« Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer ; il pourra sortir et trouver un pâturage. » Jésus est une porte. Voilà une idée originale pour parler de soi. Il est « La porte ». Sous-entendu, la seule qu’il soit bon de prendre.
Jésus est la porte. Pas une porte fermée, mais une porte ouverte, passage, lieu d’allers et retours, d’entrée et de sortie. Une porte est cette ouverture susceptible de donner place aux courants d’airs. Elle est béance dans un mur. Comme au tombeau, Christ n’est pas dans le plein, le dur ou le fermé, il est dans l’absence. Il n’est pas dans l’évidence, mais dans l’évidé. L’ouverture qu’est la porte invite et laisse passer librement. Il semble dire être le passage qui ouvre à la liberté du chemin, du chemin que fait chacun et que l’on perçoit comme chemin de vie et de bonheur. Pour peu qu’on passe par lui. Nous l’entendons : les brebis qui passent par cette porte trouvent de verts pâturages, « la vie en abondance » et quelqu’un qui prend soin d’elles. Un bon berger – encore Jésus.
Celui qui passe par cette porte « sera sauvé ». Le terme est fort : cette porte est porte du salut. Elle est l’accès au salut. L’accès à la vie éternelle. Quand nous parlons de la vie éternelle, nous ne parlons pas de la vie que nous connaîtrons seulement après notre passage par la mort, mais nous parlons de cette vie que Dieu nous donne à chaque instant et en tout lieu. Cette vie divine que Dieu nous offre et qu’il ne tient qu’à nous d’accueillir et de vivre pleinement, dès ici et maintenant. La vie éternelle n’est pas non plus enfermement. L’idée de passer par la porte n’est pas associée à l’idée de rassembler tout le monde en un seul endroit, comme un bétail dans sa clôture. Mais plutôt à l’idée de sortir, puis d’aller et venir, à l’idée de liberté, du respect du rythme de chacun, des hésitations de chacun. Comme une Eglise en sortie, qui sort non pour quitter la porte, mais pour se déployer, pour faire connaître précisément d’où elle vient, pour faire connaître le nom de cette porte, Jésus, et inviter à la rencontre. Car non seulement nous ne sommes pas des moutons qui suivent bêtement. Nous sommes des femmes et des hommes doués de raison, d’esprit critique, de réflexion, d’interprétation, capables de décisions et de choix. Mais encore, « La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ » (Jn 17, 3), dira plus tard Jésus. Autrement dit, la vie éternelle, c’est d’entrer en connaissance avec Jésus Christ. En amitié. En relation de confiance et d’amour. En intimité. Pour entrer dans cette connaissance et dans cette vie éternelle, il faut passer par la porte – il faut passer par le Christ.
Ce dimanche étant celui du dimanche de prière pour les vocations, et notre diocèse entrant ce week-end dans le « mois de l’appel », entendons de toutes nos oreilles et de tout notre cœur cet appel à passer par la porte qu’est le Christ. A passer par lui pour se laisser traverser par lui. A passer par lui pour entrer dans ce grand mouvement de liberté qu’est de répondre à son appel, qui n’est qu’appel à la vie en abondance. A quelqu’un qui cherche sa vocation, il est facile de répondre sans se tromper : Dieu nous appelle tous à passer par lui pour vivre de la vie en abondance.
Dire que Jésus est la porte, dire qu’il est passage, c’est aussi se rappeler qu’il est Pâques. Christ est l’événement de Pâques, l’événement du passage décisif de la mort à la vie, de l’esclavage à la liberté. Nous entendons encore mieux cette invitation, cet appel pressent de Dieu à ce que nous vivions avec lui cette Pâques, dès maintenant. Pour répondre à notre propre vocation d’enfants de Dieu, de fils et de filles appelés à vivre de Dieu dans notre aujourd’hui. Toutes les vocations particulières qui naîtront de ce premier appel initial ne sont là que pour servir cette première vocation fondamentale : celle de passer par cette porte. « La vocation n’est donc pas une possession immédiate, quelque chose qui est “donné” une fois pour toutes : c’est plutôt un chemin qui se développe de manière analogue à la vie humaine, dans lequel le don reçu, en plus d’être préservé, doit se nourrir d’une relation quotidienne avec Dieu pour pouvoir grandir et porter ses fruits. ‘Cela est important, parce qu’elle place notre vie face à Dieu qui nous aime, et qu’elle nous permet de comprendre que rien n’est le fruit d’un chaos privé de sens, mais que tout peut être intégré sur un chemin de réponse au Seigneur qui a un plan magnifique pour nous’ », dit le pape Léon dans son message pour cette journée.
Passer par cette porte qu’est le Christ, c’est donc entrer sur un chemin de liberté, d’unité, de joie, de justice, de paix. C’est découvrir l’extraordinaire dignité à laquelle est élevée notre vie par l’appel même de Dieu. Et si l’Eglise n’est autre que le Corps visible du Christ ressuscité présent dans le monde, alors puisse notre Eglise être ce lieu et ce chemin de liberté, d’unité, de joie, de justice et de paix. Cette porte ouverte dans un monde aux murs de plus en plus épais, une porte invitant à la Vie. Toutes les vocations particulières pourront servir ce Corps pour qu’il réponde à sa mission et se déploie au Souffle de l’Esprit Saint.
En cette eucharistie, confions au Seigneur toutes les fermetures de nos cœurs d’hommes. Confions également toutes nos vocations, tous les appels à la vie en abondance que nous entendons, les uns et les autres, et encourageons-nous à passer par cette porte, jour après jour. Pour répondre à l’appel de la vie et de l’Esprit.
Amen.
P. Benoît Lecomte







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