Le 6 juin 2026, tous les paroissiens du Sud Charente étaient invités à se retrouver à Maumont pour une grande journée “point d’orgue” de l’année à la Lumière de l’Eucharistie. Plus de 230 personnes sont passées tout au long de la journée, 175 sont restées au grand banquet donné à l’intérieur de l’abbaye, sous une magnifique allée d’arbres.
Homélie du Père Benoît Lecomte, lors de la messe à Juignac, le matin du 6 juin 2026
Qu’est-ce que l’Eucharistie ? Voilà qui a animé toute notre année pastorale en doyenné. Nous avons pu profiter de bien des rendez-vous : conférences fondamentales, découverte du déroulement de la messe à partir de l’expérience pascale, formation pour porter la communion aux malades, invitation d’une théologienne, rencontre œcuménique avec nos frères et sœurs protestants, déploiement de l’adoration eucharistique dans nos trois paroisses, échanges divers entre nous, et j’en oublie sûrement. Le sujet n’est évidemment pas épuisé : il a pour particularité d’être inépuisable, et toute notre vie nous pourrons continuer de puiser à ce Mystère infini pour nous en nourrir. Aujourd’hui encore, notre désir d’approfondir ce don de Dieu nous fait participer à cette journée qui se veut dans sa forme à la croisée d’une aventure d’Astérix et Obélix et de l’expérience des disciples d’Emmaüs.
Oui, nous avons faim. Et je ne parle pas uniquement du cochon à la broche et du banquet qui nous attendent ce soir. Nous avons faim de la Présence de Dieu, de sa miséricorde et de sa tendresse. Nous avons faim de ce petit bout de pain sans saveur, qui porte pourtant le monde et est capable de lui redonner goût. Nous avons faim de ce que l’Eucharistie produit en nous de communion et de fraternité, de force et d’amour, d’intimité et d’audace. Car l’Eucharistie n’est pas une somme de connaissances à mettre en débats, même si les débats et les connaissances nous permettent de ne pas nous éloigner de « la saine doctrine », comme dit Paul à Timothée, et de ne pas céder à nos « caprices » pour « calmer nos démangeaisons d’entendre du nouveau ». L’Eucharistie est d’abord une expérience fondamentale, et même fondatrice parce que pascale. A chaque fois que nous communions, nous sommes comme recréés, renouvelés dans la grâce de notre baptême, réajustés à la volonté du Père, réaccordés à notre vocation de Corps ecclésial. Cela est Mystère, et cela est joie. Joie profonde et missionnaire.
L’Eucharistie est don, et conjugaison de dons, grâce rendue (« nous rendons grâce à Dieu ») pour le don reçu. Les deux figures mises en relief dans les textes de ce jour nous introduisent non à une célébration eucharistique, mais à une vie eucharistique. Saint Paul, d’abord, qui dit être « déjà offert en sacrifice », mot à mot : « en libation », donné entièrement bien sûr à la mission reçue du Seigneur, mais avant tout au Seigneur lui-même, par son ministère et le service de l’Église. Paul s’est donné, il s’est offert tout entier, jusqu’au bout, à l’image de son Seigneur. Et il invite Timothée, son disciple, à faire de même. La veuve de l’évangile ensuite, qui donne ses deux piécettes dans le tronc du temple. Le texte nous dit qu’« elle a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre. » L’original grec va plus loin, en utilisant le mot « bios », qui dit la subsistance, la vie elle-même, ou plus exactement la qualité de la vie, le « bien-vivre ». La veuve n’a pas jeté dans le tronc uniquement ce qui lui restait d’économies, mais elle a jeté « sa qualité de vie ». C’est un mode de vie, que l’Évangile met en avant avec la veuve. Et ce mode de vie est là encore celui du don total, du don jusqu’au bout. Comment ne pas voir, chez Paul comme chez la veuve, la même dynamique que celle de Jésus qui, au début de la Cène, nous dit Saint Jean, « aima jusqu’au bout ».
L’Eucharistie inscrit nos vies dans la logique du don et de l’amour, du don par amour. Don de nos vies au Seigneur en action de grâce pour la vie qu’il nous donne, et qu’il nous redonne en son Corps et son Sang pour que nous soyons vivants de sa vie. Échange mystérieux où l’Homme est divinisé et désormais porteur dans le monde et pour le monde, en sa chair, du salut réalisé par le Christ. L’Eucharistie ne s’arrête pas aux dimensions du culte liturgique, mais elle saisie toute notre vie, toute notre existence, nous invitant à nous donner sans cesse par amour, jusqu’au bout, dans l’ordinaire de notre quotidien. « C’est là, pour vous, la juste manière de lui rendre un culte », dira Saint Paul dans sa lettre aux Romains (Rm 12, 1). Pour transformer le monde comme un levain dans la pâte et être signe du Royaume, laissons Dieu faire de nos vies des vies eucharistiques, des vies entièrement données, par amour.
Cette journée veut être un signe joyeux, fraternel, communautaire, ecclésial de notre désir commun de communion avec Dieu et avec nos frères et sœurs. Elle est comme un point d’orgue de cette « année à la Lumière de l’Eucharistie ». Nous souvenant que le seul grand point d’orgue de notre existence est précisément l’Eucharistie, source et sommet de notre vie, Mystère inépuisable.
Amen.
P. Benoît Lecomte









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