Voici le commandement du Seigneur : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé. » Pierre et Camille, si vous êtes cet après-midi dans cette église d’Oriolles, c’est parce qu’entre vous, vous vivez et voulez vivre totalement de ce commandement du Seigneur.
Peut-être que ce qui est beau, dans ce commandement, c’est qu’il s’adresse à tous. Le Seigneur aurait pu laisser comme commandement… de l’aimer, ou de faire correctement sa prière, ou d’être engagé dans l’Eglise, ou je ne sais quoi d’autre. Mais avec cette invitation à nous aimer les uns les autres, il s’adresse à tous. A ceux qui croient, qui mettent leur confiance en Dieu, et à ceux qui ne croient pas, ou qui doutent, ou qui se posent des questions, ou qui cherchent… Il s’adresse non d’abord à la foi des uns ou des autres, mais au cœur de chacun, quelques soient nos convictions. Et c’est heureux, parce qu’il s’adresse donc à toi, Pierre, avec la foi qui t’habite, et à toi, Camille, avec ton regard à la fois tendre et critique sur la foi de Pierre et plus largement des chrétiens.
Evidemment, cet amour parle de vous. Car il est l’amour qui est entre vous, Camille et Pierre. Il est l’amour qui vous lie depuis 4 ans et qui ne cesse de grandir et de se renforcer au point que vous décidiez, aujourd’hui, de le nourrir chaque jour de votre vie. Et vous portez dans le cœur ce désir l’un pour l’autre d’aller jusqu’au bout du commandement : donner votre vie l’un pour l’autre. Mais il n’est pas un amour qui vous enferme l’un sur l’autre. Car s’adressant non à la foi mais au cœur, ce commandement s’ouvre pour tous, comme votre amour s’ouvre également pour tous. En scellant votre amour dans le sacrement du mariage, vous ne faites pas de votre couple une bulle bien isolée du monde, à l’abris des vents contraires et des risques du monde. Au contraire, vous l’ouvrez à toutes les dimensions du monde et à celles et ceux qui sont en manque d’amour parce qu’ils sont plus seuls, plus loin, moins accompagnés. Tu connais déjà ces visages, Pierre, rencontrés au cours des maraudes qui te nourrissent autant qu’elles veulent nourrir ceux que tu rencontres. Vous engager dans le mariage ouvre votre amour aux dimensions du monde, parce qu’il en va du commandement même du Seigneur, d’aimer et de nous aimer les uns les autres. « Afin que vous portiez du fruit et que votre fruit demeure », dit le Seigneur. Fécondité infinie d’un amour donné et partagé. Voilà l’appel du Seigneur que vous faites résonner en ce jour de votre mariage. Nous aimer.
Et nous aimer « comme il nous a aimé. » C’est-à-dire jusqu’au bout, jusqu’au don total. Folie. Notre cœur aura beau être amoureux, ne restera-t-il pas toujours un peu d’égo, d’instinct de survie, de peur qui empêchera d’aller « jusqu’au bout » ? Et pourtant, nous sommes là avec vous au moment où vous vous y engagez. Parce que ce commandement rejoint notre désir d’absolu qui dit aussi la vérité de notre vie. Nous ne sommes pas faits pour vivre à moitié. Nous ne sommes pas faits pour rester au bord de la piscine en trempant juste les pieds frileusement. Notre cœur a soif d’absolu, de l’absolu de l’amour. Peut-être notre cœur est-il fou, mais cette folie est sagesse de Dieu et c’est elle qui vient sauver le monde. C’est cette folie qui nous fait passer de « serviteurs » à « amis », comme le dit encore Jésus. Parce qu’alors nous entrons dans une autre dynamique de vie, dans une autre dynamique de don : dans la dynamique même de Dieu. Nous répondons à notre vocation première d’être enfants de Dieu, créés par lui à son image et à sa ressemblance. « Homme et femme il les créa », dit le texte de la Genèse. Homme et femme avec qui Dieu veut faire Alliance depuis les origines. Homme et femme qu’il aime éperdument, comme le raconte ce poème du Cantique des Cantiques décrivant une course amoureuse pleine de tendresse et de passion. Folie de Dieu qui nous aime tant, et qui nous invite à entrer dans ce jusqu’au-boutisme de l’amour pour vivre de lui et avec lui.
Camille et Pierre, c’est pour cela qu’il vous choisit. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est encore Jésus : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisi. » Ce mariage est votre réponse libre à l’appel du Seigneur, à l’invitation qu’il vous fait de partager l’amour dont il vous aime avec toutes celles et tous ceux que vous croiserez. Votre « oui » est un écho du grand « oui » de Dieu à toute l’humanité et à chacun d’entre nous. Mais pour rendre visible ce grand « oui », il a besoin du votre… ou plutôt, nous avons besoin du votre pour toucher du doigt et comprendre l’amour de Dieu pour nous. Merci de devenir ces témoins, chacun avec ce que vous êtes, dans la liberté de vos histoires désormais liées en une histoire, de cet amour divin qui rejoint chacun.
Et que notre présence à vos côtés ne soit pas uniquement l’occasion de la fête d’un jour, mais la marque de notre compagnonnage à vos côtés, au jours de joie comme aux jours de doutes, tout au long de votre vie.
Amen.
P. Benoît Lecomte







Laisser un commentaire