exercent plus cette mission, alors l’Eglise tout entière se trouvera amputée.

Cela étant dit, les apôtres ne se contentent pas de se débiner. Ils trouvent une solution ou plutôt, ils mettent l’assemblée en mouvement en lui demandant de chercher ! « Cherchez plutôt, disent-ils, sept d’entre vous, des hommes (…) et nous les établirons ». Autrement dit, au lieu de répondre à la problématique en colmatant eux-mêmes la brèche, ils investissent le Peuple de Dieu d’une mission : celle de trouver en son sein les personnes qui pourront accomplir ce service des pauvres. Et ce que je trouve intéressant, c’est que, tout en déléguant cette responsabilité, les apôtres donnent des critères de discernement : il faut que les élus soient « estimés de tous » et « remplis d’Esprit Saint et de sagesse ». Pourquoi ? Parce que la mission de servir les pauvres n’est pas une mission matérielle. Comme Jésus l’a proclamé, ce service est éminemment spirituel, comme en témoigne le ministère diaconal dont le rôle primordial est d’être configuré au Christ Serviteur.

Chers frères et sœurs, je trouve que ce passage est admirable de justesse ! Il est surtout un modèle de synodalité pour nous aider à approfondir notre manière de la vivre aujourd’hui.

D’abord, c’est une sonnette d’alarme pour les prêtres, collaborateurs des évêques, eux-mêmes successeurs des apôtres. Ce récit nous invite à ne jamais oublier que notre mission première est de porter le Peuple de Dieu dans notre prière et d’annoncer la Bonne Nouvelle. Evidemment, il ne faudrait pas que cela nous empêche de nous mettre au service des pauvres. C’est pourquoi les prêtres sont tous ordonnés diacres. Mais ce texte demeure pour nous un aiguillon. Car il est facile de délaisser la prière pour remplir nos agendas de mille activités et ainsi oublier la raison pour laquelle nous avons été mis à part. Frères et sœurs, c’est votre rôle de nous rappeler toujours la complémentarité de nos vocations pour le bien de toute l’Eglise.

D’ailleurs, à travers ce récit, on voit que c’est toute l’Eglise qui est appelée à discerner. Elle est convoquée ! Elle est rassemblée ! L’Eglise tout entière est appelée à discerner ! Cela nous rappelle que les vocations particulières ne tombent pas du ciel. Elles sont le fruit d’un discernement collectif, communautaire, ecclésial. C’est le sens du diaconat permanent placé au cœur des communautés chrétiennes pour accomplir cette veille et ce service des pauvres. C’est le sens aussi, me semble-t-il, des EAP qui reçoivent la mission d’assurer la cohésion de la paroisse, de porter des projets en communion avec le curé, pasteur de la paroisse.

Enfin, dernier enseignement synodal, la mission de servir les tables, c’est-à-dire de soutenir les plus pauvres, n’est pas un rôle subalterne. C’est une mission primordiale de l’Eglise. Sans elle, l’Evangile perd sa légitimité. Je crois donc que la Parole de Dieu nous lance un appel ce soir : porter un regard perçant sur le monde qui nous entoure ! Notre mission communautaire est de discerner ses besoins, ses manques, ses blessures, ses joies aussi, afin que l’Eglise, Corps du Christ, y apporte une réponse irriguée par la puissance de l’Esprit Saint. Chers frères et sœurs, devenons, tous ensemble, comme nous le rappelle saint Pierre, « ce sacerdoce royal, cette nation sainte, ce peuple destiné au salut ». Peuple qui « annonce les merveilles de celui qui nous appelle des ténèbres à son admirable lumière ». Amen.

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