« Heureux ». C’est le mot qui vient de résonner 9 fois dans l’évangile que vous avez choisi de nous faire entendre, Manu et Camille. Heureux, vous l’êtes et nous le sommes avec vous : la célébration de votre mariage est une immense source de joie pour vous, et pour nous également, qui avons à cœur de vous accompagner aujourd’hui. Et si chaque couple est unique, vous l’êtes particulièrement, par votre histoire, votre lieu de vie, et par la qualité de votre lien, l’un à l’autre.
Tous ceux qui vous connaissent pourront en témoigner : ce lien d’amour est tissé d’attention mutuelle. En vous regardant, nous voyons les mots de Saint Paul prendre chair : « l’amour prend patience, l’amour rend service, il ne s’emporte pas, il n’entretient pas de rancune, il trouve sa joie dans ce qui est vrai. » J’ajourerais (mais Saint Paul ne vous connaissait pas !) : il trouve sa joie dans ce qui est simple. Car c’est peut-être un point qui vous caractérise, Camille et Emmanuel : vous ne cherchez pas les complications. Vous aimez la simplicité (même si vous avez parfois les idées très claires sur ce que vous voulez !) Pour autant, ce qui vous a attiré dans ce texte de la Parole de Dieu, ce n’est pas la qualité de l’amour qui y est décrit. C’est le fait que sans l’amour, nous ne sommes rien. « J’aurais beau avoir la foi jusqu’à transporter les montagnes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien », dit l’apôtre. Or la foi, c’est la confiance en l’autre, et vous tenez à cette confiance mutuelle, portée par l’amour. Mais vous allez plus loin, en reconnaissant que cet amour, dont parle Saint Paul, n’est pas votre amour, qui reste malgré tout humain et donc fragile. L’amour dont il est ici question, c’est celui que l’on appelle aussi « Dieu », et qui ne passe pas. En vous mariant en Eglise, vous témoignez que votre amour prend sa source dans l’amour qu’est Dieu, votre amour prend sa source en Dieu. Et vous nous donnez de voir de nos yeux cet amour de Dieu, en vous regardant vivre, vous aimer et aimer ceux qui vous entourent. Vous le savez, Dieu sera toujours là, présent à vos côtés et en vos cœurs, pour continuer de faire vivre votre amour, pour le fortifier chaque jour, à la mesure où vous le laisserez faire. Votre cœur, nous le savons, est ouvert à cette aventure qui vous dépasse et nous dépasse tous. Une aventure qui conduit à la paix du cœur, à la joie et à la douceur.
Cette douceur que l’on entend également dans l’évangile. « Heureux les doux, ils auront la terre en héritage. » Mots étonnants à prononcer dans le monde qui est le nôtre. Nous passons notre temps à voir et à entendre que l’on se bat pour la terre, et qu’il faut être le plus fort et le mieux armé pour pouvoir en prendre possession. C’est là, Camille et Emmanuel, que vous déjouez les plans. Vous n’êtes pas armés, loin de là, et vous vous savez faibles et fragiles, peut-être avec plus de conscience que nous en avons pour nous-mêmes. Mais vous voulez vivre dans la douceur. Et par cette douceur, vous témoignez que l’on obtient la terre en héritage. La terre n’est pas nécessairement la possession du monde et des superficies. La terre dont vous héritez, c’est d’abord la terre de l’un et de l’autre, qui devient terre sacrée, terre sainte, dont vous voulez prendre soin avec… douceur. Cette terre, c’est aussi la vie en profondeur, la vie enracinée, comme on le disait tout à l’heure, dans l’amour de notre Dieu. C’est en cette terre et par ces racines que votre vie devient féconde, qu’elle déploie vie, énergie, joie autour de vous. Par cet enracinement dans la terre reçue en héritage, vous déployez votre amour et vous construisez un monde plus juste et plus fraternel.
Votre « oui » d’aujourd’hui est à la fois le fruit et l’écho du « oui » de Dieu à notre humanité, lorsqu’Il veut faire Alliance avec elle – avec nous. Par le sacrement du mariage, vous devenez des témoins de cet amour qui rejoint le cœur de toute femme et de tout homme. Témoins que la douceur, la miséricorde, la simplicité, la soif de justice, la pureté du cœur et la recherche active de la paix rendent profondément heureux, d’un bonheur « qui ne passe pas » parce qu’il est le bonheur de « l’amour qui ne passera jamais ».
Camille et Emmanuel, continuez comme vous le faites déjà, de revenir sans cesse à la source de votre amour, de revenir à Dieu. Et de là, de Lui, continuez à vous déployer en tissant des liens entre des gens qui ne seraient pas rencontrés sans vous. Continuez de travailler, même inconsciemment, à embellir ce monde d’une douce fraternité « désarmée et désarmante » comme aime à dire notre pape Léon. Et soyez sûrs que notre présence aujourd’hui à vos côtés a valeur d’engagement : nous continuerons aussi la route avec vous, pour traverser les jours de grisailles et de questionnement (il y en a dans toute aventure de couple) et pour faire la fête avec vous aux jours de joie.
Que le Seigneur, qui vous appelle et à qui vous répondez librement aujourd’hui, vous accompagne dans ce beau chemin. Comme le chantait le psaume : « Goûtez et voyez : le Seigneur est bon ! Heureux qui trouve en lui son refuge ! »
Amen.
P. Benoît Lecomte







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