Homélie du 3 avril 2022, par le P. Benoît Lecomte

Barbezieux - Baignes - Barret

Publié le 3 avril 2022

« Où es-tu ? »

La femme n’a pas le choix. Elle est sortie de sa cachette, prise en flagrant délit et jetée là, au milieu, à la vue de tous. Jetée avec sa peur, son remord peut-être, sa culpabilité. En pleine lumière. Non seulement accusée, mais utilisée pour tendre un piège à Jésus. Négation de la négation de son humanité. Cette femme n’est plus qu’un prétexte, qu’un objet entre les mains de ceux qui l’accusent pour accuser Jésus.

Enfermement de l’enfermement.

La femme est là, au milieu, à la croisée de tous les regards des scribes et des pharisiens. Un seul ne regarde pas. Il préfère regarder le sol, se baisser et y tracer des traits. Le regard de Jésus ne se mêle pas aux regards des autres. Il ne regarde pas les cris, les colères, les accusations, il regarde les cœurs. Le cœur de la femme, le cœur des hommes autour d’elle. Nul besoin de lever les yeux pour cela. Le regard du cœur suffit.

« Où es-tu ? » Lorsque Dieu te cherche, il ne te cherche pas des yeux, il te cherche du cœur. Et il cherche ton cœur.

Peut-être ton cœur est-il comme celui de cette femme ou de ces hommes. Habité de culpabilité, ou de peur de ne pas obéir à la loi, ou de colère, ou d’accusation, ou de crainte que tous tes repères s’écroulent, ou de peur de l’avenir et de ce que tu vas devenir. Le climat politique, social, économique, religieux, peut-être familial, médical, professionnel peuvent porter à ces blessures du cœur. L’on peut avoir peur du regard des autres et du regard de Dieu (rappelle-toi Adam au jardin de la Genèse, lorsqu’il se cache de Dieu). On peut s’enfermer soi-même – si d’autres ne l’ont déjà fait – dans un regard négatif et réducteur. « Où es-tu ? »

Mais c’est là que Dieu te cherche. Non avec un regard accusateur ou moralisateur, mais avec un cœur compatissant et miséricordieux. Non pour t’enfoncer mais pour te relever. Lorsque Dieu te trouve, lorsque tu te laisses trouver par Dieu, son regard n’est qu’ouverture de l’avenir. « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. » C’était déjà l’expérience qu’Isaïe rapportait en son temps : « Voici que je fais une chose nouvelle : elle germe déjà, ne la voyez-vous pas ? » C’est l’expérience que Paul fait dans sa chair depuis qu’il a été saisi par le Christ : « Une seule chose compte : oubliant ce qui est en arrière, et lancé vers l’avant, je cours vers le but en vue du prix auquel Dieu nous appelle là-haut dans le Christ Jésus. »

Le « Où es-tu ? » de Dieu n’est pas une question qu’il te pose pour mettre la main sur toi. C’est la question qui veut pour toi ouvrir un avenir. Pour toi et pour toute l’humanité. Pour toi et pour toute l’Eglise. C’est la question qui te permet de sortir de ta cachette – et de ta culpabilité, et de ton péché, et de tes peurs et de tes enfermements, car cette cachette est un cul-de-sac, sans liberté et sans avenir – pour venir à la lumière et à la vie. « Va ! Cours ! Vis ! »

A quelques jours de Pâques maintenant, alors que la fin de notre carême commence déjà à se dessiner – 40 jours c’est décidément très court ! – il nous faut entendre à l’intérieur de nous-mêmes, en profondeur de notre cœur, cet appel à la liberté et à l’avenir de Dieu. Tu n’es pas fait pour te cacher, tu es fait pour vivre de Dieu. Jésus est cette libération que Dieu t’offre pour entrer dans sa liberté et dans sa vie. Jésus est ce pardon qui s’offre à toi comme il s’est offert à la femme de l’évangile – et qui s’offrira encore cette semaine lors de nos célébrations pénitentielles et de réconciliation à Barbezieux et à Chalais – pour te libérer de tout ce qui te retient caché et à l’écart non seulement de Dieu, mais de ta propre vie, de ta vocation, de ton existence. En répondant à la question de Dieu « Où es-tu ? » en nous laissant rejoindre et libérer par lui, nous pouvons déjà vivre une expérience pascale digne de celle de Jésus que même le tombeau ne retient prisonnier. Nous expérimentons que l’Amour est vraiment tout puissant et que lui-seul nous rend à nous-mêmes à mesure que nous vivons en lui, que nous nous laissons saisir par lui. De sa cachette, la femme de l’évangile est libérée. La voilà face-à-face avec Jésus. « C’est le face à face, de la misère et de la miséricorde », disait Saint Augustin. Le face-à-face qui nous est promis à nous aussi, dès maintenant. Le face-à-face de Pâques, qui pardonne tout, libère tout, met tout en Lumière. Le face-à-face qui nous rend libres et responsables de l’avenir : « Ne pèche plus. » Sois désormais vivant de la miséricorde et du pardon, vivant de l’amour et de la justice de Dieu.

« Voici que je fais une chose nouvelle : elle germe déjà, ne la voyez-vous pas ? » Soyons habités de cette Parole de confiance et d’espérance, d’une espérance déjà réalité aujourd’hui, car c’est aujourd’hui que Dieu veut te retrouver, et te pardonner, et vivre avec toi.

Amen.

P. Benoît Lecomte

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