L’évangile que nous entendions avant d’entrée dans l’église au début de la messe décrivait : « Comme Jésus entrait à Jérusalem, toute la ville fut en proie à l’agitation et disait : ‘Qui est cet homme ?’ » Nous avons fait comme la foule tout à l’heure, brandissant nos rameaux et chantant Hosanna. Mais reste la question que se pose la ville : « Qui est cet homme ? »
Qui est cet homme qui entre dans la ville sainte monté sur un ânon et qui est acclamé comme un roi ?
Qui est cet homme qui, à son dernier repas, prend du pain et du vin et, après la bénédiction, annonce qu’ils sont son Corps livré et son Sang versé ?
Qui est cet homme qui se laisse trahir par l’un de ses plus proches fidèles, renier par son premier disciple, abandonner de tous ?
Qui est cet homme qui se laisse arrêter sans autre forme de résistance ?
Qui est cet homme qui ne répond au mensonge, à la calomnie, à la violence la plus cruelle, que par le silence ?
Qui est cet homme que la foule, retournée par les chefs des prêtres, décide maintenant de mettre à mort ?
Qui est cet homme crucifié comme le dernier des malfaiteurs ?
Qui est cet homme dont on dit qu’il est le Fils de Dieu, au risque d’entretenir ce qui paraissait comme un blasphème ?
Cet homme est vraiment Dieu. Il est le Dieu dont l’Amour est Tout-Puissant. Dieu qui se donne à nous inconsidérément. Il est Dieu qui ne reste pas au loin dans les nuages ou les idées, mais qui se compromet dans notre humanité charnelle, au risque de tout perdre – et il perdra tout. « Il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix », disait la lecture. Il est Dieu fait homme, jusqu’au bout, assumant tout de l’homme, jusqu’à ce qui semble inhumain – mais qui se répète encore en encore aujourd’hui, et semble se répéter sans fin dans l’histoire des hommes.
Dans la violence du monde que nous connaissons, cet évangile décrivant l’injustice et la torture que subit Jésus ne semble pas apporter beaucoup de joie. Il semble même qu’on ajoute de la noirceur à la noirceur.
Changeons de regard.
Car si Dieu va jusque là par amour pour nous, c’est que rien de ce que nous vivons ne lui est étranger, et qu’il prend tout de notre vie dans la sienne. Il est Dieu qui ne cesse de vouloir nous rejoindre dans ce que nous pouvons vivre de pire – nous et tous nos contemporains avec qui nous partageons ce temps tout autour de la planète –, pour que nous ne soyons jamais seul dans tout ce que nous vivons. Il est Dieu qui veut nous chercher jusqu’au plus bas de l’en-bas, pour nous élever à sa vie divine en nous libérant de ce qui l’obscurcie. Il est Dieu qui, dans cet abaissement, vient nous prendre la main pour nous faire remontrer avec lui dans sa Lumière. Celle que nous célèbrerons dimanche prochain, au matin de Pâques. Celle de la victoire de la vie sur la mort et du pardon sur la haine. Car oui, ne nous arrêtons pas à cette fin tragique du récit d’aujourd’hui. Si la joie est déjà là, dans cette solidarité intime de Dieu avec nous jusqu’à la croix, elle éclatera en plein jour. Du tombeau, sortira le Ressuscité et sa victoire sera éternelle.
Que les rameaux que nous avons bénis soient signe de cette joie et de cette espérance qui traversent les ténèbres des hommes. Offrons nos rameaux, exposons-les, disposons-les en évidence. Qu’ils nous rappellent, chaque jour de cette année, que Dieu est avec nous, intimement, et qu’en Jésus, son Fils et notre frère, il vient nous sauver.
Amen.
P. Benoît Lecomte






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