Homélie du 13 septembre 2026, par le Père Benoît Lecomte

Barbezieux - Baignes - Barret

Publié le 12 septembre 2026

Prononcée à Saint Bonnet – Baptême de Judith

Je repense à mes nombreux échanges avec des couples qui se préparent au mariage. Il y est toujours question, à un moment ou à un autre, du pardon. Ces couples, encore plein d’amour l’un pour l’autre, témoignent des pardons qu’ils s’offrent quand cela est nécessaire, même s’ils n’en ont parfois pas eu beaucoup besoin, disent-ils. Mais l’amour aide à pardonner et à relancer l’élan du cœur. Je pose alors la question : « est-ce qu’il y aurait quelque chose d’impardonnable ? » Invariablement, la réponse fuse : « l’infidélité. » Voilà une limite au pardon. Un infranchissable. Un impardonnable. Et je comprends ces couples. Si l’infidélité devient pardonnable, n’est-ce pas la porte à n’importe quoi ? Le pardon vaudrait licence pour aller voir ailleurs impunément, puisqu’au final on serait pardonné. Comment donc pardonner sans déresponsabiliser ? Et n’y a-t-il pas, effectivement, des pardons impossibles ? Je pense aux abus de toutes sortes et d’abord sur des mineurs – dont l’Eglise n’est malheureusement pas exempte, on le sait maintenant. Comment pardonner de tels actes ? Comment pardonner à leurs auteurs ? Les évêques ont beau faire des commissions de travail sur le sujet, la question reste entière parce qu’une réponse trop facile scandalisera toujours. 

Jésus est pourtant clair dans sa réponse à Pierre : « Je ne te dis pas jusqu’à 7 fois, mais jusqu’à 70 fois 7 fois. » Autrement dit : à l’infini, sans limite, et autant de fois qu’il te sera fait du tort. Jésus ne parle pas de ce qui est reproché. Il ne regarde pas le mal ou le degré de gravité du mal, il ne regarde que le pardon. Et celui-ci est infini, quelque soit le mal commis. Folie. Comment accepter cela raisonnablement ? Nous ne parlons évidemment pas des 1000 petits pardons du quotidien qui nous permettent de vivre ensemble de manière polie et sociable. Mais des pardons infranchissables parce qu’ils risquent de trahir une faiblesse, une soumission, une injustice.

A ce stade, il faut être clair : le véritable pardon ne déresponsabilise pas. Il ne peut se vivre que dans la vérité, dans la justice, dans la volonté de réparer ce qui peut l’être. Il est, au contraire, rappel de notre responsabilité dans nos actes et nos paroles ou nos silences. Il implique un regard lucide et clair sur le mal qui a été commis. Il n’est pas l’effacement de ce qui a été fait, comme on efface un tableau blanc ou une ardoise. Il n’est pas oublie ou négation, relativisation devant un mal plus grand. Il oblige à regarder le mal les yeux grands ouverts et à le reconnaitre. Et à se reconnaitre pécheur. Limité. Ayant fauté, volontairement ou involontairement mais en en assumant les conséquences. Et il brise le cercle de la violence qui ne fait qu’enfoncer dans la violence. Il est libération de soi-même et de l’autre, libération de la relation, réenchantement du monde. 

Il n’est pas licence de faire n’importe quoi, mais au contraire volonté de changer d’attitude, de trajectoire, de vie. Conversion. Regardez la parabole que Jésus raconte. Le roi a remis toute sa dette à l’un de ses serviteurs. Une dette impossible à rembourser : environ 60 millions de journée de travail (164 000 années de travail). Une fois sa dette remise, le serviteur ne doit plus rien à personne. Le roi lui a sauvé la vie, sa vie et la vie de toute sa maison. L’homme est libre. Mais il n’accueille pas cette liberté. Il ne sait pas en vivre, il ne la partage pas et va sauter sur son compagnon qui lui doit une somme dérisoire (alors que lui-même n’a plus de dette). Le serviteur a été pardonné, mais n’a pas su vivre de ce pardon pour pardonner à son tour.

Soyons plus clairs : le roi, c’est le Christ. Il est, Lui, celui qui vient briser le cercle de la violence de notre humanité. Sur la croix, il crucifie la violence et le mal et il crie : « Père, pardonne-leur. » Sur la croix, il nous a tout pardonné. Il nous a rendu notre liberté d’enfants de Dieu créés à l’image du Père. Il nous a libéré du mal, du péché et de la mort qui peuvent habiter notre cœur. Nous sommes ce serviteur dont la dette a été remise, à l’infini. Et pourtant… comme il peut nous être difficile, encore, de pardonner, notamment là où nous mettons encore des limites au pardon.

