Homélie du 19 septembre 2021 par le P. Benoît Lecomte

Barbezieux - Baignes - Barret

Publié le 19 septembre 2021

Voilà la page d’Evangile qu’il nous est donné de méditer le jour de notre pique-nique de rentrée paroissiale. Une page d’Evangile aussi courte que dense. Saint Marc la construit comme une séquence de cinéma elle-même découpée en trois séquences, qui vont donner lieu à trois interpellations, trois appels, trois invitations pour notre communauté chrétienne et l’Eglise tout entière, et qui peuvent colorer notre année pastorale.

Première séquence : nous sommes en extérieur, Jésus traverse la Galilée avec ses disciples. Il marche, dehors, au carrefour des nations, annonçant l’événement pascal de sa mort et de sa résurrection, à voix basse, comme en secret, pour ne pas qu’on le sache. Le faire savoir à tous ceux qu’il croise reviendrait à créer de l’incompréhension sur sa personne, une attente déplacée, voire une émeute. Seuls les disciples sont destinataires de cette annonce. Mais, problème, eux non plus ne comprennent rien. Pire, « ils avaient peur de l’interroger. » Plus étrange encore, ils parlent d’autre chose, totalement « à côté de la plaque ». Première séquence et première interpellation pour nous, disciples, qui essayons de marcher à la suite de Jésus et d’écouter sa Parole et son enseignement. Où en sommes-nous de l’accueil de cette Parole, quand bien même elle nous résiste – ou plutôt, combien même nous lui résistons ? Nous marchons avec Jésus, mais écoutons-nous ce qu’il veut nous dire ? Ou parlons-nous d’autres choses, dans des bavardages ecclésiaux ou pastoraux, pendant qu’il nous enseigne ? La Parole de Dieu, parce qu’elle reprend souvent les mêmes récits, peut devenir comme une musique de fond, que l’on n’entend plus, qui court pendant que nous faisons nos affaires. La Parole de Dieu – le Christ Lui-même, Parole vivante – peut n’être plus qu’un décor rassurant qu’on ne voit plus dans notre paysage intérieur, perdant alors la puissance de son interpellation et de son action. Les disciples qui marchent avec lui en sont là. Et nous, osons-nous écouter et voir toujours la nouveauté de sa Parole et de sa Présence ? Osons-nous l’interroger quand nous lui résistons ou quand nous ne comprenons plus ? Quels moyens prenons-nous pour ne pas tomber dans l’attitude des disciples de l’évangile, mais pour toujours accueillir – ou essayer d’accueillir – celui qui vient comme Dieu toujours créateur et révélateur de notre humanité ?

Et nous voilà arrivés à la deuxième séquence. Nous sommes maintenant à l’intérieur, dans la maison. Image de l’Eglise. Cette maison – Eglise où se jouent tant de nos relations humaines, avec tout ce que des relations humaines entraînent d’ajustements permanents à opérer. Ce lieu où peut se vivre ce qu’il y a de plus beau et ce qu’il y a de plus décevant, comme le dénonce Saint Jacques dans sa lettre : convoitises, conflits, jalousies, comparaisons… « Qui est le plus grand ? », se demandent les disciples. Le pape ? L’évêque ? Le prêtre ? Le responsable du groupe ? Celui qui a l’air de savoir ? Celui qu’on entend et qu’on voit ? – « Celui qui se fait le serviteur de tous », répond Jésus, qui n’encourage pas à être le dernier, mais bien à vouloir être le premier : le premier dans le service, le premier dans l’amour fraternel. N’entendons pas cette réponse comme une invitation à nous dévaloriser ou à nous humilier. Il y a une humilité mal placée ! Jésus nous encourage à grandir et à être le premier dans la justice et dans l’action pour la paix. Nouvelle interpellation à recevoir ce matin, pour notre vie communautaire et paroissiale. Comment chacun de nous peut prendre sa place, toute sa place, au service des autres ? L’appel est lancé. Nous avons cette année pour y répondre chaque jour.

Troisième séquence enfin. Jésus prend un enfant, le place au milieu des Douze, au centre de toute leur attention, l’embrasse et invite à l’accueillir. Ce n’est pas Jésus qui se place au centre de l’attention des Douze réunis dans la maison (figure de l’Eglise), mais l’enfant. Littéralement, « celui qui ne parle pas, qui n’a pas la parole. » Celui qui ne compte pas. Qu’on a exclu des débats, des richesses, des décisions. Celui qui est dépendant des autres – en l’occurrence, des adultes – parce qu’il est encore en construction, qu’il n’est pas fini, qu’il n’est pas autonome. L’enfant, figure de bien des visages de notre monde : des pauvres, des migrants, des abandonnés, de ceux qui n’ont pas la parole, des exclus pour tant et tant de raisons – et parfois ceux qui se sentent exclus de l’Eglise, les divorcés, les « mal-croyants », ceux qui pensent ne pas « savoir », les femmes, ou ceux à l’histoire chaotique, ceux qui se sentent loin de la foi ou de la vie de l’Eglise. Ce sont eux que Jésus nous invite à mettre au centre de nos préoccupations. Et par eux, à le rencontrer dans ceux à qui il s’identifie. Troisième séquence et troisième interpellation : comment allons-nous cette année accueillir tous ceux qui n’ont pas les premières places et qui ne prennent pas la parole ?

            Que faisons-nous de la Parole de Dieu et de la Présence du Christ à nos côtés ? (dimension de la prière, dimension sacerdotale de notre baptême). Comment nous mettons-nous au service les uns des autres dans notre vie communautaire ? (dimension prophétique : notre vie ecclésiale est-elle prophétique de nouvelles relations entre les hommes, prophétique du Royaume de Dieu ?) Les pauvres et ceux qui se sentent exclus ont-ils la place centrale dans notre accueil et nos préoccupations ? (dimension royale, au service de la dignité de tout homme) Voilà de quoi raviver notre baptême. De quoi nous faire vivre – nous et toute l’Eglise universelle, qui se lance ces jours-ci à l’invitation du pape dans une grande démarche de réflexion et de conversion à la synodalité (nous aurons l’occasion d’en reparler dès notre assemblée paroissiale du 17 octobre). En plus du pique-nique de tout à l’heure, voilà de quoi nourrir notre prière et notre action, notre présence et notre communion.

L’évangile de ce jour est construite comme une séquence de cinéma… mais ce n’est pas du cinéma. Que cette Parole de Dieu vienne affermir nos cœurs et nous donne la joie de vivre en Eglise comme Jésus nous y invite, à son image.

Amen.

P. Benoît Lecomte

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