Homélie du 23 janvier 2022, par le P. Benoît Lecomte

Barbezieux - Baignes - Barret

Publié le 22 janvier 2022

« Ils pleuraient tous en entendant les paroles de la Loi. » La lecture de la Parole de Dieu lue dans le Livre par Esdras entraine des réactions plus que forte chez « les hommes, les femmes et les enfants » qui écoutent. Je n’ai pas remarqué une telle émotion dans notre assemblée à la lecture du Livre de Néhémie, de la Lettre de Paul ou de la page d’Evangile. Au contraire même, nous paraissons souvent un peu blasés, écoutant sans toujours trop écouter ces récits entendus mille fois. Et pourtant, n’est-ce pas la même Parole de Dieu que nous avons reçue ? Parole vivante gardée comme un trésor dans les récits bibliques par lesquels « le Dieu invisible s’adresse aux hommes en son immense amour comme à des amis » (Dei Verbum, 2). Croyons-nous vraiment que cette Parole est vivante, qu’elle a en nous un pouvoir de création et de recréation ? Pour cela, il ne faut pas nous contenter de la lire trop vite ou de l’écouter distraitement. Il faut la mâcher, la ruminer, faire silence, prendre patience. La travailler aussi, parfois. Ecouter ses échos, ses redondances, ses insistances et ses oublis. Apprécier sa musique, sa douceur ou sa violence. La laisser nous rejoindre, nous transpercer, nous visiter, nous imprégner. Il faut la laisser vivre en nous. Nous atteindre, nous retourner, nous inviter, nous interpeler, nous appeler. Cette Parole n’est qu’un « Je t’aime » ininterrompu de Dieu à l’Homme et à chacun de nous. Un « Je t’aime » qui donne la vie et qui fait vivre, qui rend heureux et responsable. Un « Je t’aime » qui relève celui qui est abattu et qui donne à chacun sa place en relation avec tous les autres.

La Parole forme le Corps. Le Corps que nous formons et dont Saint Paul parle si bien, de façon si claire, si limpide. « Le corps ne fait qu’un, il a pourtant plusieurs membres ; et tous les membres, malgré leur nombre, ne forment qu’un seul corps. Il en est ainsi pour le Christ […] Vous êtes le corps du Christ et, chacun pour votre part, vous êtes membres de ce corps. » « Dieu a voulu qu’il n’y ait pas de division dans le corps, mais que les différents membres aient tous le souci des uns des autres. » En cette semaine de prière pour l’unité des chrétiens, combien entendons-nous ces paroles au creux de nos divisions entre croyants différents au même Christ et tous animés par l’unique Esprit ! Ces mots de l’apôtre viennent raviver en nous le désir d’unité et de fraternité entre toutes les confessions chrétiennes, nous faisant presque « pleureur » comme les juifs du temps d’Esdras entendant les paroles du Livre, parce qu’ils révèlent l’ampleur de l’absurdité de toutes ces divisions et de ces méconnaissances. Mais nous pouvons aussi entendre ces mots de l’apôtre pour nous-mêmes, au sein de notre paroisse, entre nos communautés locales, entre telle ou telle sensibilité ou habitudes ou façons de faire. La Parole de ce jour est plus tranchante qu’un glaive. Elle nous réveille à la vie et à la responsabilité que Dieu nous a donnée en nous donnant de devenir membres de son unique Corps.

Luc commence son évangile comme un récit adressé à son ami Théophile. Il veut « composer un récit des événements d’après les témoins oculaires et les serviteurs de la Parole. » Nous sommes, aujourd’hui, ces serviteurs de la Parole. Plus encore, le monde n’a d’autre récit de Dieu que celui que nous lui offrons. Il n’a d’autre Parole de Dieu que celle que nous donnons à entendre et à voir. Il n’a d’autre Livre que notre manière et notre art de vivre. Nous sommes, frères et sœurs, ou nous sommes appelés à être, une page d’Evangile pour le monde d’aujourd’hui. Nous sommes la Parole qui révèle la beauté de chacun, la Parole de douceur qui soigne les blessures, la Parole de justice qui dénonce l’oppression. La Parole d’amour qui rend toute chose nouvelle. Avons-nous conscience de cette si belle mission ? Toute personne étrangère à notre Eglise devrait pouvoir dire, entendant les mots de l’Evangile et nous regardant vivre : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Ecriture. » Oui, telle est la mission que le Seigneur nous a donnée collectivement, au jour de notre baptême. Il a fait de nous, membres différents qui ne se sont pas choisis – mais l’oreille ne choisit pas le pied et le rein ne choisit pas la main –, il a fait de nous son Corps et sa Parole pour le monde de ce temps. C’est pourquoi nous nous nourrissons de façon également essentielle à ces deux tables indissociables que sont la table de l’eucharistie, où il nous donne son Corps, et la table de la Parole. Ce « dimanche de la Parole », comme l’a institué le pape François pour ce 3ème dimanche du temps ordinaire, nous invite à redécouvrir, et il en est toujours besoin, l’importance de la Parole à recevoir, à accueillir, à comprendre, à vivre et à annoncer.

« Ignorer les Ecritures, c’est ignorer le Christ », disait Saint Jérôme. C’est ce que suggère l’évangile d’aujourd’hui : Jésus est l’actualité permanente de la Parole de Dieu. C’est lui qui l’accomplit, manifestant l’œuvre de Dieu à chaque instant. Alors ne passons pas trop vite sur la Parole de Dieu, ce serait passer à côté de Jésus lui-même et de sa présence permanente offerte à tous (à la différence de l’eucharistie, il est toujours possible d’avoir accès à la Parole). Dans nos maisons, dans nos familles, dans toutes nos équipes de paroisse et nos groupes d’Eglise, prenons le temps de savourer la Parole de Dieu aussi souvent que nous le pouvons. Pour qu’elle fasse de nous un corps comme elle a formé au temps d’Esdras le peuple d’Israël. Pour qu’elle nous renouvèle. Pour qu’elle nous donne confiance, courage et audace aujourd’hui, demain et pour toujours.

Amen.

P. Benoît Lecomte

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