Homélie du 13 février 2022, par le P. Benoît Lecomte

Barbezieux - Baignes - Barret

Publié le 12 février 2022

« Il est où le bonheur, il est où ? » chante Christophe Mae. « Il est là, le bonheur, il est là », lui répond l’évangile, dans cette page qui s’adresse à tous : aux Douze, à un grand nombre de disciples et à une grande multitude de gens venus de partout, et donc à nous aussi. Il est là, le bonheur, il est là, en bas de la montagne, dans la plaine, dans la plaine de notre vie ordinaire, dans notre quotidien où Jésus descend. Il est où le bonheur ? Il est là, dans cette Bonne Nouvelle que nous partageons jour après jour et dimanche après dimanche. Mais il est un bonheur bizarre, à contre-courant, à contre-emploi. On nous raconte qu’il est dans notre capacité à pouvoir acheter tout ce qu’on veut, à passer de merveilleuses vacances au soleil, à être quelqu’un d’important, de reconnu et d’apprécié, à avoir une bonne santé et une belle famille. Jésus inverse les réalités. Ou plutôt, il les déplace. Il est où, le bonheur ? Il n’est pas dans notre capacité à avoir et à attirer à nous. Il est dans notre capacité à être et à vivre dans la confiance et dans l’amour. Et voilà qui nous parle, au plus profond de nous. Car nous pouvons être heureux d’avoir un toit où nous abriter, des jouets, des grands écrans et de belles voitures, un peu de terrain pour prendre l’air. Mais au fond de notre cœur, il y a un autre bonheur qui nous appelle. Un bonheur plus durable, plus enraciné, plus beau aussi. Celui d’aimer. Le bonheur d’être ouvert à ceux qui nous entourent, de donner et de nous donner, d’accueillir et de nous laisser accueillir. Le bonheur d’aimer en reconnaissant nos propres pauvretés sans les dénigrer et en en faisant des espaces pour que l’amour passe par nous. « Heureux les pauvres. » Non pas « heureux ceux qui vivent dans la misère ». La misère, il faut lutter contre, il faut se battre pour que toute femme, tout homme, tout enfant sorte de la misère et de la pauvreté matérielle et ne souffre plus d’aucune injustice sociale. Mais heureux ceux qui se reconnaissent eux-mêmes pauvres, qui ne fanfaronnent pas en se gonflant d’orgueil, qui se laissent rejoindre par les pauvretés et les richesses des autres. Heureux ceux qui ne sont pas « gavés » mais qui ont encore faim et soif de parole, d’écoute, de justice et d’amour. Parce que ceux-là continueront de voir qu’ils ne sont pas seuls au monde et que tant de belles personnes vivent avec eux, prêts à partager cette soif et cette faim. « Qu’ils sont malheureux » à l’inverse, continue Jésus, ceux qui pensent avoir déjà tout, ceux qui ne pensent plus qu’à eux-mêmes et sont fermés aux autres, ceux qui sont suffisants. Ceux-là n’aiment plus. Ils ne vivent plus. Ils sont déjà morts, morts sur eux-mêmes. Les premiers « sont comme un arbre planté près d’un ruisseau, qui donne du fruit en son temps » (Ps), qui est toujours vert et dont les racines sont profondes. Les seconds sont comme de la paille, sèche, « balayée par le vent. » Les premiers mettent leur confiance dans le Seigneur, dans la puissance de l’Amour tel que Dieu aime. Les seconds se détournent de l’amour et leur cœur se dessèche.

Mais tout se complique vite. Les choses seraient simples s’il y avait d’un côté les gens qui mettent leur foi dans le Seigneur et dans l’Amour, et de l’autre ceux qui se détournent de Dieu. Mais la distinction entre les uns et les autres ne passent pas entre mon voisin et moi. Elle passe à l’intérieur de moi-même, à l’intérieur de ma vie, à l’intérieur de mon cœur. Il y a en moi de la confiance en Dieu et de la méfiance. Il y a de la pauvreté et aussi du trop-plein. Il y a de la miséricorde et aussi de l’enfermement. Il y a le bonheur de l’arbre fleuri et la sècheresse de la paille. Mêlés. Plus encore : cette distinction n’est pas figée une fois pour toute. Le bonheur n’est pas l’arrivée qu’on espère, mais le chemin que nous sommes invités à prendre chaque jour pour nous tourner vers l’Amour et l’accueillir en notre cœur et en notre vie.

Et nous voilà en route. Comme en notre communauté et en toute l’Eglise, cherchant pas à pas et malgré les faux-pas à grandir dans l’unité. Comme hier à Maumont, assoiffés de pardon et d’amour de Dieu. « Où es-tu ? », nous demandait Dieu. Car Dieu veut faire de nous son bonheur. Alors Il reprend la chanson : « Il est où le bonheur ? » Et nous de répondre : « Il est là, devant toi. Et notre bonheur c’est toi. » « Béni soit l’homme qui met sa foi dans le Seigneur, dont le Seigneur est la confiance » (Jr).

Cette confiance en Dieu va jusqu’à ce qu’on ne peut imaginer, nous dit Saint Paul. Jusqu’à la résurrection. Celle de Jésus et la nôtre. Si nous ne croyons pas que les morts ressuscitent (et il faut bien admettre que tout cela est difficilement croyable), nous n’avons rien à faire ici car nous ne pouvons croire que Jésus est ressuscité. Notre foi nous pousse jusqu’à cette extrémité : croire que Jésus est ressuscité et que nous ressuscitons avec lui. Il est là, aussi, le bonheur, dans cette confiance folle que la vie est plus forte que tout, que l’Amour est absolument tout puissant, que le pardon est toujours victorieux. Cette foi, toujours à recevoir ensemble, n’ouvre-t-elle pas non seulement à une paix intérieure, mais aussi à un regard nouveau sur le monde et sur les hommes, un regard d’amour et d’espérance ? Heureux ceux qui ont ce regard et qui le partagent autour d’eux. Ce regard qui conduit à un reversement total de perspective et d’interprétation de la réalité : même la pauvreté devient un don qui conduit à Dieu ! Lorsqu’il y a ce regard nouveau, alors il y a une autre manière de penser, de vivre et d’agir. Alors apparaît une manière capable de transformer l’histoire, pour qu’elle s’approche toujours plus de la vision que nous portons dans nos cœurs renouvelés par le regard même de Dieu.

Amen.

P. Benoît Lecomte

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