Homélie du 13 novembre 2022, par le P. Benoît Lecomte

Barbezieux - Baignes - Barret

Publié le 12 novembre 2022

Cette page d’Evangile n’est pas très encourageante. Aucun d’entre nous, j’imagine, n’a envie que l’on porte la main sur lui, d’être livré en prison, de comparaître devant les tribunaux, d’être détesté de tous ou même d’être « mis à mort. » C’est pourtant ce que promet Jésus à ceux qui veulent le suivre et devenir ses disciples, ses amis. Alors, avez-vous envie de devenir son ami ? De fait, nous n’avons pas envie de vivre tous ces malheurs, mais cela peut arriver. Parfois chez nous, à petite échelle. Dans d’autres pays ou région du monde, de façon beaucoup plus violente.

Plus encore, combien de personnes, hommes, femmes, enfants, connaissent la violence, la guerre, le désordre, les famines, le froid, sans nécessairement avoir de référence à Jésus ? La guerre en Ukraine, si proche de nous, les migrants qui frappent à notre porte en traversant la Méditerranée, nous rappellent, si nous l’avions oublié, combien cette réalité est bien réelle et universelle. Ce dimanche est la journée mondiale des pauvres, invitant toute l’Eglise à une attention particulière envers les personnes en précarité. Cette journée revient même cette année encore comme « une saine provocation pour nous aider à réfléchir sur notre style de vie et sur les nombreuses pauvretés actuelles. »[1] Elle vient ouvrir nos yeux si d’aventure ils s’étaient fermés, pour voir au-delà des décorums et des apparences.         

En disant cela, nous pouvons penser aussi à l’Eglise, et particulièrement à l’Eglise en France. Les dernières révélations nous laissent sans voix. La confiance a de quoi être ébranlée, si ce n’est remise en question. Jusqu’où allons-nous aller dans la découverte des mensonges ? Les premières phrases de l’Evangile résonnent de façon toute étonnante à ce que nous vivons depuis quelques mois et années : « Comme certains disciples parlaient du Temple, des belles pierres et des ex-voto qui le décoraient, Jésus leur déclara : ‘Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit.’ »

Nous avons pu, ou nous pouvons encore, être comme ces disciples qui contemplent un décorum, une façade belle, idyllique pourquoi pas. Mais cette façade est en train de s’écrouler. Devant nous. Violemment. Douloureusement. Jusqu’où ? Nous ne le savons pas encore. Sûrement faut-il que bien des « belles pierres et des ex-voto » tombent encore. « Il n’en restera pas pierre sur pierre, disait Jésus, tout sera détruit. » Chemin de pauvreté à prendre, résolument et fermement, ô combien les douleurs seraient vives.

Car la vérité n’est pas dans le verni, le papier glacé et les apparences. La vérité est en une personne capable de reconstruire ce Temple en 3 jours, comme il le dit ailleurs. Jésus, le Christ. C’est en Lui que notre confiance peut être placée de façon sûre. En sa présence, fidèle et aimante. Le thème de cette Journée Mondiale du Pauvre reprend le verset de la 2ème lettre aux Corinthiens : « Jésus Christ s’est fait pauvre à cause de vous » (2 Co 8, 9). Lui est descendu au plus bas. Lui a tout perdu, a accepté de tout perdre. Lui a plongé dans la plus grande pauvreté, le plus grand dépouillement. Pour nous rejoindre, là où nous sommes, ou là où nous devons encore aller. Et c’est lui, notre espérance. Aucune institution, aucun programme, aucune autre réalité ne peut nous donner l’assurance d’une telle présence et d’un tel amour. « Mettez-vous dans l’esprit que nous n’avez pas à vous préoccuper de votre défense. C’est moi qui vous donnerai un langage et une sagesse à laquelle personne ne pourra s’opposer. Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu », disait-il dans l’Evangile. Ce langage, cette sagesse sont ceux de la pauvreté, de l’amour puisé en Dieu et en l’Evangile, et offert à tous. « Rencontrer les pauvres permet de mettre fin à beaucoup d’anxiétés et de peurs inconsistantes, d’atteindre ce qui compte vraiment dans la vie et que personne ne peut nous voler : l’amour vrai et gratuit. Les pauvres, en réalité, avant d’être objet de notre aumône, sont des sujets qui nous aident à nous libérer des liens de l’inquiétude et de la superficialité », affirme le pape dans son message pour aujourd’hui.

« C’est par votre persévérance que vous garderez la vie. » Gardons cette assurance au cœur, en empruntant les chemins de pauvreté qui ouvrent notre existence à la solidarité, à la communion et à la vie.

Amen.

P. Benoît Lecomte


[1] Message du pape François pour la 33ème Journée Mondiale du Pauvre (https://www.vatican.va/content/francesco/fr/messages/poveri/documents/20220613-messaggio-vi-giornatamondiale-poveri-2022.html)

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