Homélie du 16 août 2026, par le P. Benoît Lecomte

Barbezieux - Baignes - Barret

Publié le 16 août 2026

Surprenant Jésus qui se trouve en territoire étranger et païen et qui semble ne pas vouloir rendre service à cette femme cananéenne. Nous avons plutôt l’habitude de voir Jésus ouvert à tous, accueillant tous ceux qui viennent à lui et invitant à faire de même, soignant l’étranger, la veuve et l’orphelin. On le sait disponible aux gens d’ailleurs, aux non juifs, aux romains, aux femmes, même. Alors la surprise est grande, ce dialogue avec la cananéenne est cinglant. Elle lui demande miséricorde et charité, ce qu’il procure à tous ceux qui le lui demande ! Mais pas à elle. D’abord il ne lui parle même pas. Ensuite il annonce qu’il n’est envoyé « qu’aux brebis perdues d’Israël », autrement dit uniquement aux juifs. Racisme primaire et radical. Enfin, il la traite de « petit chien ». On a entendu dialogues plus constructifs. On ne reconnait pas Jésus. Pire, il semble se trahir lui-même, ainsi que sa mission. Où est passée la charité dont il se dit porteur au nom du Père ?

            C’est pourtant le même Jésus, dans le même évangile, selon Saint Matthieu, qui aura pour derniers mots, alors qu’il apparait en ressuscité : « Allez ! De toutes les nations faites des disciples » (Mt 28, 19). C’est lui aussi qui, toujours dans le même évangile, au moment de la Cène, « ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, la donna, en disant : « Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude en rémission des péchés » » (Mt 26, 27-28). S’il meurt « pour la multitude », comment comprendre cette fermeture du cœur vis-à-vis de cette cananéenne qui demande de l’aide pour sa fille ?

            Peut-être nous faut-il nous rappeler pour qui écrit Saint Matthieu : pour des juifs et des chrétiens issus du judaïsme. On peut comprendre qu’issus du peuple élu de la première Alliance et reconnaissant en Jésus le Messie, cette communauté se sent privilégiée par rapport à tous les autres et peut avoir un sentiment de supériorité, du moins de choix. Matthieu fait donc œuvre de pédagogie : montrer que si Jésus porte une attention « aux brebis perdues d’Israël », il est aussi capable de reconnaître la « grande foi » de cette femme qui ne vient pas de chez eux, et de l’exaucer. Montrer que non seulement Jésus ne s’enferme pas dans des barrières ou des frontières trop faciles, mais que son message, son action, son salut est offert à tous. L’évangéliste va ainsi, au fil des chapitres, ouvrir le cœur des chrétiens à qui il s’adresse pour les faire passer d’un enfermement sur eux-mêmes à une ouverture à toutes les nations, et d’une charité ordonnée d’abord pour les siens à une charité universelle. Répondant à la prophétie d’Isaïe : « Ma maison s’appellera « Maison de prière pour tous les peuples. » »

            Cette page d’évangile est une claque pour chacun de nous, aussi. Elle nous bouscule, certainement, dans nos pensées ou dans nos manières de parler ou de faire. Elle nous empêche de nous enfermer sur nous-mêmes, dans nos fonctionnements trop catho, dans nos repères bien établis, dans nos normes sécurisantes. Elle vient nous questionner : sur notre ouverture de cœur, sur l’ouverture de nos communautés chrétiennes et de notre Eglise en général, sur notre capacité à discerner la « grande foi » chez ceux qui ne partagent pas nos pratiques et nos habitudes, peut-être même nos idées. Sur l’universalité de notre charité.

Dans cette page d’Evangile, l’invitation à l’ouverture n’arrive pas par un commandement de Jésus, mais par la prière confiante d’une païenne : « Les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. » C’est elle, l’étrangère non juive, qui porte au plus profond d’elle cette intuition que le Christ est là pour tous. Et c’est elle qui le révèle aux disciples qui avaient eu envie de la renvoyer plus loin. Voilà qui vient encore nous questionner sur notre regard et notre écoute de « ceux qui n’en sont pas ». Je pense aux catéchumènes, à celles et ceux qui frappent à la porte de nos églises. Ils viennent nous dire, en substance : « Ton Dieu, il aussi pour nous, nous en avons soif, nous voulons le recevoir, le rencontrer, vivre de lui. » Et il faut le reconnaitre : nous tâtonnons dans notre écoute, notre accueil, notre accompagnement. On pourrait le dire des familles qui demandent un baptême pou r leur enfant, ou ces fiancés qui demandent à se marier. On aura beau dire : « ils sont loin de l’Eglise, ils ne pratiquent pas, ils ne connaissent pas les codes », la vraie question est : « Comment nous accueillons-nous mutuellement, comment faisons-nous un bout de chemin ensemble, comment partageons-nous mutuellement notre confiance dans le même Dieu, dans le même Christ ? Comment nous ouvrent-ils à plus large que nous, parce que nous ne sommes pas propriétaires du Christ, parce que le Christ est venu pour tous ? » Comment déplacent-ils les frontières que nous avons nous-mêmes dressées pour délimiter l’Eglise ?

