Homélie du 19 avril 2026 par le P. Maxime Petit

Montmoreau - Blanzac - Villebois-Lavalette

Publié le 19 avril 2026

Dans ce récit que l’on connaît par cœur, on a vite fait de porter un jugement hâtif sur ces deux hommes qui quittent Jérusalem. D’ailleurs, pour ce faire, on se cache facilement derrière Jésus qui n’hésite pas à les traiter d’« esprits sans intelligence ». Ce qu’il leur reproche, c’est d’être passé à côté de la Résurrection. Par manque de foi, par enfermement dans la tristesse peut-être, ces deux hommes sont restés sur le seuil. Ils n’ont pas saisi ce qui était en jeu dans la découverte du tombeau vide.

          Eh bien, chers frères et sœurs, je trouve que c’est un peu facile, à deux mille ans de distance, d’emboîter le pas de Jésus en critiquant ces hommes ! Car on a le beau rôle dans l’histoire ! Contrairement à eux, on connaît la suite. On a intégré dans notre foi l’Ascension, la Pentecôte et le déploiement de l’Eglise à travers les siècles. Eux sont au ras de l’événement. Leurs yeux sont encore rouges des pleurs du Vendredi Saint.

          C’est pourquoi, pour être juste, je vous propose un petit exercice ! J’aimerais que nous aussi, nous nous mettions au ras de l’événement en répondant à la question que Jésus leur pose, à savoir : « quels événements ? » En somme, chers frères et sœurs, je vous invite à vous mettre dans la peau des disciples d’Emmaüs, c’est-à-dire à raconter avec vos propres mots ce que vous retenez du mystère pascal comme si vous deviez l’expliquer à un inconnu qui vous demande : « C’est quoi POUR TOI la fête de Pâques ? Qu’est-ce que TU retiens de la Cène, de la mort et de la résurrection de Jésus ? »

          Quand on prend le temps de se poser ces questions, on devient plus indulgent avec les disciples d’Emmaüs. Car on se rend compte que nous sommes parfois nous aussi des « esprits sans intelligence » et des « cœurs lents à croire ». D’ailleurs, et c’est un comble, pour nous aider à composer notre propre réponse, nous serions bien avisés de nous appuyer sur la leur et faire de ces deux hommes nos maîtres dans l’art de raconter le mystère pascal. Car, il suffit de se pencher un instant sur leur récit pour y trouver de nombreux enseignements sur la manière de rendre compte du mystère pascal.

          D’abord, les disciples d’Emmaüs concentrent leur attention sur la personne de Jésus qu’ils présentent comme « un prophète puissant par ses paroles et par ses actes devant Dieu et devant tout le peuple ». Sa vie est une prophétie, une série d’actes et de paroles qui accomplissent ce qui était annoncé dans l’Ancien Testament. Les disciples d’Emmaüs témoignent par là de la continuité profonde entre les deux Testaments, de l’accomplissement de l’Ancien dans la personne de Jésus.

          Ensuite, ils en viennent à ce qui les a marqués en profondeur : « comment les grands prêtres et nos chefs l’ont livré, l’ont condamné à mort et l’ont crucifié ». Livré, condamné, crucifié. Les disciples nous aident à mesurer la distance entre la vie et la mort de Jésus. Lui, le prophète puissant par les paroles et les actes, a été livré comme une victime, condamné comme un prisonnier et tué comme un meurtrier. Quel écroulement. D’ailleurs, les deux disciples ne cachent pas leur incompréhension : « nous, nous espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël. Mais voici le troisième jour qui passe depuis que c’est arrivé ».

          Et c’est à ce moment-là que leur récit prend un vrai tournant. Un tournant dramatique non plus pour le Christ, mais pour eux-mêmes. « A vrai dire, continuent-ils, des femmes de notre groupe nous ont rempli de stupeur quand, dès l’aurore, elles sont allées au tombeau, elles n’ont pas trouvé son corps ; elles sont venues nous dire qu’elles avaient même eu une vision : des anges, qui disaient qu’il est vivant ». Les deux hommes parlent de stupeur, terme qui désigne un bouleversement, un étonnement profond causé par le témoignage des femmes. Mais, face à une telle annonce, ils restent froids, statiques. Ils n’arrivent pas à adhérer à cette révélation.

Autrement dit, frères et sœurs, la seule chose qui manque à ces disciples – qui décrivent admirablement les jours saints – c’est la foi ! La foi accordée à une parole qui vient contredire le sens commun, la suite logique des événements. La foi qui ne sera possible pour eux que dans un second temps, lorsque Jésus lui-même apparaîtra ressuscité. Les disciples concluent en effet : « quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses comme les femmes l’avaient dit ; mais lui, ils ne l’ont pas vu ».

Avec ces derniers mots, on entre dans le cœur de la problématique. Celle des disciples d’Emmaüs bien sûr, mais surtout de NOTRE problématique, à nous qui vivons au XXIème siècle. Car contrairement à Simon-Pierre, à Marie-Madeleine et aux autres apôtres, nous devons nous contenter, comme les disciples d’Emmaüs, de croire que Jésus marche à nos côtés sans le reconnaître avec nos yeux de chair. Nous devons adhérer aux paroles de ceux qui ont vu le tombeau vide sans y être allés nous-mêmes. Comme les disciples d’Emmaüs, nous ne voyons pas le Ressuscité dans la matérialité de son Corps glorieux. En effet, aussitôt que nous l’avons reconnu, il disparaît à nos regards. Nous devons le discerner dans nos frères, poser un acte de foi qui repose sur le témoignage de ceux qui ont eu la chance de voir le Ressuscité. « Thomas, parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu » !

Par là, Jésus nous appelle à entrer en sa présence, non pas grâce à nos yeux de chair mais aux yeux de la foi. Il nous appelle à dire à notre tour : oui, je crois que tu es à mes côtés ! Je crois que tu es présent dans l’Eucharistie ! Je crois que tu ne cesses de m’accompagner même si mes yeux de chair ne me permettent pas de voir ton Corps ressuscité ! Telle est la condition chrétienne depuis l’Ascension. Découvrir que le signe de sa présence est la brûlure du cœur quand nous osons avancer dans une vie droite et juste ; la brûlure du cœur quand nous perçons grâce à lui le sens des Ecritures. Alors chers frères et sœurs, ce matin, c’est un appel tout simple qui nous est lancé, un appel pétri par l’expérience spirituelle des disciples d’Emmaüs : laissez-vous brûler par la présence du Christ ressuscité dans l’Eucharistie ! Laissez-vous brûler par sa présence discrète mais bien réelle au cœur de la communauté croyante. Et enfin, laissez-vous brûler par son amour qui vous envoie annoncer : « Le Seigneur est vraiment ressuscité » comme il l’avait promis. Amen. Alléluia.

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