(Homélie prononcée à Villebois Lavalette)
« Christ est ressuscité, Alléluia ! Il est vraiment ressuscité, Alléluia ! »
C’est pour cette acclamation pascale, que nous allons vivre le temps du carême à partir d’aujourd’hui. C’est pour préparer notre cœur et toute notre existence à réentendre ce cri qui jaillira de la nuit, que nous allons vivre ces 40 jours au désert. C’est pour désensabler, désencombrer nos cœurs, ouvrir grand nos oreilles et recevoir à nouveau frais l’inouï de cette nouvelle, que nous entrons dans ce temps de conversion. Car avouons-le : nous pouvons nous habituer à l’inattendu de Dieu, à force de le rabâcher ou de le réentendre régulièrement. Nous pouvons oublier la nouveauté de cette révélation, devenue comme une sorte de doux refrain qui ne saisi plus notre conscience et notre existence. Pendant 40 jours, nous ne chanterons plus d’Alléluia ni la gloire de Dieu. Nous entrons dans un temps de silence intérieur, de retour à la source, et de retour à Dieu.
Car c’est lui que nous visons et c’est par lui que nous voulons être rejoins. Point de carême si la visée n’est pas Dieu. Nous aurons beau faire tous les efforts que nous voudrons, si nous les vivons comme des exploits à réaliser en fonction de nos propres capacités, si l’idée est de nous dépasser pour être fiers de nous, cela n’a aucune valeur. Ecoutons plutôt les mots de Saint Paul : « au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu ». Oubliez vos exploits, vos challenges, vos efforts extérieurs. Mais « ne laissez pas sans effet la grâce reçue de lui. » Cette grâce que nous avons reçue au jour de notre baptême, et que nous peinons à laisser resplendir jour après jour, pris que nous sommes dans le quotidien de nos vies.
Dans notre aujourd’hui. C’est pourtant là que tout se joue. Pas hier, pas demain, pas dans un autre monde futur, mais dans le monde d’aujourd’hui. Dans l’aujourd’hui de ce monde brûlé par l’actualité de plus en plus violente : « c’est maintenant le moment favorable, le voici maintenant le jour du salut. » Pas pour nous extraire de ce monde, pas pour fuir les réalités douloureuses que nous vivons peut-être, mais pour les habiter encore davantage. Avec la force de Dieu. Avec la puissance de sa résurrection. Avec la grâce du baptême. Oui, c’est bien cela : il ne s’agit pas seulement de nous préparer à Pâques, il faut retrouver la puissance de Pâques dans l’aujourd’hui de nos vies. N’est-ce pas ce que nous revivons à chaque eucharistie ? Le « moment favorable, le jour du salut », dans la célébration de la mort et de la résurrection de Jésus actualisées au cœur de notre vie et de notre monde, pour y faire advenir le Royaume. Aujourd’hui.
Mettons-nous dans les dispositions du psalmiste et faisons nôtre sa prière : « Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu, renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit, rends-moi la joie d’être sauvé et ma bouche annoncera ta louange. » Ce n’est qu’en ce sens et dans ce but que nous pouvons vivre le partage, la prière et le jeûne. Chacun trouvera sa façon de vivre ce temps de conversion, de pénitence, de retour à Dieu. Car il en va du cœur de chacun de se laisser rejoindre par le Maître de la Vie pour faire rejaillir en soi la Vie. « Ton Père qui voit dans le secret te le rendra. »
Mais cette aventure peut aussi être collective. C’est la liturgie de tout un peuple qui est rapportée dans le livre de Joël, et tous y ont leur place : les anciens, les petits enfants, les nourrissons, et toute l’assemblée sainte. C’est en peuple que Dieu veut nous sauver, nous qui sommes pris dans la solidarité de toutes nos relations avec nos proches et avec toute la création. Le pape Léon y fait écho dans son message pour aujourd’hui : « Nos paroisses, les familles, les groupes ecclésiaux et les communautés religieuses sont appelés à accomplir pendant le Carême un cheminement commun dans lequel l’écoute de la Parole de Dieu, tout comme celle du cri des pauvres et de la terre, devienne une forme de vie commune et dans lequel le jeûne soutienne une authentique repentance. Dans cette perspective, la conversion concerne, outre la conscience de chacun, le style des relations, la qualité du dialogue, la capacité à se laisser interroger par la réalité et à reconnaître ce qui oriente véritablement le désir, tant dans nos communautés ecclésiales que dans l’humanité assoiffée de justice et de réconciliation. » C’est pourquoi nous voulons vivre ce temps de carême dans une dynamique paroissiale. En nous replongeant dans l’histoire du poverello d’Assise, et son désir d’absolu de Dieu et de fraternité universelle, en visitant nos frères et sœurs isolés, en partageant avec les plus démunis par l’intermédiaire des associations caritatives de nos communes, en ouvrant notre cœur à nos frères et sœurs de Ténado et via le CCFD Terre-Solidaire, en vivant un temps de pénitence et de réconciliation par le sacrement du pardon.
« Je veux regarder aujourd’hui le monde avec des yeux remplis d’amour, et que seules les pensées qui bénissent demeurent en mon esprit », disait en son temps St François d’Assise. Que ces mots habitent notre prière, quand, en recevant les cendres sur nos fronts dans un instant, nous entendrons l’appel du Seigneur et de son Eglise : « Convertis-toi et crois à l’Evangile. »
Amen.
P. Benoît Lecomte







Laisser un commentaire