Homélie du 20 mars 2022, par le P. Benoît Lecomte

Barbezieux - Baignes - Barret

Publié le 20 mars 2022

Des milliers et des milliers de morts. Je ne parle pas des victimes de la guerre en Ukraine ou ailleurs, mais des victimes de l’Eglise en France, qui a préféré le silence, tant du côté des prêtres et des évêques que des parents, des familles et des amis. Je ne parle pas de morts physiques mais de tant et tant de victimes d’abus de toutes sortes à qui on a ôté la vie de bien d’autres façons, leur volant leur innocence, leur confiance, leur vie affective, leur corps, leur avenir. Je ne parle pas dans le vide ou en théorie. Les réalités qui nous ont été présentées en octobre dernier attestent que statistiquement, des victimes, devenues désormais témoins parce que pouvant parler, sont inévitablement parmi nous, dans notre assemblée. Nous parlons d’elle, et nous vous parlons.

La commission indépendante a appelé à de grands chantiers pour faire de notre Eglise « une maison sûre ». Les évêques de France ont pris des décisions et des résolutions que les diocèses, et aussi le nôtre, commencent à mettre en œuvre. Parmi les décisions, il y a celle de faire de ce 3ème dimanche de carême une « journée mémorielle », une journée de prière pour les victimes d’abus dans l’Eglise. Non pas pour se complaire en ressassant le mal qui a été et qui est encore en nous, mais parce que les conséquences de ce mal n’ont pas quitté l’existence des victimes. Ce n’est pas uniquement une histoire du passé, c’est aussi une réalité du présent. Et nous nous devons tous, en Peuple invité à vivre l’Evangile du Christ, de rester en étroite solidarité avec tous ceux qui ont souffert et qui souffrent encore. Où étais-tu, Eglise, quand tu as perpétré de tels actes et que tu t’es tue ? Si loin de la Vie que tu faisais mine d’annoncer et de célébrer !

« J’ai vu, oui, j’ai vu la misère de mon peuple […], et j’ai entendu ses cris […] Oui, je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer […] et le faire monter de ce pays vers un beau et vaste pays, vers un pays ruisselant de lait et de miel », dit le Seigneur à Moïse. Combien cette parole nous rejoint, en ce temps de carême, de désir de conversion, et en cette journée mémorielle. Comment ne pas y entendre l’appel vibrant de Dieu à un changement radical de vie et de modes de relations en Eglise, pour ne plus laisser le mal nous diriger, mais donner toute sa chance à l’amour, au respect et à la fraternité simple et concrète !

Tant de choses, dans la vie du monde, dans l’Evangile et dans l’actualité de l’Eglise, nous invitent, et même nous enjoignent, nous pressent à une conversion radicale. A un changement de vie. Non seulement à un acte de contrition mais plus encore, ou à partir de lui, à une ouverture du cœur, à une plongée dans la miséricorde et l’amour infini qu’on appelle aussi pardon, respect, accueil. Le partage, la prière et le jeûne de notre carême doivent être exclusivement tournés vers cette dynamique qui est dynamique pascale. Cette dynamique qui rejoint le plus profond des désirs de nos cœurs. Cette dynamique pascale qui seule ouvre à la paix et à la vraie liberté de chacun.

Nous pleurons aujourd’hui, à cause du mal qui a été causé en Eglise. Mais nous rendons grâce aussi, à cause de la Parole de Dieu qui nous est adressée, et de la confiance sans cesse renouvelée que Dieu nous fait et qui nous appelle à vivre de lui et non selon nos vues. Nous rendons grâce parce que Dieu lui-même vient à notre secours – au secours de tout son Peuple et de toute l’humanité. « Je suis descendu pour le délivrer », déclare-t-il. « Tous, ils ont été unis à Moïse par un baptême dans la nuée et dans la mer ; tous, ils ont mangé la même nourriture spirituelle ; tous, ils ont bu la même boisson spirituelle ; car ils buvaient à un rocher spirituel qui les suivait, et ce rocher, c’était le Christ » (1 Co 10). Nous rendons grâce pour l’énergique action libératrice de Dieu en même temps que pour sa patience avec son peuple et avec nous. Comme dans cette parabole du figuier qui ne donne pas de fruit et qu’on est prêt à couper. « Maître, laisse-le encore cette année, le temps que je bèche autour pour y mettre du fumier. Peut-être donnera-t-il du fruit à l’avenir. » Notre Dieu ne se lasse pas de faire confiance en l’Homme, parce qu’il croit que l’Homme peut toujours progresser, et grandir, et se convertir, et devenir une bonne terre. Une bonne terre comme cette terre sacrée que Moïse foule de ses pieds nus.

Cette humanité que l’on a si souvent piétinée – et donc aussi en Eglise –, Dieu la veut sacrée. « Celui qui se croit solide, qu’il fasse attention à ne pas tomber » (1 Co 10). Voilà le chemin de conversion qu’il nous propose aujourd’hui : nous déchausser devant tout enfant, toute femme, tout homme qui vient à nous. Nous déchausser pour ne pas l’écraser, pour ne pas l’abimer. Nous déchausser parce que nous y rencontrons le visage de Dieu qui vient à nous, la splendeur du Père qui se donne à voir dans le visage des pauvres et des petits. Nous déchausser parce que tout Homme est une terre sacrée, bénie de Dieu et avec qui Dieu fait Alliance.

« Où es-tu, Eglise ? » C’est là que le Seigneur te donne rendez-vous : en terre d’humanité, en profondeur de cœur, au jardin originel. Chemin de conversion qui s’ouvre à nous, en communauté, en doyenné, en diocèse et plus largement encore. Chemin de conversion qui nous convoque tous pour nous laisser faire par Dieu qui nous libère.

Amen.

P. Benoît Lecomte

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