Homélie du 10 janvier 2021 par le P. Benoît Lecomte

Barbezieux - Baignes - Barret

Publié le 10 janvier 2021

Tout le monde sera d’accord avec moi pour dire qu’il faut manger pour vivre. Et pourtant, cela ne suffit pas. Au 13e siècle, le roi Frédéric II (qui parlait neuf langues : le latin, le grec, le sicilien, l’arabe, le normand, l’allemand, l’hébreu, le yiddish et le slave) a voulu faire une expérience pour savoir quelle était la langue “naturelle” de l’être humain. Il a installé six bébés dans une pouponnière et ordonné à leurs nourrices de les alimenter, les endormir, les baigner, mais surtout, sans jamais leur parler. Frédéric II espérait ainsi découvrir quelle serait la langue que ces bébés choisiraient naturellement, “sans influence extérieure”. Il pensait que ce serait le grec ou le latin, seules langues originelles pures à ses yeux. Cependant, l’expérience ne donna pas le résultat escompté. Non seulement aucun bébé ne se mit à parler un quelconque langage mais tous les six dépérirent et finirent par mourir. Le lait, le sommeil et le soin ne suffisent pas. Les bébés avaient aussi besoin de communication et de paroles pour survivre. Tout comme nous. Nous en avons fait la difficile expérience pendant le confinement, quand les interactions sociales étaient réduites au minimum : sans parole, sans relation, sans communication avec d’autres, nous dépérissons. L’être humain est un être social, un être de parole.

Alors si vous avez faim ou soif, si vous voulez vivre, vraiment, si vous voulez vous nourrir de viandes savoureuses et boire des vins somptueux, Dieu vous propose un menu alléchant : sa Parole. « Ecoutez-moi bien, et vous mangerez de bonnes choses ! Prêtez l’oreille ! Ecoutez, et vous vivrez », disait-il par la bouche d’Isaïe. Car la Parole de Dieu est nourrissante. Elle n’est pas baratin, verbiage, bavardage ou brouhaha inarticulé : elle est Parole de création qui nous fait naître et nous ouvre à l’existence. Maintenant. A chaque instant. « Tu es mon Fils bien-aimé, dit la voix venant des cieux au dessus de Jésus au moment de son baptême, en toi, je trouve ma joie. » Parole d’amour, de relèvement, de confiance, d’avenir, de reconnaissance, de vie. Parole adressée à Jésus mais adressée, en Jésus, à chacun de nous et à tout homme. Encore faut-il que nous écoutions de tout notre corps et de tout notre cœur. Pas uniquement avec nos oreilles, mais avec tout de notre vie, pour recevoir cette Parole qui nous fait devenir qui nous sommes.

Cette Parole est nourrissante parce qu’elle vient transformer nos vies de l’intérieur. Elle est comme un « je t’aime » susurré chaque matin à l’oreille du bien-aimé ou de la bien-aimée. Elle réveille, elle met en joie, elle assure la beauté de la journée, elle nous ouvre au monde, à toutes nos relations, à tous nos engagements. « Comme la pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, ainsi ma parole ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir accompli sa mission. »

Alors quelle est la mission de la Parole de Dieu ? J’ose une réponse audacieuse : nous transformer en elle. Tel un baptême, tel un plongeon, tel une nouvelle naissance, accueillir cette Parole nous donne de devenir paroles. Nous le savons de Jésus. Jésus EST la Parole de Dieu faite chair. Il EST « celui qui est né de Dieu et qui rend témoignage, nous dit Saint Jean, par l’eau, par le sang et par l’Esprit. » Il est la Parole ultime de Dieu : Dieu ne peut rien nous dire de plus que Jésus. Il est le Verbe qui « prononce les paroles de Dieu et achève l’œuvre de salut que le Père lui a donné à faire » (DV4). Il est tout ce que Dieu voulait nous dire. De la même façon, Dieu, s’adressant à nous, ne veut pas nous faire la morale ou rester extérieur à nous-mêmes. Mais il vient nous engendrer à l’amour filial – « Tu es mon fils, ma fille bien aimé(e), en qui je trouve ma joie » – pour que nous devenions ses enfants et le reconnaissions comme notre Père. Il vient faire de nous d’autres Christs dans le Christ (c’est le sens de la chrismation au baptême, avec le saint chrême, l’huile sainte), pour qu’à notre tour nous devenions paroles. Paroles vivantes, paroles de vie, paroles créatrices. Peut-être sommes-nous parfois un peu pipelettes, langues bien pendues ou bavardages de comptoirs. Mais si nous mettons notre confiance en cette Parole qui nous est adressée – qui est au milieu de nous aujourd’hui comme à chaque liturgie et qui vient se nicher en nous chaque jour pour habiter nos heures, nous devenons paroles divines pour ce monde. Non pas uniquement avec nos phrases et nos mots, mais avec toute notre existence, tout notre « être au monde », toute notre attitude et notre art de vivre en ce monde. Ayons confiance, soyons en sûrs, la Parole accompli sa mission. Et tout ce que nous recevons d’elle nous met en action : « j’ai confiance, chantait le psaume, je n’ai plus de crainte. » Nous devenons paroles de communion et de pardon, de solidarité et d’attention. Nous devenons paroles qui rendent témoignage à Dieu, disait encore Saint Jean. Et le Verbe se propage, et l’amour gagne du terrain, et la vérité vient à la lumière, et la paix habite les cœurs. Comme avec la communion et le pain eucharistique, nous devenons ce que nous mangeons. Nous devenons le Corps du Christ, nous devenons Parole de Dieu.

Ensemble, en communauté d’Eglise, nourrissons-nous de cette Parole. Buvons-en les mots, les signes, la poésie, le sens, le cœur. Abreuvons-nous à l’infini à cette source en y plongeant comme en un baptême, pour devenir ensemble cette Parole que le monde attend, Parole de confiance, de tendresse et d’espérance. Pour que le monde puisse lire en nous comme en un Livre ouvert, la présence de Dieu auprès de chacun et la puissance de l’amour offert à tous.

Amen.

P. Benoît Lecomte

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Une réponse sur « Homélie du 10 janvier 2021 par le P. Benoît Lecomte »

Guérin Jacqueline 7, dit :

Exultant de JOIE, vous puiserez les eaux aux sources du salut.
Je puise. L’eau est abondante, désaltérant e, vivifiante.
Je puise, car j’ai soif, oui, j’ai soif pour moi et pour le monde, j’ai soif de connaissance, de sens, de vérité, de beauté, de partage.
Oui, de partage.
MERCI Benoît, de partager ta vie, la VIE.
Jacqueline

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