(Messe de l’Alliance)
Je vous propose de faire un retour en arrière, 800 ans avant Jésus Christ. Dans le livre du prophète Isaïe, on lit cette prophétie qui annonce le Messie qui doit venir : « L’esprit du Seigneur Dieu est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs leur délivrance, aux prisonniers leur libération » (Is 61, 1). 800 ans plus tard, au début de son ministère, Jésus entre dans la synagogue de Nazareth. On lui propose d’ouvrir le livre et de faire la lecture. Il tombe alors sur ces versets d’Isaïe que l’évangéliste écrit un peu autrement : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés » (Lc 4, 18). Jésus referme le livre et n’a pour seul commentaire que cette phrase : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre » (Lc 4, 21). De fait, le ministère de Jésus va être peuplé d’aveugles à qui il fait recouvrer la vue, de boiteux qu’il fait marcher, de lépreux qu’il guérit, de gens possédés qu’il apaise, et même de morts qu’il ressuscite. Accomplissant ainsi la prophétie d’Isaïe, c’est à cela que beaucoup reconnaitront que Jésus est le Messie, le Christ.
Nous lisons maintenant le livre des Actes des Apôtres, ce récit des premiers chrétiens. Jésus est mort et ressuscité. Il n’est donc plus présent physiquement pour faire des miracles et guérir les gens. Mais les premières communautés chrétiennes s’organisent et on nous raconte que les disciples, au nom de Jésus, continuent de réaliser ces signes : « Beaucoup de possédés étaient délivrés des esprits impurs, qui sortaient en poussant de grands cris. Beaucoup de paralysés et de boiteux furent guéris », nous dit-on. On retrouve là ce qui était dit de Jésus. Ce qui veut dire que Jésus continue d’agir concrètement, mais désormais par l’intermédiaire de ses disciples, de celles et ceux qui ont mis leur foi en lui. Jésus n’est plus là physiquement, mais il continue d’agir à travers l’Eglise qui est « le Corps du Christ ressuscité. » Peut-être ne guérissons-nous pas les gens de telle ou telle maladie ou infirmité, mais à travers l’Eglise, à travers nous, le Christ veut continuer d’apporter sa paix, son espérance, sa douceur, sa Vie au monde. Ce que nous entendons dans le Livre des Actes des Apôtres, c’est que le Christ passe par les baptisés pour se rendre présent à toutes les femmes et tous les hommes de chaque époque. Voilà peut-être notre vocation fondamentale.
En acceptant de vivre le sacrement du mariage, vous devenez comme une « Eglise domestique », une petite Eglise à l’échelle de votre famille. Et donc voilà votre mission de couples chrétiens : manifester concrètement la puissance de relèvement de Dieu, sa puissance de guérison et de pardon, sa puissance de Vie. Si Dieu s’engage avec vous dans votre union, vous vous engagez aussi avec lui à le rendre visible, à témoigner de Lui autour de vous par la qualité de votre amour, entre vous et pour tous ceux qui vous entourent.
Mais Dieu ne nous laisse pas seuls pour vivre cette mission. Jésus n’est plus présent physiquement parmi nous, mais Dieu nous envoie son Esprit, son Esprit Saint. « Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : l’Esprit de vérité, lui que le monde ne peut recevoir, car il ne le voit pas et ne le connaît pas ; vous, vous le connaissez, car il demeure auprès de vous, et il sera en vous », annonce Jésus à ses disciples avant de partir. C’est l’Esprit que les Samaritains (les habitants de Samarie), dans les Actes des Apôtres, n’ont pas encore reçu malgré le baptême dans lequel ils ont été plongés. En leur imposant les mains, Pierre et Jean leur permettent de recevoir cet Esprit Saint. Par lui, nous dit Jésus, nous reconnaissons qu’il est dans le Père, que nous sommes en lui et qu’il est en nous. Autrement dit, nous reconnaissons et nous faisons l’expérience de cette incroyable intimité entre le Père, le Fils, Jésus-Christ, et nous-mêmes, et nous demeurons dans cette intimité folle. Dieu n’est pas le lointain qui nous regarde de haut, il est celui qui nous invite à demeurer en lui, et qui nous envoie dans le monde pour continuer à manifester sa puissance de vie et de résurrection, pour faire résonner sa Parole et annoncer ses merveilles. Nous aussi, par les sacrements du baptême et de la confirmation, nous avons reçu cette onction dont parlait Isaïe, cette onction qui fait de nous des témoins vivants de Jésus ressuscité. Par le sacrement du mariage, nous mettons en œuvre ce témoignage.
Aimer, c’est la seule façon de réaliser cette mission : « Celui qui reçoit mes commandements et les garde, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; moi aussi, je l’aimerai, et je me manifesterai à lui », entendons-nous dans l’Evangile. Il n’y a pas d’autre moyen pour annoncer l’amour de Dieu, que de demeurer dans le Seigneur, et d’aimer à sa façon, totalement, librement, jusqu’au bout.
En ce temps de Pâques, accueillons déjà l’Esprit Saint qui vivifie nos vies, pour qu’il en fasse des lieux de communion, de paix et d’amour… et que le monde sache que Dieu est là, et qu’il ne nous abandonne pas.
Amen.
P. Benoît Lecomte







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