Homélie du 24 avril 2022, par le P. Benoît Lecomte

Barbezieux - Baignes - Barret

Publié le 24 avril 2022

(Homélie prononcée le samedi 23 avril à Saint Palais du Né)

Grande joie aujourd’hui à Saint Palais ! Si l’on ne sort pas les malades et les gens tourmentés sur les places comme à Jérusalem au temps des Actes des Apôtres  , nous sommes ravis de vivre avec Milan en ce deuxième dimanche de Pâques le grand plongeon qui mène à la Vie, la nouvelle naissance libératrice et victorieuse de toute forme de mort. Nous vivons ensemble et avec lui l’événement de Pâques, Alléluia !

            Et l’évangile nous rejoint. Nous sommes au soir du premier jour de la semaine, au soir du jour de Pâques, justement. Et alors que les disciples sont verrouillés au-dedans de chez eux. Ils ont peur.

Nous pouvons avoir peur, nous aussi. Demain, nombre de nos contemporains vont voter en ayant peur parce que l’avenir est incertain, parce que les crises se multiplient, s’accélèrent et rendent friables les repères. Parce que comme bien des institutions, même l’Eglise est secouée de l’intérieur et sa parole ne parait plus crédible et digne de foi. Alors on cherche comme les disciples à se verrouiller, on s’enferme chez soi ou dans de vagues certitudes, espérant que « tout redeviendra comme avant. » On sait bien que ce n’est pas possible. On sait bien que cette attitude est mortifère, qu’elle n’a ni avenir ni cohérence, qu’elle nous fait vivre dans une bulle qui n’existe pas. Les disciples aussi le savent bien. La rencontre qu’ils ont faite de Jésus, ce qu’ils ont vécu avec lui toutes ces années, ne peut les laisser indemnes. Ils seront forcément marqués, transformés par cette rencontre. Certes, l’avenir n’est pas sûr. Les disciples ont peur que les juifs leur réservent le même sort qu’à Jésus. Nous pouvons avoir de multiples craintes. Mais la victoire de Pâques nous entraine sur un autre chemin que celui de l’enfermement. Jésus ressuscité apparait au milieu d’eux comme il est au milieu de nous, et confie un seul message, une seule parole : « La paix soit avec vous ! ». Et, nous dit-on, « les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. »

Mais cela ne suffit pas. Vous aurez remarqué que 8 jours plus tard, les disciples sont toujours entre eux dans la maison. Certainement doivent-ils ressasser tous les événements des 10 derniers jours. Leur cœur est lent à croire et à comprendre, lent à entrer dans la paix et la confiance de Jésus Ressuscité. Lent à sortir de leur torpeur. La lenteur de leur cœur fait écho au doute et aux questions de Thomas, qui nous ressemble tant ! Il a raison de se méfier, Thomas. Qu’un mort soit revenu à la vie, voilà de quoi laisser sceptique. Car soit cette information est une fausse rumeur et il ne faut pas s’y fier, soit elle est véridique, et alors tout est changé. Tout, c’est le sens de la vie, le regard sur le monde, notre engagement et notre inscription dans toutes nos relations. Si réellement Jésus est ressuscité, alors la vie ne mène plus à la mort, mais la mort mène à la vie. Si réellement Jésus est ressuscité, tout homme est en capacité de ressusciter avec lui par la force de l’Esprit qui ressuscite les morts, et l’avenir et la confiance s’ouvrent pour chacun de nous : nous n’avons plus à nous faire la guerre, puisque nous sommes tous promis à vivre dans la communion et la fraternité dans un monde nouveau, et que ce monde nouveau est déjà là, déjà commencé. Si Jésus est réellement ressuscité, toutes nos relations doivent s’en trouver apaisées : nous n’avons plus le souci de sauver le monde, il est sauvé. Nous n’avons plus à chercher à nous sauver ou à sauver les autres, mais à annoncer qu’un seul l’a fait pour nous et que sa victoire est définitive puis que même la mort est morte. Le doute de Thomas est permis parce que la question est sérieuse !

Alors Jésus revient. Car il ne se lasse jamais de venir et de revenir à nous pour nous faire goûter la paix de sa présence et de sa Parole, parce qu’il ne cesse jamais de vouloir nous faire grandir dans la confiance. Jusqu’à ce que nous puissions dire avec Thomas : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Jusqu’à ce que nous entrions enfin dans le bonheur de la foi et de la confiance en lui et dans sa victoire définitive sur le mal, la haine, la violence et la mort. Jusqu’à ce que toute peur quitte nos cœurs et nos esprits, et qu’enfin nous soyons libres de vivre, libres pour vivre.  Jusqu’à ce que nous puissions entrer dans la béatitude de celui qui croit sans voir, ou qui croit en Jésus ressuscité à partir de ce qu’il peut en voir : les témoins que nous sommes, le Corps de l’Eglise jusqu’en ses blessures, l’amour que nous voulons vivre les uns avec les autres, les pardons que nous donnons et recevons, les lieux d’accueil, de soutien et de réconfort que tenons auprès des plus fragiles, des plus faibles, des étrangers, des malades, des laissés-pour-compte, le soin que nous voulons prendre de la Création qui nous est donnée. Le tout non pas de nos propres forces, car elles sont bien maigres pour vivre tout cela et nous ne sommes pas meilleurs que les autres, mais par la miséricorde de Dieu qui rejoint notre misère et nous fait grandir, nous hisse à notre vocation d’hommes et de femmes créés et recréés à l’image de Dieu.

Ce soir, dans sa résurrection, le Seigneur attrape Milan et le mène à lui pour vivre avec lui. Pour lui, comme Thomas, nous nous écrions devant Jésus : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Et avec lui, nous plongeons à la source de ce si grand mystère : Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité, Amen, Alléluia !

P. Benoît Lecomte

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