Homélie du 2 janvier 2021 par le P. Benoît Lecomte

Barbezieux - Baignes - Barret

Publié le 2 janvier 2022

« Pour tout l’homme et tous les hommes », disait Paul VI, le Saint pape du Concile, à propos du développement intégral. En cette fête de l’Epiphanie et à l’aube de cette nouvelle année, nous pouvons reprendre cette expression pour évoquer ce que nous venons de vivre, l’événement de Noël, et l’avenir qui s’ouvre à nous et que nous exprimons sous forme de vœux.

Nous avons peut-être vécu la fête de Noël dans la chaleur des retrouvailles familiales. Ou peut-être dans l’isolement ressenti encore plus durement. Dans un cas comme dans l’autre, Dieu s’est offert à nous, nous donnant, comme nous le méditions le soir de Noël, de naître en nous et de nous faire naître à nous-mêmes, comme en une « assomption » de notre humanité. Dans un cas comme dans l’autre, c’est bien tout de nous-mêmes qui a été pris, saisi dans le Mystère de la Nativité. Dieu a pris tout de notre humanité, « tout l’homme », jusque dans nos limites et dans nos vulnérabilités, et peut-être celles-là plus mystérieusement encore. Ce que les mages apportent comme présents à Jésus, l’or, l’encens et la myrrhe, révèlent l’identité du Christ, tout à la fois roi, Dieu et homme. Mais ce qui est attribué à Jésus l’est toujours également pour nous tous, au moins en projet dans le cœur de Dieu. Ces présents nous disent tout à la fois qui est Jésus et ce que nous sommes appelés à devenir : pleinement hommes, enfants de Dieu, serviteurs d’humanité.

Ce qui est vrai pour chacun de nous l’est également pour « tous les hommes » de toutes les nations. « Ce mystère, disait Saint Paul, c’est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Evangile. » Les mages venus d’Orient, porteurs d’autres religions, d’autres traditions, d’autres cultures, sont les premiers après les bergers à venir adorer l’Enfant de la crèche. La Bonne Nouvelle est pour tous, sans distinction. L’amour de Dieu s’offre à chacun, d’où qu’il vienne. Le projet de Dieu ne se soucie pas des habitudes ni des croyances, il s’adresse au cœur de l’homme. La fraternité à laquelle nous sommes appelés est universelle, sans frontière, sans limite : tous, nous sommes pris dans cet élan divin et cette Histoire commune qui nous mène à la réconciliation totale en Jésus Christ.

« Tout l’homme et tous les hommes. » La fête de l’Epiphanie éclaire d’une lumière nouvelle la fête de Noël que nous venons de célébrer en lui donnant encore davantage de profondeur et de dimensions, en ouvrant notre compréhension de ce Mystère à plus grand et plus large que ce que nous en saisissons par la première émotion ou l’intuition. L’épiphanie offre à Noël l’extension que nous pourrions oublier. La venue des mages et leurs présents ouvrent nos cœurs à de nouvelles perspectives.

Des perspectives, voilà peut-être ce que nous pourrions tracer ensemble pour cette nouvelle année. Nous avançons dans cette année peut-être un peu comme en un épais brouillard. Les questions sanitaires ne cessent de se rappeler à nous, avec leurs lots de restrictions et leur invitation à la charité et à la solidarité avec les plus fragiles et avec les soignants. Le paysage politique n’est pas moins brumeux, porteur de temps de divisions, de relents de nationalisme, de nostalgie d’un temps révolu, de peurs voire de haines et de rejets, de simplismes, et aux projets si peu lisibles. La vie de l’Eglise elle-même avance en tâtonnant, entre le synode auquel nous sommes encore timides dans notre participation, ne croyant pas trop à l’importance de notre parole ou à l’écoute sincère des décideurs, et les scandales qui vont inévitablement continuer à faire sortir l’Eglise d’une position dominante pour une position toujours plus humble et servante. Nous pourrions être tentés de dire comme Isaïe : « Voici que les ténèbres couvrent la terre, et la nuée obscure couvre les peuples. » C’est pourtant une toute autre nouvelle que nous célébrons ces jours-ci, celle de « la lumière, de la gloire du Seigneur qui s’est levée sur toi » et sur toutes les nations. C’est la nouvelle d’une espérance qui ne déçoit pas parce qu’elle est promesse réalisée de la vie plus forte que tout, de la vie capable de tracer son chemin jusque dans les passages d’obscurité. C’est la nouvelle d’une étoile qui s’est levée à l’Orient et qui guide tous les hommes, depuis le ciel ou depuis leur cœur, vers Celui qui est l’Amour, « Dieu-avec-nous ».

            Alors ne soyons pas des prophètes de malheurs et ne craignons pas ceux qui le sont. Soyons pour cette nouvelle année des prophètes de la joie, de l’espérance et de la paix. Des prophètes engagés dans leurs paroles et dans leurs actes, qui rendent témoignage de la Bonne Nouvelle de Noël et de l’Epiphanie. Des prophètes et des acteurs qui n’ont pas peur de « partir par d’autres chemins » pour ouvrir de nouvelles voies de solidarité, d’accueil, d’écoute et de partage, tant dans le monde que dans l’Eglise. Des prophètes et des acteurs heureux de se mettre en situation d’inconfort parce qu’ils ont confiance en l’Esprit qui porte le monde. Des prophètes et des acteurs qui deviennent des disciples de Jésus, depuis la crèche et jusqu’au tombeau vide, en passant par la croix, devenant serviteurs d’humanité, serviteurs de « tout l’homme et de tous les hommes », heureux de savoir aimés et d’annoncer cet amour à tous.

            Que cette année soit une année de joie, d’espérance et de paix, non pas venues du ciel mais parce ce que nous en ferons, par notre « incarnation », individuellement, collectivement et aussi communautairement, en Eglise, en paroisse. Comme d’autres en leurs temps ont apporté de l’or, de l’encens et de la myrrhe, apportons la joie, l’espérance et la paix dont notre monde a besoin et que Dieu vient nous offrir en Jésus, l’Enfant vulnérable et fragile de la crèche. Soyons au rendez-vous, c’est aujourd’hui le jour de Dieu. C’est cette année, à vivre ensemble, Alléluia !

Bonne année !

P. Benoît Lecomte

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