(Homélie prononcée à la messe à Barbezieux à l’occasion de la rentrée paroissiale, de la reconnaissance de la nouvelle EAP, de l’envoi en mission et des baptêmes de Louna, Pablo et Carmen)
La Parole de Dieu nous entraine ce matin sur la délicate réalité du pardon, du pardon que Dieu nous donne et de notre capacité à le recevoir, à vivre de ce pardon et à le redonner à ceux qui nous ont offensés. Vous pourrez retrouver dans l’homélie prononcée hier soir à Saint Bonnet une méditation et un approfondissement sur ce sujet. Mais ce matin, ce sont les mots de Saint Paul qui peuvent attirer notre attention et ouvrir notre cœur à tout ce que nous vivons en cette eucharistie : « Frères, aucun de nous ne vit pour soi-même, et aucun ne meurt pour soi-même : si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur ; si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Ainsi, dans notre vie comme dans notre mort, nous appartenons au Seigneur ».
Ces mots, ils s’appliquent à merveille à Louna, Pablo et Carmen, qui vont être plongés ce matin dans l’eau du baptême. Car le baptême, précisément, nous fait appartenir non plus à nous-mêmes, mais au Seigneur. Si nous plongeons dans la mort au péché, c’est pour vivre pleinement et totalement de la vie de Dieu et être reconnus comme tels, enfants de Dieu. Non seulement pour témoigner, dans la communion de toute l’Eglise, du Christ éternellement vivant, mais plus encore pour le rendre présent par la prière, les sacrements et le service des frères et des sœurs en humanité.
Et ce baptême se déploie en Eglise par les missions que chacun reçoit, par la reconnaissance des charismes et des ministères qui, dans leurs différences et leur complémentarité viennent construire le Corps du Christ qu’est l’Eglise, dans toutes ses dimensions. C’est ainsi que chacun a et trouve sa place, pour un temps ou pour plus longtemps, dans une vie paroissiale ou autre. Et aucun de ces services ou de ces missions ne nous appartient. « Aucun de nous ne vit pour soi-même… si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur, nous appartenons au Seigneur… » C’est Lui qui nous appelle, c’est Lui qui nous envoie, c’est Lui qui nous accompagne, c’est pour Lui que nous nous dépensons. Dans la parabole de l’Evangile, le roi, dans sa miséricorde, remet la dette à son serviteur. Mais ce serviteur n’a pas su pardonner à son tour. Il perd le pardon qu’il a reçu parce qu’il n’a pas su le transmettre à son tour. Et il en est ainsi de tous les dons et de toutes les grâces que nous recevons de Dieu. Nous les recevons gratuitement, mais ils ne portent du fruit que si nous les partageons, les déployons. Notre humanité s’accomplit dans le partage de ce que nous avons reçu avec nos frères et sœurs. Et dans ce don de nous-mêmes, nous trouvons notre joie, notre enracinement, et aussi parfois le questionnement qui nous fait avancer, la sortie de notre zone de confort, et l’appel à aller encore plus loin avec le Christ et en son Nom. Nous allons accueillir de nouveaux membres dans l’Equipe d’Animation Pastorale, nous allons envoyer de nouvelles personnes en mission : il n’y a pas là à y trouver motif d’orgueil, de jalousie ou de comparaison, puisque chacun est au service de tous, à sa place particulière, pour un temps donné. Au contraire, c’est dans la joie, comme nous le sommes ce matin, que nous nous reconnaissons dans nos complémentarités et que nous rendons grâce pour ce que le Seigneur fait en chacun et pour le bien de tous.
Cette joie et cette reconnaissance, cette acceptation aussi du don et de la mission que nous voulons bien recevoir, nous avons sûrement conscience que nous n’en sommes pas dignes, ou pas suffisamment compétents. C’est là que l’Evangile vient encore nous éclairer et nous encourager. Reprenons la parabole : le roi qui pardonne à son serviteur à l’infini en lui remettant toute sa dette, c’est le Christ. Il est, Lui, celui qui vient briser le cercle de la violence de notre humanité. Sur la croix, il crucifie la violence et le mal et il crie : « Père, pardonne-leur. » Sur la croix, il nous a tout pardonné. Il nous a rendu notre liberté d’enfants de Dieu créés à l’image du Père. Il nous a libéré du mal, du péché et de la mort qui peuvent habiter notre cœur. Nous sommes ce serviteur dont la dette a été remise, à l’infini. Et cela induit la façon de vivre notre baptême, notre mission et tous nos échanges entre nous et au-delà. Car alors, le pardon devient le critère ultime de toutes nos relations. C’est l’accueil du pardon de Dieu qui nous donne de pardonner à notre tour à celles et ceux qui nous ont offensés. Non pas dans une naïveté crasse qui laisserait tout passer, mais dans la folie d’un amour qui ne cesse de croire en l’autre alors même que tout est parfois gâché. La miséricorde et le pardon de Dieu veulent jaillir de nos vies et se répandre jusqu’aux limites de la terre, pour que toute l’humanité vive enfin de ce pardon qui renouvelle toute chose.
Voilà une bonne nouvelle à vivre pleinement. En la recevant ou en la renouvelant dans le baptême que nous avons reçu, en la déployant à travers nos ministères, nos missions et nos services les uns pour les autres, pour le Christ et pour les femmes et les hommes de notre temps. Alors, notre service sera léger et notre témoignage puissant. De la puissance d’un Amour infini qui traverse nos cœurs et nos vies pour que nous soyons libres de vivre pleinement dans l’Amour. Puisque « si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur ».
Amen.
P. Benoît Lecomte









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