« Je fais de toi un guetteur pour la maison d’Israël », dit le Seigneur au prophète Ezéchiel. Et que doit guetter le prophète ? A quoi doit-il être attentif ? A la qualité de la vie fraternelle, à la vérité des relations entre tous et de tous avec Dieu. Rien de moins que cela. Mais l’invitation du Seigneur faite au prophète traverse les âges et rejoins chacun de nous, en communauté chrétienne et au-delà. A chacun de nous, le Seigneur dit : « Je fais de toi un guetteur pour notre maison commune, pour notre Eglise, pour notre communauté paroissiale, pour notre monde. »
Le premier chapitre du Livre de la Genèse dit que nous sommes créés à l’image de Dieu. Nous pouvons trop souvent comprendre cette expression de façon individuelle ou personnelle, comme si chacun de nous était une image de Dieu. Ce n’est pas faux dans le sens où Jésus Christ, « l’image du Dieu invisible », est bien un homme qui nous ressemble en toute chose excepté le péché, accomplissant notre humanité. La personne humaine est bien créée à l’image de Dieu. Mais nous devons aussi entendre cette expression de façon collective. Dieu est amour et communion, il y a de la différence en lui-même puisqu’il est Père, Fils et Esprit, unis en un même amour. C’est à cette image que l’humanité est créée. Elle aussi a pour vocation d’être unie dans un même amour, associant les unes aux autres toutes les différences dans une construction unique dont l’Eglise est le modèle, ou la révélation, ou la manifestation pour le monde. « Quand le Seigneur Jésus prie le Père pour que « tous soient un…, comme nous nous sommes un » (Jn 17, 21-22), il ouvre des perspectives inaccessibles à la raison et il nous suggère qu’il y a une certaine ressemblance entre l’union des personnes divines et celle des fils de Dieu dans la vérité et dans l’amour »[1], nous dit le Concile Vatican II. Nous sommes créés à l’image de Dieu, et donc les relations entre nous et entre tous les hommes doivent manifester l’union des personnes divines entre elles.
Il nous revient donc, pour réaliser et accomplir notre vocation d’hommes et de femmes, de vivre ensemble de la communion, la concorde et la paix. Et nous sommes tous coresponsables de cette paix. C’est ce que déploie la Parole de Dieu aujourd’hui, en nous invitant à être « guetteurs » de fraternité et à travailler à des relations saines et dans la vérité, dans l’amour.
La correction fraternelle décrite avec force méthodologie dans l’Evangile est exigeante. Elle nous invite à nous écouter et à nous parler les uns les autres. Elle appelle en nous une profonde humilité fraternelle pour aller voir un frère ou une sœur et lui parler, ou à l’inverse savoir écouter en vérité ce qu’un frère ou une sœur veut nous dire. Elle nous oblige à un amour radical qui veut croire en l’autre et lui donner la possibilité de progresser en sainteté, non pas selon nos propres critères mais selon les critères de Dieu (rappelons-nous la parole de Saint Paul dimanche dernier : « Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait. ») Elle nous fait quitter toute manifestation de violence, tout bavardage ou commérage. Elle nous invite à déposer nos armes, ouvrir nos carapaces, nos postures, nos jugements préconçus pour entrer les uns avec les autres dans un véritable dialogue en profondeur, en vérité, sous le regard de Dieu, dans la douce radicalité de l’Esprit Saint. Elle ne nous invite pas tant à parler des uns et des autres qu’à nous parler les uns les autres.
Chacun de nous (à commencer par moi) peut faire son examen de conscience… et découvrir combien nous sommes « en dette d’amour mutuel », comme dit Saint Paul. Il ne suffit pas de répondre à quelques commandements que rappelle la Loi. Il faut encore aimer. Et « L’amour ne fait rien de mal au prochain ». Plus encore, il nous demande de sortir de nous-mêmes et de nos postures plus ou moins confortables pour vivre les uns pour les autres dans une attention toute fraternelle au sens fort du terme. L’Eglise, dans la communauté d’hommes et de femmes si différents qui la constituent, n’a de sens et ne porte de témoignage qu’à la hauteur de cette charité et de cette fraternité, vécue jusque dans la correction fraternelle, dans l’accueil mutuel des « reproches » (comme dit Jésus), pour progresser ensemble dans l’amour et dans notre vocation commune. Alors, nul doute que si nous vivons à cette profondeur de relation les uns avec les autres, nous rejoignant dans le même Esprit, tout ce que nous demanderons au Père, il nous l’accordera. Car notre volonté et notre cœur seront accordés à sa volonté et à son cœur, et nous ne ferons plus qu’Un.
Voilà un extraordinairement beau programme pour notre vie paroissiale cette année !
Amen.
P. Benoît Lecomte
[1] Gaudium et spes, 24







Laisser un commentaire