Homélie du 5 février 2022, par le P. Benoît Lecomte

Barbezieux - Baignes - Barret

Publié le 6 février 2022

Rappelez-vous le récit de la création dans la Genèse. Au 6ème jour, Dieu crée l’Homme et « il vit que c’était très bon. » Par nature, l’Homme – homme et femme – est beau, il est grand, il est sommet de la création. Il est ce que Dieu a créé de plus intime à Lui-même ; « à son image et à sa ressemblance. » Et ce qui est vrai de l’Homme du récit de la Genèse l’est de tout homme, de toute femme. Nous sommes, tous, des trésors incomparables, des biens précieux, des merveilles aux yeux de Dieu. Tous, sans exception.

Sauf que nous n’avons pas confiance. Nous avons perdu cette ressemblance divine à force de vouloir nous prendre pour Dieu, de nous placer au centre du monde, de nous gonfler d’orgueil, de nous prendre pour la mesure de tout, de nous croire les maîtres de l’univers. Et cette posture nous enlaidie, nous rabaisse, au point de ne plus nous trouver beau, d’avoir perdu cette capacité d’émerveillement primitive qui nous habitait. Alors nous nous désolons de nous-mêmes et de notre monde, nous pleurons les catastrophes que nous provoquons, nous nous lamentons inquiets d’un avenir compliqué, nous nous protégeons, nous nous barricadons et nous perdons notre capacité de répondre à la plénitude de notre vocation.

Mais ce n’est pas ça que Dieu voit. Lui continue de nous appeler, de nous tendre la main, de croire en nous. Contrairement peut-être à nous parfois, Dieu ne désespère pas de l’Homme. Et malgré nos limites, nos faiblesses et nos incapacités, il appelle.

Il appelle Isaïe, un homme aux lèvres impures qui habite au milieu d’un peuple aux lèvres impures, à devenir prophète. « J’entendis alors la voix du Seigneur qui disait : ‘Qui enverrai-je ? qui sera notre messager ?’ Et j’ai répondu : ‘Me voici : envoie-moi !’ »

Il appelle Saul à devenir Paul, lui « l’avorton », « le plus petit des Apôtres » qui ne se considère pas digne d’être appelé apôtre puisqu’il a persécuté l’Eglise de Dieu.

Il appelle Simon, le pêcheur de Galilée, pêcheur de poisson qui se reconnaît pécheur aux yeux du Seigneur : « Eloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur. »

Il appelle les hommes et les femmes fragiles que nous sommes, comme il appellera demain matin les malades qui recevront l’onction de tendresse de Dieu.

Il ne s’agit pas d’un Dieu piètre DRH qui ferait des erreurs de recrutement, mais du Seigneur qui sait ce qu’il fait dans son amour qui ne cesse de relever chacun. Dieu te fait confiance. Dieu nous fait confiance. Et cette confiance appelle à relever la tête et le défi. « Me voici, envoie-moi », répond Isaïe. « ‘Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras.’ Alors ils ramenèrent les barques au rivage et, laissant tout, ils le suivirent. » Dieu nous appelle à cesser de nous plaindre et de nous lamenter, et à découvrir ou redécouvrir la beauté de tout Homme, à commencer par la nôtre propre.

Dieu nous invite à la confiance. Celle d’Isaïe, celle de Paul, celle de Simon : « Tu ne connais rien à mon métier, tu es un étranger qui vient d’une autre région, ‘nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre ; mais sur ta parole, je vais jeter les filets.’ »

Alors avançons au large et jetons les filets ! Non pas pour récupérer un maximum de gens à nous – ce serait encore nous mettre au centre du jeu et nous prendre pour Dieu – mais pour apporter un maximum d’amour à ceux qui nous entourent. D’amour et de confiance. De confiance et de beauté. Dieu nous appelle pour nous envoyer annoncer la parole – cette parole prophétique (Isaïe), cette « Bonne Nouvelle que nous avons reçue (Saint Paul), cette parole de feu que Jésus enseigne aux foules (Luc). Dieu nous envoie et nous fait confiance pour prodiguer des soins à notre humanité blessée, pour raviver la confiance là où elle a disparu, dans nos maisons, dans nos lieux d’engagement, dans nos pays. Dieu nous appelle à ne pas rester au port, même si nous sommes déjà fatigués, pour aller ensemble, « avec les compagnons de la barque », aux carrefours du monde, sur les lignes de fractures, là où l’humanité et la création sont blessées. Il nous appelle à vivre et à transmettre ce que nous avons reçu, cette annonce incroyable qui vient bouleverser nos vies, cette annonce enracinée en nous par le baptême dans lequel nous avons été plongés : « le Christ est mort pour nos péchés conformément aux Ecritures, et il fut mis au tombeau ; il est ressuscité le troisième jour conformément aux Ecritures. »

Pour tout cela, Dieu nous fait confiance. Pour tout cela, Dieu compte sur nous. Quelques soient ton état de santé, tes compétences, ton histoire. Car comme le dit Paul pour lui-même et que nous pouvons tous reprendre à notre compte : « Ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu, et sa grâce, venant en moi, n’a pas été stérile… ce n’est pas moi, c’est la grâce de Dieu avec moi. »

 Le Christ est là, chaque jour avec nous dans la barque comme hier avec les disciples. Que la présence et la vigoureuse tendresse de Dieu vienne animer nos communautés chrétiennes, nos vies personnelles et notre monde, pour répondre à son appel d’ouverture et de vie.

Amen.

P. Benoît Lecomte

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