Homélie du dimanche 28 février 2021 par le P. Benoît Lecomte

Barbezieux - Baignes - Barret

Publié le 27 février 2021

« Abraham bâtit l’autel et disposa le bois ; puis il lia son fils Isaac et le mit sur l’autel, par dessus le bois. Abraham étendit la main et saisit le couteau pour immoler son fils. » Ces phrases sont insupportables à entendre. Qui est-il donc cet Abraham, pour oser sacrifier son propre fils sans trembler ? Qui est-il donc, ce Dieu qui ose demander un tel crime à un père ? Où est-il donc, l’amour qui devrait émerger de toute Parole biblique ? Faut-il encore convoquer ces attitudes fanatiques ? La foi d’Abraham est montrée en exemple, mais la foi peut-elle s’affranchir de la sorte de toute intelligence de l’Homme et tout esprit critique ? Que nous faut-il convoquer notre arsenal de connaissances pour resituer ce récit dans une époque aux mœurs qualifiés aujourd’hui de barbares, pour le mettre en perspective dans une pédagogie progressive de la Révélation, pour comprendre que l’attitude de Dieu permet au contraire de stopper enfin les sacrifices humains, premier pas avant l’arrêt total de tout sacrifice vivant. Il n’empêche, nous restons un peu comme les disciples sur la montagne devant Jésus transfiguré : effarés, effrayés… et ne comprenant pas grand-chose à ce qu’il se passe.

Un même verbe qui lie ces deux récits, d’Abraham et de la transfiguration : écouter. C’est l’écoute d’Abraham qui ouvre à la bénédiction de Dieu pour toutes les nations et à une descendance « aussi nombreuse que les étoiles du ciel ou que le sable au bord de la mer. » C’est « d’écouter le Fils bien aimé» que demande la voix à travers la nuée. Ecouter au point que Jésus demande à ses disciples de se taire et de ne raconter à personne ce qu’ils ont vu sur la montagne. La transfiguration n’est pas un spectacle de prestidigitation, elle n’est pas un miracle spectaculaire à raconter les yeux tout brillant de paillettes, elle n’est pas la venue d’un fantôme qui viendrait troubler les esprits. Elle est une Révélation à accueillir dans le silence du cœur, dans la méditation intérieure, dans la profondeur à laquelle elle nous convoque. Elle est une Révélation dans la suite de celle que Dieu faisait au peuple monothéiste dans le récit d’Abraham. Mais Révélation de la fin, du but : Révélation de la récapitulation de toute l’Histoire Sainte, de Moïse à Elie, de toute la Loi et des prophètes, en Jésus. Révélation de l’avenir de l’Homme et de toute l’humanité, Révélation de la Pâques et de la Résurrection finale. Si le visage et toute la personne du Christ est transfigurée, c’est pour nous indiquer que nous serons nous aussi transfigurés avec Lui. Telle est notre vocation. « Trans-figurés », nos figures, nos visages transportés et transformés par la puissance de l’amour de Dieu et de la résurrection.

Le début du carême nous promène, dimanche dernier dans le désert, aujourd’hui sur la montagne. Mais c’est toujours le but et le chemin qui nous sont racontés, d’une façon ou d’une autre. Aujourd’hui, le chemin qui nous est proposé est celui de l’écoute. Et comme ce chemin convient bien à la démarche de carême que nous avons entreprise, pour recevoir et favoriser l’unité entre nous ! Car l’unité d’une communauté n’est pas la juxtaposition des uns à côtés des autres. L’unité se réalise par l’écoute et la parole, par l’attention et l’échange. Ce carême nous invite à vivre des pardons et des réconciliations entre nous et avec tous ceux qui nous entourent. Ces pardons, ces réconciliations ne peuvent se vivre que parce que nous savons nous dire les choses et que nous savons entendre et écouter. Quel effort de carême ! Effort qui peut nous transfigurer, chacun personnellement au cœur de toutes nos relations, et transfigurer notre communauté qui veut être chrétienne et qui profite de ce temps de carême pour le devenir un peu plus. Nous parler les uns aux autres, nous écouter les uns les autres, et écouter « le Fils bien-aimé », celui qui s’exprime dans le silence des nuits, dans la légèreté de la brise, dans le souffrance de l’homme en croix, dans l’amitié discrète et fidèle du compagnonnage et qui dira tout dans le vide du tombeau ouvert. Nous mettre à son écoute pour apprendre à nous écouter les uns les autres. Ecouter sa Parole pour recevoir les paroles de nos frères et sœurs. Passer de l’incompréhension et de la frayeur des disciples à la confiance d’Abraham, non pas confiance aveugle et bête mais confiance de la paix du cœur, confiance en celui qui ne nous fera aucun mal et qui veut notre bonheur. « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? », demandait Saint Paul.

Ecoute, aussi, encore, communautaire. Ecoute des cris de joie et de détresse, des clameurs du monde, des pauvres surtout. Les pardons et les réconciliations que nous voulons vivre en ce temps de carême peuvent aussi passer par tant de conversions de nos modes de vie : dans une consommation toujours plus responsable, dans un souci grandissant de la nature et de la création, dans une attention plus fine aux répercussions économiques et sociales de toutes nos actions… Comme autant de gestes de pardons pour nos excès ou nos dérapages, pour nos manques d’amour qui dépassent souvent ce que nous en voyons.

L’évangéliste nous prend à témoin. Avec Pierre, Jacques et Jean, nous sommes montés sur la montagne et nous avons vu Jésus transfiguré, dans la plénitude de sa gloire, dans la Lumière à laquelle nous sommes tous appelés. Et nous avons eu l’écho de cette voix : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le ! » Que cette écoute décuple notre écoute. Que cette écoute fasse retomber sur nous toutes les bénédictions promises à la descendance d’Abraham. Que cette écoute nous donne de marcher dans les pas du Fils de l’Homme, et nous fasse progresser sur le chemin de l’unité et de la joie, jusqu’à l’annonce finale de la transfiguration pascale.

Amen.

P. Benoît Lecomte

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