Homélie du 9 octobre 2022, Par le P. Benoît Lecomte

Barbezieux - Baignes - Barret

Publié le 9 octobre 2022

Deux dimensions marquent ces récits de la Parole de Dieu.

La première est l’action de grâce de ceux qui sont guéris de leur maladie, Naaman dans le livre des Rois, le lépreux dans l’évangile. Evangile qui, peut-être l’avez-vous remarqué, est construit comme notre liturgie : les lépreux commencent par crier leur demande à Jésus : « Maître, prends pitié de nous » (notre prière pénitentielle). Ils écoutent ensuite la Parole de Jésus (la Parole de Dieu) et la mettent en pratique. Puis l’homme guéri revient sur ses pas « en glorifiant Dieu » (Gloire à Dieu) et en « rendant grâce » (eucharistie) avant d’être envoyé : « Relève-toi et va. » C’est une véritable liturgie que vit ce lépreux, une liturgie transformatrice. Toute sa vie en est bouleversée – sa santé bien sûr, mais aussi sa vie relationnelle, et peut-être même spirituelle. Sa liturgie eucharistique est vécue totalement, intégralement, sans le pain partagé. Ou plus exactement, le pain est son propre corps, sa propre vie. Il l’apporte au Seigneur, comme le jeune homme apportera ses cinq pains et ses deux poissons, et c’est toute sa vie qui devient Vie Nouvelle sauvée, délivrée par sa rencontre avec le Christ. Sa liturgie nous renvoie à la nôtre : où en sommes-nous de notre rapport à la liturgie et notamment la liturgie eucharistique ? Est-elle habitude, routine ou obligation ou est-elle chaque fois nouveauté inouïe d’un don qui dépasse tout don ? Sommes-nous extérieurs à cette action de grâce, comme des participants à un rite – chrétien mais qui pourrait tout aussi bien être païen – ou concélébrants ensemble dans la vérité nue de nos vies offertes et transformées mystérieusement en vie divine et renouvelées totalement, holistiquement ? L’eucharistie est-elle pour nous un moyen – de prier, de nous poser, de nous rencontrer – ou le lieu de la transformation radicale de nos vies et par conséquence de toutes nos relations, dans une dimension qui nous dépasse et nous échappe parce qu’elle est Tout Amour insaisissable ? En revenant à Jésus, l’ancien lépreux nous renvoie à nous-mêmes et au rassemblement que nous vivons. L’ancien lépreux… ce Samaritain.

Car vous l’aurez remarqué, et c’est la deuxième dimension qui marque ces récits, Naaman est un Syrien, le lépreux est un Samaritain, autrement dit, deux étrangers. Deux hommes qui ne sont pas juifs, qui ne relèvent pas des rites du peuple élu, qui devraient même être rejetés, l’un du prophète Elisée, l’autre de Jésus. Ce sont des étrangers qui sont invités au salut et qui prennent part à l’action de grâce (à l’eucharistie, c’est le mot grec) pour la vie donnée et reçue, la vie sauvée. Ce sont des étrangers, qui pourtant n’ont pas le droit de s’approcher, qui deviennent prophètes des merveilles de Dieu. Bousculante Parole de Dieu venue à nouveau questionner nos habitudes, nos disciplines, nos règles de vie en Eglise. Nous pouvons penser aux étrangers venus d’autres pays que le nôtre, bien sûr, mais aussi aux divorcés remariés, aux exclus de toutes sortes ou à tous ceux qui se sentent exclus (je pense à cette femme qui m’appelle hier matin pour le baptême de son bébé, toute craintive parce qu’elles sont deux mamans… comment allait-elle être accueillie… ?), à tous ceux à qui nous demandons des comptes davantage qu’à nous-mêmes pour vivre de ces sacrements et de la pleine vie d’Eglise. L’expérience évangélique est toute autre. Elle ne regarde pas à la conformité du certificat de baptême ou à la netteté du contrat de mariage. La grâce de Dieu se donne à tout homme – toute femme – de bonne volonté désireux de se tourner vers le Seigneur et de se laisser transformer par lui, pardonner par lui, sauver par lui, relever par lui.

« On n’enchaine pas la parole de Dieu », affirme Saint Paul dans sa lettre à Timothée. Ajoutant : « C’est pourquoi je supporte tout pour ceux que Dieu a choisis, afin qu’ils obtiennent, eux aussi, le salut qui est dans le Christ Jésus. » « Ceux que Dieu a choisis », et non ceux que nous ou quelques-uns auraient choisis. C’est bien Dieu qui a et qui garde l’initiative, toujours. Il est libre de convoquer qui il veut à son corps ecclésial, et son Eglise est là pour rappeler cette liberté divine à laquelle tout homme est invité. Ne mettons pas de barrière ou de douane là où le Seigneur n’en a pas mis, et avec le psalmiste, nous nous réjouissons et nous rendons grâce : « La terre tout entière a vu la victoire de notre Dieu. Acclamez le Seigneur, terre entière, sonnez, chantez, jouez !»

Amen, Alléluia !

P. Benoît Lecomte

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