Homélie du Père Benoît Lecomte
Il y a quelques années, vous étiez encore petits. Vos parents vous ont fait entrer dans une église. Ils avaient choisi pour les accompagner et vous accompagner, des parrains et des marraines. Vous étiez sûrement portés dans des bras, ou dans une poussette. On vous a avancé jusqu’au baptistère où un prêtre, au nom de l’Eglise et de toute la communauté chrétienne, a versé de l’eau sur votre tête en prononçant ces paroles : « Je te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. »
Quelques années plus tard, vous marchez sur vos deux jambes, vos parents et vos parrains et marraines ou ceux qui les représentent sont derrière vous, et c’est vous qui vous avancez, librement, volontairement, vers cette cuve baptismale. Ce qui vous porte, ce ne sont plus vos parents, mais votre foi. Elle a grandi, elle s’est affermie, elle a été éprouvée. Vous l’avez travaillée, nourrie, expérimentée, confrontée, questionné. Sûrement, et évidemment, tout n’est pas hyper clair pour vous. Comme pour nous tous : nous ne sommes jamais arrivés, à aucun moment de notre vie nous pouvons dire : « ça y est, j’ai la foi ». « Si vous aviez de la foi, gros comme une graine de moutarde, vous auriez dit à l’arbre que voici : “Déracine-toi et va te planter dans la mer”, et il vous aurait obéi », dit Jésus dans l’évangile (Lc 17, 6).
On n’a jamais la foi comme on possède un objet qu’on peut fièrement exposer. La foi n’est pas de l’ordre de l’avoir ou de la possession. Elle est de l’ordre de l’expérience et de la confiance. Elle est de l’ordre d’une relation, que l’on noue petit à petit avec le Seigneur. Une relation qui a des hauts et des bas, comme toute relation, mais dans laquelle on sait que le Seigneur, lui, ne nous lâche jamais. Chacun de vous, dans sa propre histoire, a pu en faire l’expérience intime, peut-être secrète même à votre entourage proche.
Vous avez fait confiance et vous avez reconnu. Reconnu que Dieu le Père, par son Fils Jésus Christ, unis dans l’Esprit Saint qui vient faire en nous sa demeure, est Celui qui révèle une toute autre dimension à notre vie, à votre vie. Les mots de Saint Paul, que nous venons d’entendre, sont puissants pour parler de Dieu et de son rapport avec nous : il nous rend capables d’être saints, il nous arrache au pouvoir des ténèbres, il nous place dans le Royaume de Jésus, il pardonne nos péchés. Nous pouvons en faire l’expérience, mais nous ne le voyons pas, parce que personne n’a jamais vu Dieu. Or Jésus nous le rend visible et accessible. Les mots de Saint Paul continuent en nous parlant de Jésus : « Il est l’image du Dieu invisible ». Et encore : en lui tout fut créé dans le ciel et sur la terre, il est la tête de l’Eglise qui est sont Corps, il est le premier né d’entre les morts, autrement dit il est le premier ressuscité entrainant à sa suite tous ceux qui tombent dans la mort. Et Paul ajoute encore : « Il a fait la paix pour tous les êtres. »
L’expérience que vous faites, la relation que vous entretenez, ne l’est pas avec une espèce d’entité gazeuse et sans forme, invisible et insaisissable. Elle l’est avec Jésus Christ, ce maître et cet ami, Dieu fait homme qui s’est abaissé jusqu’à se faire serviteur de toute femme et de tout homme, et jusqu’à donner sa vie par amour sur la croix, pour faire triompher la vie et l’amour désormais plus forts que toute haine, toute violence, toute mort.