C’est là que l’on reconnait les disciples de Jésus. Dans l’accueil du pardon de Dieu qui donne de pardonner à notre tour à celles et ceux qui nous ont offensé. Non pas dans une naïveté crasse qui laisserait tout passer, mais dans la folie d’un amour qui ne cesse de croire en l’autre alors même que tout est parfois gâché. Mais la miséricorde et le pardon de Dieu veulent jaillir de nos vies et se répandre jusqu’aux limites de la terre, pour que toute l’humanité vive enfin de ce pardon qui renouvelle toute chose. Car finalement rien ne nous appartient : « Aucun de nous ne vit pour soi-même, et aucun ne meurt pour soi-même : si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur ; si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Ainsi, dans notre vie comme dans notre mort, nous appartenons au Seigneur », annonce Saint Paul. Puissance d’un Amour infini qui traverse nos cœurs et nos vies pour que nous soyons libres de vivre pleinement dans l’Amour.

Judith, par ton baptême ce soir, entre dans cette nouvelle vie. Reçoit cette grâce du Christ qui te pardonne tout et te fait vivre pour Lui, avec Lui et en Lui.

Amen.

P. Benoît Lecomte

Partagez cette page à vos amis !




Télécharger au format PDF

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Contact

Paroisse Barbezieux-Baignes-Barret
20 Rue Thomas Veillon, 16300 Barbezieux-Saint-Hilaire
05 45 78 01 27
paroisse.barbezieux@dio16.fr

Les projets de notre diocèse

Accueil d’une famille missionnaire à Chalais

La paroisse de Chalais accueille une famille envoyée en mission pour 3 ans. Camille, Enguerran et leurs 5 enfants auront pour mission de vivre une vie de famille chrétienne joyeuse et ouverte. Ce faisant, elle créera du lien entre la vie paroissiale et les jeunes familles qui fréquentent le territoire paroissiale d’Aubeterre – Brossac – […]
En savoir plus
0 € financés sur un objectif de 150 000 €

Appel à dons pour l’oratoire d’Angoulême

UNE COMMUNAUTÉ DE PRÊTRES POUR EMBRASER LES CŒURS Encouragés par l’évêque d’Angoulême, trois prêtres et un jeune en discernement ont commencé à vivre en Charente le charisme de saint Philippe Néri (1515-1595) : vie commune, mission commune, vie stable, simple, joyeuse et familiale, sans autre règle que celle de la charité fraternelle. Ce projet de […]
En savoir plus
306 075 € financés sur un objectif de 672 000 €

Un nouveau souffle pour l’orgue de l’église Saint-Léger de Cognac

L’orgue Beuchet Debierre de l’église Saint-Léger de Cognac, installé en 1861 et restauré pour la dernière fois en 1991, entre aujourd’hui dans une nouvelle phase de son histoire. Un ambitieux projet de restauration est porté par l’Association des Amis de l’Orgue de Saint-Léger, en partenariat avec la Ville de Cognac, pour assurer sa pérennité et […]
En savoir plus
93 685 € financés sur un objectif de 114 804 €

Soutenons l’accueil de nos prêtres à Confolens : un projet pour des logements adaptés

C’est le 9 juin 2023 que Monseigneur GOSSELIN demande au Père FERNANDEZ d’aménager des logements pour deux ou trois prêtres dans la Maison Paroissiale de Confolens. Le presbytère de Confolens n’étant pas adapté pour accueillir 3 prêtres toute l’année et les prêtres qui viennent l’été. Un projet prend rapidement forme et dans les anciennes écuries […]
En savoir plus
49 040 € financés sur un objectif de 145 000 €

Appel à dons pour le remplacement des chaises de l’Église Saint Paul

Un projet pour le confort et l’accueil dans notre église Depuis plus de 40 ans, les chaises en plastique de l’église Saint Paul ont accueilli des milliers de fidèles et de visiteurs lors des célébrations et événements culturels. Malheureusement, le temps et l’usage ont laissé des traces : la plupart de ces chaises sont aujourd’hui […]
En savoir plus
2 651 € financés sur un objectif de 4 954 €

Abbaye de Bassac : soutenons les travaux d’aménagement de l’aile ouest

L’Abbaye de Bassac, lieu emblématique de paix et de spiritualité, fait appel à votre soutien pour un projet d’envergure. Les deux étages de l’aile ouest des bâtiments nécessitent d’importants aménagements afin de pouvoir accueillir, dans les meilleures conditions, des groupes de jeunes, des familles, et toute personne en recherche d’un espace de tranquillité. Objectif de […]
En savoir plus
116 005 € financés sur un objectif de 480 000 €

Soutenons ensemble la rénovation de la façade de la Maison Diocésaine !

Dès l’automne prochain, notre Maison diocésaine devrait commencer à faire peau neuve. La Maison diocésaine est au centre et au service de l’Église en Charente : elle héberge tous les services diocésains, certains mouvementset des associations qui comptent dans le paysage charentais : RCF Charente, BD Chrétienne, etc… Elle profite d’une situation géographique exceptionnelle, au […]
En savoir plus
161 445 € financés sur un objectif de 162 000 €

Je recherche