De ce récit archi connu de l’Annonciation, émane toujours une douceur particulière. Parce qu’il se déroule dans une intimité secrète, celle de la maison de Marie, et plus encore, celle en son sein. C’est là, dans le secret d’une jeune fille promise en mariage, que se joue et se noue le salut de toute l’humanité. C’est là, dans le face à face et plus encore, la rencontre entre l’ange et Marie, que notre vie prend racine, intimement. C’est à partir de ce moment, déjà, que toute l’histoire du monde est transformée, que la nouvelle Alliance est scellée. Folie de Dieu qui se donne ainsi à l’humanité jusqu’à prendre chair. Folie de Marie qui ouvre son cœur à l’inouïe de Dieu. Là, dans le secrète intimité de Marie, dans le silence de la Parole déposée en elle, le Verbe se fait chair. Ce qui se joue avec l’Annonciation est la descente de Dieu en l’humanité pour naître d’une femme. Car mystérieusement, Dieu ne tombe pas du ciel, il naît de l’en-bas, comme vous et moi, rendant déjà fécond ce qui était stérile, comme une annonce, déjà, de la victoire de la vie sur la mort. La proximité de la fête de Pâques, que nous nous préparons à célébrer dans quelques jours, jette une lumière toute particulière sur l’événement que nous célébrons aujourd’hui. Naissance, mort et résurrection sont si intimement liées en Jésus. L’Emmanuel est bien Dieu-avec-nous, qui va partager tout de notre vie pour l’accomplir et nous mener en la sienne.
Marie accueille la Parole, le Verbe éternel. La jeune fille de Palestine, figure de l’Eglise, nous révèle notre propre mission : porter nous aussi le Verbe de Dieu pour lui donner de prendre chair en notre existence et par elle. L’histoire de Marie est la nôtre. A chacun de nous, au cœur même de nos stérilités et de nos infécondités, le Seigneur se révèle et y dépose sa vie. « Le Seigneur est avec toi », dit-il à chacun de nous, et veut-il dire à toutes les femmes et tous les hommes de ce temps. Peut-être veut-il le dire avec une plus grande douceur encore à celles et ceux qui sont en proie à la souffrance, à la violence, à la torture, à l’abandon, à la guerre avec toutes les conséquences que celle-ci porte sur tant de populations de notre monde. La douce intimité de la scène de l’Annonciation est d’autant plus remarquable qu’elle contraste avec le bruit et l’escalade de terreur qui règne partout autour de nous. Elle est comme un retour à l’essentiel, pendant que l’on se bat pour quelques barils de pétrole ou quelques kilomètres carrés de terres. Sous le bruit des bombes et des slogans, résonnent ces mots de délicatesse de Dieu : « Le Seigneur est avec toi. » L’Eglise est ce Corps porteur de la Parole faite chair, porteur de la présence de Dieu en elle, porteur de son message de paix et d’amitié, de proximité entre l’humanité et Dieu. Peut-être est-elle discrète, cette Eglise du Christ, et certain la trouveront trop prudente pendant que d’autres préfèreront encore son enfouissement. Il n’empêche, là est sa mission, si nécessaire à notre temps et à ses défis. Là, dans la fragilité, la simplicité, le dépouillement, Dieu se donne.
Cela parait folie. Il faut le reconnaître. Comment la Toute-Puissance de Dieu pourrait-elle se confondre avec un enfant à naître ? Comment l’Eternel pourrait-il se compromettre avec sa créature au point de se faire l’une d’elles ? Et comment la petitesse de l’homme pourrait-elle accueillir dignement Celui qui l’a créé ? La paix et la confiance s’ouvrent aux mots de l’ange : « Car rien n’est impossible à Dieu. » Ce n’est pas notre logique qui compte, mais celle de Dieu qui mène à son accomplissement toute la création, et qui ne veut pas sauver l’humanité sans elle. Rien n’est impossible à Dieu, pas même de devenir réalité charnelle. Cela se manifeste chaque jour, quand des chemins de paix et de réconciliation se dessinent, quand des ennemis acceptent de se parler, quand les plus petits font entendre leur voix, quand la communion fait chanter la symphonie des différences. Cela se réalise encore en chaque eucharistie, qui ouvre nos cœurs et nos corps à la présence de Dieu qui se fait nourriture et vient nous habiter intérieurement, intimement. Comme Marie en son temps, et comme toute l’Eglise à travers le temps.
Encore aujourd’hui, en cette eucharistie, faisons l’expérience de l’Annonciation : Dieu vient prendre corps en toi, en « nous » qui devient « Un ». Car tu as trouvé grâce auprès de Dieu et que rien ne lui est impossible. Qu’en notre « Amen » résonnent les paroles de Marie à l’ange, et sa disponibilité à accomplir sa mission : « Voici la servante du Seigneur, que tout m’advienne selon ta Parole. »
Amen.
P. Benoît Lecomte






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