Homélie du Jeudi Saint, par le P. Benoît Lecomte

Barbezieux - Baignes - Barret

Publié le 14 avril 2022

La question revient encore ce soir : « Où es-tu ? » Comme dimanche dernier en la fête des Rameaux, nous la retournons et la posons à Jésus. Si nous voulons le rencontrer, il nous donne ce soir une réponse.

Il est là, en ce bout de pain qui réunit depuis 2000 ans ceux qui se réclament de lui. Pain du repas pascal, pain du passage et de la libération Il est là, dans l’eucharistie proposée en communion, nourriture pour la route quotidienne. Il est là, en ce corps donné, offert, livré. Il est là, en ce corps reçu et transmis de génération en génération.  « Ceci est mon corps, qui est pour vous. »

Ce corps est de pain. Il est aussi de chair et de sang. Le Christ est là, près de toi, en ton frère, en ta sœur, en cet autre que toi qui t’est donné à servir. Comme à l’instant lors de ce lavement des pieds, en signe de service et d’abandon à l’autre, comme Jésus l’a fait pour ses disciples. Comme il l’avait déjà dit en cet autre évangile : « Ce que vous avez fait à l’un de ces petits, c’est à moi que vous l’avez fait. Ce que vous n’avez pas fait à l’un de ces petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait. » « Celui-ci aussi est mon corps, qui est pour vous. » Summum de la réalité du double commandement de l’amour. Le corps eucharistique et le corps charnel du frère, c’est tout un. En l’un comme en l’autre Dieu se donne à rencontrer, Dieu se donne en nourriture, Dieu se donne à toi. Pas l’un sans l’autre. Ce serait non sens.

Dieu est là, en ce corps offert à toi. Pas un corps de papier glacé, pas un corps photoshopé, pas un corps de rêve, en bonne santé et au sommet de la gloire, non ! En ce corps blessé. En ce corps isolé. En ce corps fracturé, abandonné, malade, trahit, abîmé, meurtri. Le corps eucharistique est fait pour être rompu, fractionné, éparpillé, offert à tous. N’est-ce pas à la fraction du pain que les disciples d’Emmaüs le reconnaîtront ? Comme le corps du frère qui n’est jamais un corps « parfait », et c’est précisément parce qu’il ne l’est pas qu’il est ce frère, cette sœur à aimer.

Le corps n’est-il pas malade aujourd’hui ? Ce qui est vrai pour les corps individuels des frères et des sœurs les plus proches, l’est aussi pour les corps collectifs. Le corps ecclésial, avec ses scandales, ses dérives, ses absurdités parfois. Le corps social, miné par tant et tant de fractures, de peurs, de pauvretés. On pourrait parler aussi du corps médical, enseignant, familial et de tant de corps qui souffrent. Ces corps que l’on aurait tôt fait de critiquer, de dénigrer, d’enfoncer. Dieu se donne aussi dans ces corps, en ces réalités humaines fragiles. Devant elles aussi il se met à genoux pour leur laver les pieds, par amour inconsidéré.

Mystère d’amour et de communion. Tu t’agenouilles devant le Pain de Vie comme Christ s’agenouille devant les pécheurs que nous sommes, pour t’agenouiller aussi devant les corps blessés et comme Lui, prendre soin, laver, guérir, soigner, cicatriser, parfumer, sanctifier nos pauvres corps. Mystère d’amour et de communion. La communion au corps du Christ est ouverture à une communion universelle et à chacun de ceux qui nous entourent. Une communion d’amour où seul compte le don de soi. « Le don de soi qui engage tout l’être silencieusement, le don de soi qui requiert de lui cette attente d’amour qui fait de l’homme une présence réelle : c’est cela qui importe à Dieu, que nous soyons les uns envers les autres une présence réelle » (Maurice Zundel).

Le corps physique de Jésus avait été un piège pour ses disciples. Parce qu’ils s’arrêtaient à ce qu’ils voyaient, parce qu’ils projetaient sur lui leurs attentes toutes humaines de pouvoir et de gloire. Ils ne reconnaissaient pas « cette humanité conçue par l’Esprit, cette humanité qui domine tous les temps, cette humanité qui embrasse tous les hommes cette humanité sans frontière qui, seule, peut faire de toute l’humanité et de tout l’univers une seule Présence et une seule Personne » (M. Zundel). Désormais libéré de ce piège, Christ est à aimer en ce Pain et en l’autre, en ces corps eucharistique et du frère qui nous mènent tous deux en une communion éternelle et infinie.

“- Où es-tu, Jésus ? 

– Je suis là,

dans cet Insaisissable totalement donné,

sur la table de fête et dans le froid de la rue,

dans l’amour répandu et la fraternité vécue,

en ce Pain partagé comme en ce frère à aimer.

Je suis là, dans cet acte mémoriel de communion universelle :

chaque fois que vous mangerez mon corps et soignerez mes blessures, je serais là. “

 Et chacun de nous, dans cette communion, de devenir Présence réelle de cet Amour donné.

 Amen.

P. Benoît Lecomte

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