Chers amis, vous allez replonger ce soir à l’eau de votre baptême. Vous répondez ainsi à l’appel du Christ, qui vous invite à continuer d’approfondir intimement cette relation avec lui. Par les gestes que vous posez, vous renouvelez en la prenant à votre compte, cette foi qui vous habite, chacune et chacun à votre façon car Dieu s’exprime de façon unique dans le cœur de chacun. Vous ne le faites pas parce que vous être arrivés à la fin d’un parcours, vous le faites parce que vous voulez marquer en Eglise une étape de cette relation, qui vous mènera sûrement sur des sentiers que vous ne connaissez pas encore, mais sur lesquels vous pouvez aller en toute confiance avec le Seigneur.
Continuez d’approfondir cette relation, cette foi. Continuez de prier ou d’essayer de prier. Continuez de travailler avec d’autres ce que le Christ nous invite à vivre. Continuez de vous plonger dans la Parole de Dieu et de vous en nourrir. Continuez de vivre des temps en Eglise, avec d’autres chrétiens de votre âge et de tous les âges : c’est ainsi que nous devenons le Corps du Christ. Continuez de célébrer le Seigneur et de fortifier votre foi par les sacrements. Continuez de vivre comme Jésus en serviteur des plus petits et des plus fragiles. Continuez de témoigner autour de vous, malgré peut-être l’hostilité ou les interrogations que cela peut susciter, de la folie de l’Amour de Dieu pour nous et de ce qu’il nous révèle de la beauté de nos vies.
Merci à vous pour votre démarche. Elle vous engage, mais vous venez aussi rafraichir et renouveler notre propre vie de foi, désensabler le baptême que nous avons reçu il y a longtemps, réveiller notre désir de vivre avec Dieu et en Lui. Que par le renouvellement des promesses de votre baptême, Celui en qui habite toute la plénitude vienne habiter votre cœur et vous donner sa vie.
Amen.
P. Benoît Lecomte

Témoignage de Joséphine
J’ai grandi dans la foi catholique. Le baptême, la première communion, la messe presque tous les dimanches avec mes parents… c’était naturel, c’était ma vie. J’apprenais les prières, les gestes, les paroles. Mais avec le recul, je réalise que je ne comprenais pas vraiment ce que je vivais
Puis j’ai fait ma profession de foi, en sixième. Et c’est là que quelque chose a changé. En entrant au collège, je suis passée de l’innocence de l’enfance à quelque chose de plus questionnant. Je me suis un peu perdue. Je continuais à participer, à aller à la messe, aux camps scouts, à quelques pèlerinages… mais sans vraiment ressentir cette foi de l’intérieur. Je faisais les choses parce qu’il fallait les faire.
Et puis il y a eu Taizé.
Ce pèlerinage a été l’un des plus beaux de ma vie. J’y ai été profondément touchée et notamment lors d’une confession avec un prêtre, j’ai ressenti quelque chose d’inexplicable. Une paix. Une présence. Comme un appel. Je me suis sentie libérée, apaisée, comme jamais je ne l’avais ressenti avant. Il s’était passé quelque chose de vrai. En repartant de Taizé, mon regard sur la foi a complètement changé. Je suis devenue beaucoup plus investie. J’ai commencé à comprendre chaque parole de la messe, à les vivre plutôt qu’à les réciter. Je ne sais pas si c’est la maturité ou si c’était vraiment un appel de Dieu mais moi, je suis convaincue que c’était un appel.
Aujourd’hui, je me sens en harmonie avec ma foi. Et c’est pour cela que je demande ma confirmation. À vous qui faites votre profession de foi aujourd’hui, je veux vous dire ceci : le chemin de la foi n’est pas toujours linéaire. Il y a des moments de doute, des périodes où l’on s’éloigne, où l’on ne comprend pas, où l’on se sent loin. C’est normal. C’est même peut-être nécessaire. Ne restez pas dans le doute sans chercher cherchez justement. Venez à la messe, faites des pèlerinages, ouvrez- vous aux rencontres et aux sacrements. Et un jour, à votre manière, à votre moment, Dieu vous éclairera. Il vous attend. C’est une promesse que je vous fais du fond du cœur.








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