Dans le dictionnaire, je lis, au mot « gloire » : « Renommée éclatante, célébrité, grand prestige dont jouit quelqu’un dans l’esprit d’un grand nombre de personnes » ; « Honneur acquis par une action, un mérite. » Et nous la voyons à longueur de temps d’écran, cette gloire. C’est celle des sportifs de haut niveau ou des artistes les plus célèbres, au sommet de leur gloire parce qu’ils sont les premiers dans leur catégorie. C’est la gloire qui porte quelqu’un à la reconnaissance, celle aussi qui risque de gonfler d’orgueil et de fierté la personne glorifiée.
Dans l’évangile que nous venons d’entendre, nous entendons ce mot à six reprises. Jésus est glorifié par le Père. Mais peut-il chercher ou connaître cette gloire ? Est-il celui qui prend la 1ère place ? Quelque chose ne sonne pas juste. Il nous faut chercher le sens que le mot « gloire » peut avoir dans la Bible, Or dans la Bible, le mot « gloire » ne signifie pas la renommée, la réputation ni les honneurs dus à une supériorité sur les autres. La racine hébraïque désigne plutôt l’importance, le poids. Le rayonnement d’une force divine qui se traduit en actes. Dans le Nouveau Testament, le mot signifie aussi la présence invisible mais dynamique de Jésus après Pâques. Ce n’est pas en marquant des buts dans un stade, que Jésus atteint une quelconque gloire, ce n’est pas en étant le premier de sa catégorie, mais en se faisant le dernier, le serviteur de tous. Dans l’abandon à son Père sur la croix, c’est là qu’il est glorifié. C’est là que le don de sa vie est à son apogée, lorsqu’il donne tout et se donne lui-même. C’est là que son message prend tout son « poids », toute son importance, toute sa vérité, toute sa puissance, toute son amplitude. C’est là que ses bras sont grands ouverts pour accueillir toute l’humanité, non pas la ramener à lui, mais la mener à son Père – notre Père. Glorification du Fils, pour la gloire du Père.
C’est là que le projet de Dieu trouve son ultime accomplissement : donner la vie éternelle à tout être de chair.
Et « la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. » La vie éternelle n’est pas un état de vie « flottant dans le ciel après la mort » comme on peut parfois se l’imaginer mentalement. La vie éternelle, c’est de connaître le Père et Jésus son Fils unique. Pas d’une connaissance intellectuelle, mais d’une connaissance expérientielle. Connaitre, c’est faire l’expérience d’une vie avec. C’est être déjà, dès aujourd’hui, en intimité avec le Père et Jésus son Fils, en intimité avec ce Dieu d’amour qui donne sa vie pour nous. C’est de partager avec Dieu et en lui la puissance et la folie de cet amour qui donne tout. Le baptême nous donne de vivre cette connaissance, non pas avec l’intelligence seulement, mais par toute notre existence.
Mais les derniers mots de l’évangile nous font sursauter : « et je suis glorifié en eux », dit Jésus, en parlant… des disciples, et donc de nous. Autrement dit, cette gloire de Dieu qui se révèle par l’abandon du Fils par amour sur la croix, passe désormais par nous. L’amplitude de l’amour donné est désormais entre nos mains. Les bras grands ouverts de Jésus nous sont confiés, confiés à nos pauvres bras, pour aimer comme Dieu aime. Dès avant notre conception, Dieu nous aime et nous fait déjà entrer dans cette gloire de toute éternité. Par le baptême que nous avons reçu, nous accueillons le don de la reconnaissance de cette gloire déposée au plus profond de notre cœur. Nous accueillons la grâce qu’est la capacité à aimer comme Dieu nous aime, et à rayonner de cet amour. N’est-ce pas là que la puissance, la vérité, la beauté, l’amplitude de notre humanité sont pleinement révélées… N’est-ce pas là que notre humanité est pleine de la gloire du Père, et que le Fils est glorifié en nous ?
L’Esprit de Dieu, l’Esprit Saint vient nous faire participer à cette gloire. « Heureux êtes-vous, parce que l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu, repose sur vous », disait Saint Pierre dans sa lettre. Il repose sur nous par le baptême et par la confirmation. Il repose sur nous par les sacrements de l’Eglise que nous sommes invités à vivre, et notamment l’Eucharistie, par laquelle il se donne à nous autant qu’il nous unie et nous lie les uns aux autres. Il repose sur nous aussi en l’accueillant dans la prière. Regardez les apôtres qui, dans les Actes des Apôtres, après avoir vu Jésus être élevé au ciel à l’Ascension, se retrouvent dans une chambre haute pour prier « d’un seul cœur ». Ils attendent que se réalise la promesse que Jésus leur a faite avant de les quitter : la venue de l’Esprit Saint.
Nous aussi, en ce temps particulier entre l’Ascension et la Pentecôte, prenons le temps d’ouvrir notre cœur à la venue de l’Esprit Saint en nous. Non pas seulement pour l’accueillir à la fête de la Pentecôte, mais pour l’accueillir déjà aujourd’hui. Et répondre de toute notre vie à cette invitation à entrer dans la gloire de Jésus et de notre Père, dans cette intimité à laquelle il nous invite, pour aimer à notre tour. Et pour que toute notre vie rende gloire à Dieu.
Amen.
P. Benoît Lecomte







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