Homélie du 3 janvier 2020 par le P. Benoît Lecomte

Barbezieux - Baignes - Barret

Publié le 3 janvier 2021

Avec la nouvelle année, l’heure est venue d’échanger des vœux, de nous dire ce que nous souhaitons les uns pour aux autres. Non pas d’utiliser quelques formules toutes faites qui n’engagent à rien, mais de réfléchir avec intelligence et cœur à ce que nous voulons pour les autres et pour le monde. Je me suis demandé ce que cela pourrait donner à la lumière de la Parole de Dieu en cette fête de l’Epiphanie. En d’autres termes, ce que Dieu souhaitait pour nous à l’aurore de cette nouvelle année, et qu’il nous partageait dans la Parole qui nous est adressée aujourd’hui.

Or cette Parole nous invite, me semble-t-il, à deux mouvements liés l’un à l’autre.

Le premier mouvement – non pas qu’il soit chronologiquement premier ou plus important que le second, mais il faut bien commencer par l’un d’eux – c’est celui qui met le Christ au centre. Les mages convergent vers l’enfant de la crèche, c’est de lui que vient la lumière dont parle Isaïe. C’est encore lui qui porte et réalise la promesse que Paul veut annoncer. Au début de cette année, nous sommes invités à mettre le Christ au centre de notre marche. Dire cela peut, selon, nous enthousiasmer ou nous passer au-dessus de la tête. Mettre le Christ au centre c’est, au moins, avoir et trouver un centre à nos vies éparpillées et mouvementées. C’est trouver ce qui en est le centre de gravité, ce qui permet de rester en équilibre et de ne pas tomber. Cela se traduira, selon l’habitude, le besoin et l’histoire de chacun, dans la prière, dans l’action, dans la reconnaissance d’être aimé, dans la gratitude, dans les sacrements, etc. Dans le sentiment – qui n’est pas seulement émotion mais aussi compréhension intelligible et incarnation dans notre chair – d’un amour qui nous porte et nous déploie, d’un amour plus grand que nous qui nous emporte au-delà de nous-mêmes, d’une douceur extrême qui veut notre bien, d’une béatitude qui nous donne de grandir en humanité. Chercher à mettre le Christ au centre, c’est reconnaître et accepter que nous ne sommes pas nous-mêmes le centre, et ne pas désespérer de ne pas l’être. Au contraire, c’est se libérer de l’injonction à tout faire tout seul pour se laisser faire par un autre, par un tout autre, par Le Tout-Autre… par cet Enfant vers qui tout converge et auquel nous pouvons tout confier. Plus tard, et même s’il se dessine déjà avec les réactions d’Hérode, viendra le temps de la passion et de la croix. Pour l’heure, contemplons avec les mages l’Enfant de la crèche dans sa tendresse, sa dépendance et sa fragilité et creusons en nous ce qui peut nous relier à lui, d’une façon ou d’une autre. Ce qu’il vient réveiller en nous, ce à quoi il donne naissance en nous-mêmes. Ce qu’il vient déployer en nous pour que nous vivions et devenions ces êtres divins épris de la liberté qui nous est promise.

Le deuxième mouvement est un mouvement inverse : celui qui part de la crèche pour aller vers toutes les nations. Les mages nous parlent de ceux qui sont au plus loin des terres habitées. « Toutes les nations sont associées au partage de la promesse par l’annonce de l’Evangile », clame Saint Paul. Toutes ces nations qui, déjà dans la bouche d’Isaïe, étaient prises dans la lumière resplendissante de la promesse réalisée. L’Epiphanie est à Noël ce que la Pentecôte est à Pâques : l’annonce du déploiement universel du salut de Dieu, la contagion de l’amour portée à tous les peuples, l’universalité de la Bonne Nouvelle. La manifestation de l’amour de Dieu pour absolument tous les hommes de tous les lieux et de tous les temps, sans aucune exception. L’Epiphanie nous invite à nous recentrer et dans le même temps, à nous ouvrir à l’infini. A sortir de toutes nos catégories, à abaisser toutes nos frontières et nos barrières, à briser tous les critères de nos appartenances diverses pour inclure toute femme, tout homme, tout enfant. 2020 nous a rappelé, s’il en était besoin, combien nous sommes tous liés les uns aux autres sur cette même planète, combien nous sommes tous embarqués sur le même rafiot et dépendant et proches les uns des autres dans une même famille humaine et universelle. Ainsi aucun homme n’est exclu de l’amour et de l’amour divin. Et ni personne ni aucune institution – serait-elle l’Église ou toute autre religion – ne peut exclure qui que ce soit de la puissance de l’amour qui s’adresse à tous les cœurs, quelles qu’en soient les expressions les plus diverses. L’Esprit de Dieu se joue des frontières et joue avec nos différences. Invitation à l’ouverture, à la communion, à l’accueil indifférencié, au partage et à toutes les formes de solidarité et d’attention. « Il délivrera le pauvre qui appelle et le malheureux sans recours, disait le psaume, il aura souci du faible et du pauvre », du pauvre, quelques soient ses pauvretés, et nous en avons tous.

Voilà peut-être de quoi nourrir nos vœux pour cette nouvelle année. Non pas des vœux de bonheur égoïste ou de santé dont on ne sait que trop, après 2020, combien celle-ci peut être fragile et même considérée comme un défi ! Mais des vœux qui nous invitent à trouver et retrouver, chaque jour, le centre essentiel de nos vies, et à nous ouvrir et vivre aux dimensions de l’universel – cet universel qui commence au pas de la porte : par les chemins de réconciliation et l’ouverture à tous dans nos propres familles, dans nos communautés chrétiennes, dans nos paroisses, dans tous nos lieux d’engagement et de vie.

Invitation à vivre en femmes et en hommes debout, bien enracinés dans le monde d’aujourd’hui et dans l’amour tendresse que Dieu lui porte, et ouverts aux quatre vents des défis de notre temps, jusque dans les moins confortables. Et là, heureux de devenir ensemble des étoiles dans le monde d’aujourd’hui et de chaque jour de cette année pour apporter la joie, l’espérance, l’amour, la paix et la justice. Vœux de simplicité et de chaleur dans toutes nos relations humaines, pour que tout homme trouve confiance et bienveillance… cela même que viennent trouver les mages à Bethléem en cet Enfant, Dieu-parmi-nous, Dieu-avec-nous.

Meilleurs vœux ! Amen.

P. Benoît Lecomte

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