« Les dons gratuits de Dieu et son appel sont sans repentance », dit Saint Paul. « Et que la terre toute entière l’adore », chante le psaume. N’enfermons jamais la grâce du Christ. Au contraire, apprenons à la reconnaître et à l’accueillir dans la bouche et le cœur de l’étranger de notre culture ou de notre foi. Et dans cette Eucharistie où le Christ se donne en nourriture pour que tous aient la vie.

Amen.

P. Benoît Lecomte

Partagez cette page à vos amis !




Télécharger au format PDF

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Contact

Paroisse Barbezieux-Baignes-Barret
20 Rue Thomas Veillon, 16300 Barbezieux-Saint-Hilaire
05 45 78 01 27
paroisse.barbezieux@dio16.fr

Les projets de notre diocèse

Accueil d’une famille missionnaire à Chalais

La paroisse de Chalais accueille une famille envoyée en mission pour 3 ans. Camille, Enguerran et leurs 5 enfants auront pour mission de vivre une vie de famille chrétienne joyeuse et ouverte. Ce faisant, elle créera du lien entre la vie paroissiale et les jeunes familles qui fréquentent le territoire paroissiale d’Aubeterre – Brossac – […]
En savoir plus
0 € financés sur un objectif de 150 000 €

Appel à dons pour l’oratoire d’Angoulême

UNE COMMUNAUTÉ DE PRÊTRES POUR EMBRASER LES CŒURS Encouragés par l’évêque d’Angoulême, trois prêtres et un jeune en discernement ont commencé à vivre en Charente le charisme de saint Philippe Néri (1515-1595) : vie commune, mission commune, vie stable, simple, joyeuse et familiale, sans autre règle que celle de la charité fraternelle. Ce projet de […]
En savoir plus
304 855 € financés sur un objectif de 672 000 €

Un nouveau souffle pour l’orgue de l’église Saint-Léger de Cognac

L’orgue Beuchet Debierre de l’église Saint-Léger de Cognac, installé en 1861 et restauré pour la dernière fois en 1991, entre aujourd’hui dans une nouvelle phase de son histoire. Un ambitieux projet de restauration est porté par l’Association des Amis de l’Orgue de Saint-Léger, en partenariat avec la Ville de Cognac, pour assurer sa pérennité et […]
En savoir plus
93 685 € financés sur un objectif de 114 804 €

Soutenons l’accueil de nos prêtres à Confolens : un projet pour des logements adaptés

C’est le 9 juin 2023 que Monseigneur GOSSELIN demande au Père FERNANDEZ d’aménager des logements pour deux ou trois prêtres dans la Maison Paroissiale de Confolens. Le presbytère de Confolens n’étant pas adapté pour accueillir 3 prêtres toute l’année et les prêtres qui viennent l’été. Un projet prend rapidement forme et dans les anciennes écuries […]
En savoir plus
48 040 € financés sur un objectif de 145 000 €

Appel à dons pour le remplacement des chaises de l’Église Saint Paul

Un projet pour le confort et l’accueil dans notre église Depuis plus de 40 ans, les chaises en plastique de l’église Saint Paul ont accueilli des milliers de fidèles et de visiteurs lors des célébrations et événements culturels. Malheureusement, le temps et l’usage ont laissé des traces : la plupart de ces chaises sont aujourd’hui […]
En savoir plus
2 651 € financés sur un objectif de 4 954 €

Abbaye de Bassac : soutenons les travaux d’aménagement de l’aile ouest

L’Abbaye de Bassac, lieu emblématique de paix et de spiritualité, fait appel à votre soutien pour un projet d’envergure. Les deux étages de l’aile ouest des bâtiments nécessitent d’importants aménagements afin de pouvoir accueillir, dans les meilleures conditions, des groupes de jeunes, des familles, et toute personne en recherche d’un espace de tranquillité. Objectif de […]
En savoir plus
115 091 € financés sur un objectif de 480 000 €

Soutenons ensemble la rénovation de la façade de la Maison Diocésaine !

Dès l’automne prochain, notre Maison diocésaine devrait commencer à faire peau neuve. La Maison diocésaine est au centre et au service de l’Église en Charente : elle héberge tous les services diocésains, certains mouvementset des associations qui comptent dans le paysage charentais : RCF Charente, BD Chrétienne, etc… Elle profite d’une situation géographique exceptionnelle, au […]
En savoir plus
161 445 € financés sur un objectif de 162 000 €

Je recherche