« Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » « Que la grâce de Jésus notre Seigneur, l’amour de Dieu le Père et la communion de l’Esprit Saint soit toujours avec vous. » Nous n’entendons plus ces phrases, elles sont devenues réflexes. Nous y répondons spontanément avec les mots de la liturgie sans y faire attention.
Et pourtant, elles nous introduisent de façon inouïe dans le Mystère de Dieu. Car là, en quelques mots que nous reprendrons tout à l’heure dans le credo, dans la profession de foi, là, tout est dit.
Tu veux savoir qui est Dieu ? Tu veux connaître Dieu ? Alors tu regardes le ciel, tu cherches quelqu’un derrière les nuages, ou au contraire tu désespères de ne pas le voir et tu pleures son absence. Tu l’imagines tout-puissant, capable de réaliser sa volonté sur terre et tu l’accuses peut-être de ne rien faire, quand on voit l’état du monde et de nos vies. Tu le penses loin, ou au contraire proche… peut-être cela dépend aussi de ton humeur et de ta forme du jour, de tes tracas et de tes joies, de ce que tu vies en ce moment… Tu l’assimiles peut-être à une idée, ou une réalité diffuse, ou une connaissance intellectuelle qui te reste du caté, ou un esprit, ou un ami, un proche…
Tu veux savoir qui est Dieu ? Tu veux le connaître ? Entends ces mots que nous répétons à chaque début de messe, voire de prière. Ils disent qui est Dieu. Mais ils ne le disent pas avec des concepts. Ils le disent avec des personnes, et dans un mouvement, une dynamique. Ils le disent en rendant Dieu non pas lointain, mais proche de toi. Ils le disent en t’incluant en eux, car Dieu n’est ni lointain, ni solitaire.
Il est Père, de cette puissance de vie qu’est l’engendrement, la Création. N’entend pas le mot Père au masculin : Dieu n’est ni masculin ni féminin, ce qui est le propre des créatures. Dieu est Dieu, puissance d’engendrement et de Création, puissance de Vie. D’une Vie qu’il ne cesse de donner, car il ne garde rien pour lui-même. Le Père est toujours en sortie, toujours tendu vers, toujours donné. On pourrait se poser la question de savoir si on peut « aller chez le Père », comme tant de prière ou paroles nous le disent. Il y a de fort à parier que le lieu d’habitation du Père, c’est le cœur de l’homme. Il ne cesse de rejoindre les hommes, et de vouloir les aimer. Il « marche au milieu de son peuple », comme le demandait Moïse en son temps.
Il marche comme un frère. Car notre Père s’est donné à nous en Jésus, Dieu fait homme, reconnu Fils de Dieu. Il est le compagnon de route fidèle et aimant en qui nous pouvons mettre toute notre confiance. Mais il est aussi celui qui, prenant sur lui notre condition humaine et l’amenant jusqu’au bout par le Mystère de la passion de la mort et de la résurrection, nous sauve, c’est-à-dire nous fait participer à cette vie de Dieu. « Dieu a tellement aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle », annonçait l’évangile. Par son incarnation, sa mort et sa résurrection, Jésus nous introduit dans la vie même de Dieu, cette vie qui nous est donnée et que nous recevons à la mesure de notre ouverture à lui, de notre confiance et de notre foi en lui.
Et il nous introduit dans cette vie en nous envoyant son Esprit. On l’entendait dimanche dernier à la Pentecôte : il souffla sur les apôtres et les disciples. Il leur donna son souffle, son Esprit. L’Esprit Saint. L’Esprit de Dieu. L’Esprit qui vient habiter nos cœurs et nos vies, et rendre Dieu plus intime à nous-mêmes que nous-mêmes. Ne faut-il pas de l’air et du souffle pour être vivant ? L’Esprit Saint est ce souffle qui fait de nous des vivants. Il est ce Souffle qui est présence de Dieu en nous et entre nous, comme il est dans le Père, le Fils et entre eux, lien d’amour réciproque et de communion. Pour qu’entre nous aussi, se dessinent des liens d’amour réciproque et de communion.
Dieu n’est pas le lointain, il est le tout proche et il nous fait participer à sa dynamique, à sa folie, au don de lui-même, à son Amour.
Car là est la clef : Dieu est Amour. Non pas un amour humain, et donc fragile, parfois tordu, se cherchant toujours. Il est Amour parce qu’il est L’Amour fidèle, indestructible, libérateur. Il est dynamique, circulation, mouvement, élan. Il est comme une danse dans laquelle il nous invite à entrer. Je ne dis plus « tu », comme au début de l’homélie, mais « nous », car c’est toute l’humanité, toi, moi et tous nos frères et sœurs humains à travers le monde et l’Histoire, qui sont invités à vivre de cette même communion, de ce même Esprit, de cette même rencontre avec le Christ, de cette même Vie offerte par le Père.
La fête de la Trinité, que nous célébrons ce dimanche, n’est pas la fête de Dieu, que nous regarderions comme des spectateurs. Elle est fête de notre humanité destinée à entrer dans l’Alliance avec Dieu, dans une communion d’Amour avec Celui qui marche au milieu de nous, qui fait de nous sa demeure et nous invite à vivre par Lui, avec Lui et en Lui. C’est cette foi en Dieu Trinité que vous professez ce matin avec toute l’Eglise, parce qu’elle est l’essence de notre vie.
Amen
P. Benoît Lecomte







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