De quoi as-tu soif ?
« Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive », avait dit Jésus un peu plus tôt dans l’évangile (Jn 7, 37). Et la lettre de Paul répond : « Tous, nous avons été désaltérés par un unique Esprit. » Au soir de Pâques, au matin de la Pentecôte, Jésus a soufflé sur les apôtres et leur a envoyé son Esprit. Son Souffle. Et cet Esprit, ce souffle, est comme une eau vive qui désaltère nos soifs. Il est la vie de Dieu qui se répand désormais dans nos poumons et dans nos veines, dans nos corps, il est la vie de Dieu plus intime à nous-mêmes que nous-mêmes. Il est celui qui vient désaltérer nos soifs. Toutes nos soifs et toutes les soifs de notre humanité. Il est la réponse à nos raideurs, nos froideurs, nos enfermements, nos tristesses, nos aigreurs, nos peurs, nos aridités, nos froidures.
De quoi as-tu soif ? De quoi notre humanité, notre monde, a-t-il soif ?
Sûrement nous ne nous trompons pas si nous répondons : de paix, de bienveillance, de concorde, de pardon, de souplesse, d’écoute, de dialogue, d’un surplus de vie, d’espérance, de joie, d’amour. Tout cela, l’Esprit vient nous le donner, car il est Esprit de Dieu, Esprit Créateur, Esprit de Vie et de communion, Esprit de paix et de joie. Il est Dieu qui se joue des distances et du temps, il est Dieu qui vient à nous et qui fait de nous son habitation, son Temple. Jésus souffle en nous son Esprit, comme à la Création Dieu soufflait dans les narines d’Adam pour lui donner vie. L’Esprit Saint nous crée et nous recrée. Il nous donne vie.
Ce qui est vrai pour notre monde l’est tout autant pour notre Eglise. A l’heure où elle risque, au niveau universel, de vivre un nouveau schisme et une nouvelle déchirure, à l’heure où des chapelles et des groupes peuvent si facilement se monter les uns contre les autres, l’Esprit de Dieu nous rappelle que nous avons besoin de tous. Que « les dons de la grâce sont variés, les services sont variés, les activités sont variées, mais c’est le même Esprit et le même Dieu qui agit en tous » les membres d’un même Corps, unis les uns aux autres justement par l’Esprit. L’Eucharistie, que nous fêterons dans 15 jours en nous rassemblant de toutes nos diversités du Sud Charente à Maumont et que nous célébrons déjà aujourd’hui, est le signe et la manifestation sacramentelle de cette unité qui nous est donnée de vivre et dont nous voulons témoigner.
Car c’est bien à cela que nous invite l’Esprit. Non seulement à vivre dans la communion les uns avec les autres, non seulement à vivre de la vie de Dieu qui coule en nos veines, mais aussi à témoigner de ce qu’il produit dans le cœur et dans la vie de ceux qui acceptent de le recevoir, de l’accueillir en eux. Il désaltère parce qu’il ouvre aux réponses de tant et tant de problématiques de la vie de notre monde… Il permet de ne plus être en concurrence, en conflit, en confrontation les uns avec les autres, mais de reconnaître en chacun la grâce de sa présence, le don que chacun est pour l’ensemble de la société. D’absolument chacun : de l’exclut, du malade, de la personne en fin de vie, du nouveau-né, du migrant, du savant et de l’ignorant, du riche et du pauvre, du connu et de l’anonyme – mais quelqu’un reste-t-il anonyme avec la grâce de l’Esprit ? – de l’autochtone et de l’étranger, du croyant et du non croyant… Par la puissance de l’Esprit, le cœur du responsable est attendri et fait miséricorde, et le cœur de l’oublié ne se sent plus seul mais membre d’un Corps plus grand que lui, en relations avec tant et tant, dans le monde. Le Souffle de Dieu, l’Esprit Saint restaure la dignité de chacun, du plus petit jusqu’au plus grand, du plus fragile au plus puissant. Il est le ferment et l’acteur d’unité. « A chacun est donné la manifestation de l’Esprit en vue du bien commun. »
« Tous, nous avons été désaltérés par un unique Esprit ». Ces mots sont au passé. Car nous n’avons plus à invoquer l’Esprit, en le demandant à Dieu comme s’il n’était encore jamais venu à nous. Il nous faut simplement le recevoir. « Recevez l’Esprit Saint », dit Jésus à ceux qui veulent le suivre. Ouvrons notre cœur, notre vie, notre intelligence, notre volonté, notre histoire à l’Esprit Saint qui vient nous habiter… et qui nous envoie transformer le monde au nom de Jésus Christ. Par le don de l’Esprit, nous recevons du Christ sa paix. Soyons des porteurs de cette paix autour de nous. Jésus nous donne son Esprit non seulement comme un Défenseur qui vient nous accompagner, mais aussi comme un moteur puissant pour participer à notre échelle à la mission du Christ au cœur du monde. Avec audace, courage, détermination, et avec joie, bienveillance et souplesse.
Le temps pascal est à présent terminé. Vivons en enfants de Lumière, en cohéritiers du Christ, en ressuscités, dans l’ordinaire des jours du temps. Vivons ensemble dans l’unité de l’Esprit Saint, ouverts à tous ceux que nous croisons, unis les uns aux autres et au Seigneur Jésus. Aujourd’hui et pour les siècles des siècles !
Amen, Alléluia !
P. Benoît Lecomte







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