(Baptême de Kariel, entrée en catéchuménat de Charlie et Aliénor)
Il y a quelques jours, je parlais avec des agriculteurs qui annonçaient que les moissons allaient déjà commencer… s’inquiétant qu’elles commencent si tôt dans l’année. L’évangile précède encore cette précocité, puisque Jésus envoie déjà ses disciples pour moissonner « une moisson abondante », annonce-t-il. Jésus appelle et envoie. Alors même que c’est pour nous la fin de l’année, que nous en sommes aux rencontres de bilans et de relectures, que nous aspirons peut-être à un peu de vacances et de repos, Jésus appelle, envoie et relance l’activité et la mission. Mais ce qui précède cet appel et cet envoi, c’est le choix de Dieu.
Dans le livre de l’Exode, d’abord. Dieu se choisi un peuple particulier parmi tous les peuples de la terre. Je cite : « Maintenant donc, si vous écoutez ma voix et gardez mon alliance, vous serez mon domaine particulier parmi tous les peuples, car toute la terre m’appartient, mais vous, vous serez pour moi un royaume de prêtres, une nation sainte. » Non pas que Dieu n’aime pas tous les peuples de la terre, non pas qu’il n’aimerait pas tous les habitants de la planète, mais il désire nouer une Alliance avec un de ces peuples, pour vivre une relation particulière avec lui et lui donner une mission particulière, qui rejaillira sur tous les autres peuples.
Dans l’Evangile, on retrouve cette même logique. Jésus parle d’abord à tous ses disciples. Puis parmi les disciples, il en désigne douze. Il les désigne par leurs noms, par leurs prénoms, avec familiarité, dans une proximité toute particulière. Et il les appelle « Apôtres. » Il les choisi parmi tous les autres, non pas parce qu’ils sont meilleurs, plus courageux ou plus compétents que les autres, mais pour vivre avec eux une relation plus intime qui, là aussi, rejaillira sur l’ensemble des disciples.
On remarque aussi que le Seigneur appelle des groupes : un peuple, les Douze. Il n’appelle pas seulement des individus pris isolément les uns les autres, mais il appelle un collectif. Il ne fait pas de nous des électrons libres lâchés dans le vaste monde, il nous appelle en Eglise. Nous ne sommes jamais seul dans cet appel, dans ce choix.
Dieu commence toujours par choisir et appeler. Parce qu’il veut d’abord et avant tout tisser une relation d’amour avec chacun, une relation privilégiée et unique avec chacun. Pourquoi un tel et pas tel autre ? Pourquoi toi et pas moi ? Pourquoi Kariel, Aliénor ou Charlie ? Nous ne le savons pas. Mais ce que nous comprenons, c’est que ce choix implique une responsabilité et une collaboration.
Ce choix qui implique une responsabilité : celle de la mission. Celle d’être envoyé. Celle de sortir de l’entre soi et du confort, de sortir de l’habitude pour aller vers. Aller vers l’autre, vers l’inconnu, aller vers la confiance. Avec Moise, le peuple est invité à devenir « un royaume de prêtres », autrement dit un peuple qui prend dans sa prière d’intercession tous les autres peuples de la terre et qui va prier pour eux, en même temps qu’il annoncera la Parole de Dieu aux hommes. Les Apôtres sont eux, envoyés en mission pour proclamer que le Royaume des cieux est tout proche. Comme pour les disciples, ils pourront « guérir les malades, expulser les esprits impurs », et en plus : « ressusciter les morts, purifier les lépreux. » Mais ce qui attire notre attention, ce sont les derniers mots de Jésus aux Apôtres : « Vous avez reçu gratuitement : donnez gratuitement. » Le propre des Apôtres, c’est de regarder et de rendre grâce pour ce qu’ils ont reçu gratuitement de Dieu. Et peut-être, en premier lieu, ce choix, cet appel. Et riche de ce choix, dans l’action de grâce parce qu’ils accueillent ce choix de Dieu comme une grâce, de pouvoir le transmettre aux autres, à tous ceux qu’ils rencontreront. De transmettre cette invitation : « Dieu t’aime, toi aussi, et il te choisit. »
Peut-être est-elle là, d’abord, la mission qui est aussi moisson. Elle est dans cette parole, dans ce choix de Dieu dont nous avons bénéficié et que nous avons à transmettre à ceux qui nous entourent. Ce « Je t’aime » divin, qui vient rejoindre le cœur de l’homme et lui donner la paix. Ce « Je t’aime » divin qui guéri les malades et ressuscite les morts, c’est-à-dire qui est capable de redonner vie, paix, espérance et pourquoi pas joie à toutes celles et à tous ceux qui croulent sous le poids des épreuves, des inquiétudes, des soucis, des angoisses. A ceux qui sont « désemparés et abattus comme des brebis sans berger », pour reprendre les mots de l’Evangile. A eux tous, donnons gratuitement ce que nous avons reçu gratuitement. La mission n’est alors plus question de moyens, mais de « compassion », comme Jésus en est saisi devant les foules. Elle est affaire de cœur, d’écoute, d’intelligence, de présence, d’entraide. Elle est moisson de ce qui fait la vie des hommes, recueil de tout ce qui est vécu, pour l’apporter par la prière dans le silence du Père et que, par la force de son Esprit, il accueille cette vie pour la faire sienne et la ressuscite. Comme l’est le mouvement de chaque eucharistie où nous apportons nos vies et la vie du monde pour qu’il nous la rende en sa propre vie éternelle, en nourriture pour nous.
Comme Aliénor, Charlie et Kariel ce matin, laissons-nous choisir, encore et encore, par le Seigneur. Laissons-nous appeler par lui, ensemble et chacun par notre prénom. Laissons-nous être envoyés en mission… et en moisson, non pas au milieu des champs de blés qui seront bientôt mûrs, mais au milieu de notre humanité, qui, elle, est déjà prête.
Amen.
P. Benoît Lecomte







Une réponse sur « Homélie du 14 juin 2026, par le P. Benoît lecomte »
Je retiens ceci : le choix de Dieu d’une personne, d’un peuple, est orienté vers toute la communauté, et l’humanité. On le voit bien dans l’histoire du Salut. Je retiens les mots de compassion, écoute, entraide, et prière, à l’exemple du Christ devant la foule ou seul sur la montagne. Et aussi cela : on n’est jamais envoyé seul en mission. J’aime le final avec l’Eucharistie, le coeur battant du monde, qui reçoit, qui nourrit et qui renvoie.