Homélie du 17 mai 2026, par le P. Maxime Petit

Montmoreau - Blanzac - Villebois-Lavalette

Publié le 17 mai 2026

          Pour vous, frères et sœurs, c’est quoi la vie éternelle ?

Cette question, a priori toute simple, est en réalité redoutable ! En principe, chacun de nous devrait savoir ce qu’est la vie éternelle puisque c’est ce à quoi nous aspirons le plus. D’ailleurs, chaque dimanche, nous professons solennellement que nous croyons « en la vie éternelle »… Et pourtant, aussi étonnant que cela puisse paraître, les chrétiens sont souvent démunis lorsqu’il s’agit d’expliquer ce qu’est le Paradis.

          Certains en sont restés à de belles images véhiculées par un catéchisme enfantin. Ils imaginent le Paradis comme un royaume où les saints, habillés de grandes robes blanches et couronnés de jolies auréoles, sautillent d’un nuage à l’autre et se font des grands sourires lorsqu’ils se croisent. D’autres, s’appuyant sur les images données dans le livre de l’Apocalypse, imaginent l’éternité comme une messe sans fin où les anges jouent de la trompette, où les martyrs apportent des offrandes avec de grandes palmes et où Dieu, comme un vieillard à la longue barbe blanche, siège sur un trône serti de pierres précieuses.

Dans un cas comme dans l’autre, avouons que cela ne comble pas parfaitement nos attentes. Se balader entre les nuages ou chanter des Alléluia, ça va un temps… mais faire ça pour toujours, on se demande si on ne va pas finir par s’ennuyer… Vous connaissez certainement la phrase attribuée à Woody Allen : « l’éternité c’est long, surtout vers la fin ».

          Ça nous embête un peu quand même cette histoire ! Car comment rester crédible auprès de nos contemporains si la finalité de la vie chrétienne n’est pas désirable ; si on leur promet un paradis qui s’avère être un lieu où ils vont passer l’éternité à s’ennuyer. D’ailleurs, cela peut même jouer sur notre propre désir du Ciel… On finit par se demander : est-ce que j’ai vraiment envie d’être saint ? Qu’est-ce qui m’attire dans la vie éternelle ?

          Heureusement, dans l’évangile que l’on vient d’entendre, Jésus répond lui-même à la question que je vous posais au début de cette homélie : « la vie éternelle, dit-il à son Père, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ ».

          Alors, je vous l’accorde, « connaître Dieu », ça ne fait pas beaucoup plus rêver que les nuages où la messe interminable… C’est vrai ! Mais c’est parce que nous ne mettons pas la même chose que Jésus sous le mot « connaître ». Pour nous, fils du XXIème siècle, qui plus est fils de Descartes, « connaître », cela veut dire « se faire une idée sur quelque chose », « en comprendre le sens ». On connaît ses tables de multiplications. On a des connaissances sur tel ou tel sujet. Autrement dit, dans le langage actuel, la connaissance relève de l’intelligence de façon quasi exclusive. Si bien que « connaître » est pratiquement synonyme de « savoir ». Et je crois que c’est cela qui a tendance à nous repousser. Si aller au Paradis, c’est passer son temps à apprendre des choses sur Dieu, à engranger des connaissances sur la Trinité, ça n’est pas vraiment enthousiasmant !

Alors que pour Jésus, « connaître » n’est pas parfaitement synonyme de « savoir ». Dans le langage biblique, connaître c’est plutôt expérimenter, vivre, éprouver. La connaissance est un processus qui investit tout l’être. L’intelligence bien sûr, mais aussi la volonté, les émotions, les sens… et même le corps. Vous le savez peut-être, mais le verbe connaître est même utilisé à plusieurs reprises dans l’Ancien Testament pour dire l’acte sexuel. Au chapitre 4 de la Genèse : « Adam connut Eve, sa femme ; elle conçut et enfanta Caïn » ou encore dans le premier livre de Samuel : « Elkana connut Anne, sa femme. Et l’Eternel se souvint d’elle ».

Evidemment, quand Jésus nous parle de la vie éternelle comme d’une connaissance de son Père et de lui-même, il n’y a pas de connotation sexuelle. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Cependant, on comprend que cette connaissance dont il est question engage tout l’être. Lorsque nous serons au Ciel, nous connaîtrons Dieu d’une manière intime, existentielle, entière, absolue. Nous découvrirons Dieu avec une intensité qui nous est encore inaccessible. Pour reprendre les mots de saint Paul dans l’épître aux Romains : « frères, j’estime, en effet, qu’il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire qui va être révélée pour nous ». La gloire du Ciel, la glorification dont parle Jésus, est une intensification de la joie que nous pouvons ressentir sur cette terre. Voir Dieu, le connaître, c’est pousser à son maximum le bonheur que nous éprouvons en ce monde.

Et c’est ça qui nous permet de voir le Paradis comme un lieu désirable ! Car le seul moyen d’approcher ce que sera notre vie au Ciel, c’est de partir des moments les plus intenses de notre vie terrestre. Or, quand nous vivons ces moments, le temps passe toujours trop vite. On est toujours déçu que ces moments soient si courts, là où les moments pénibles nous paraissent toujours trop longs. Le bonheur nous laisse toujours sur notre faim car il ne dure pas ! Ainsi, au Ciel, on ne trouvera pas le temps trop long, l’éternité ne nous pèsera pas, tout simplement parce qu’elle sera l’entrée toujours nouvelle dans un bonheur qui, enfin, ne s’arrêtera pas.

Je crois que c’est à partir de là que l’on peut penser à nouveaux frais les images que nous nous sommes forgés pour imaginer le Ciel. Une messe éternelle ? Oui, si par là on entend l’offrande sans cesse renouvelée de notre être à Dieu. Un Royaume dans les nuages avec tous les saints ? Oui, si par là on entend un lieu où la pesanteur n’aura plus prise sur nos corps glorieux et où nous communierons avec les autres saints pour l’éternité. J’ai envie de dire : peu importe les images que nous mettons pour imaginer le Paradis à partir du moment où elles correspondent à cette Révélation qui nous est faite par Jésus le soir de la Cène. L’important, c’est de comprendre que la vie éternelle sera une intensification extraordinaire du bonheur que l’on peut ressentir ici-bas. Ce qui nous permet d’ailleurs de saisir à la fois la rupture et la profonde continuité entre notre vie actuelle et celle qui nous est promise. La connaissance de Dieu aujourd’hui confuse et mystérieuse sera enfin illuminée par la lumière du Verbe. La connaissance de ce monde et de tous ceux qui nous entourent sera transfigurée par sa puissance. Nous vivrons enfin ce que tout notre être attend : une communion amoureuse avec notre Créateur, une participation à sa vie pour l’éternité.

Alors ce matin, chers frères et sœurs, désirons le Ciel de tout notre cœur ! Comme le dit Jésus dans l’évangile de Jean : nous sommes dans le monde, mais non pas du monde. Notre vraie patrie est ailleurs et toute notre vie ici-bas doit être tendue vers cette fin ultime. Prions pour que cette Eucharistie, invitation aux noces de l’Agneau, nous fasse faire un pas de plus vers ce ciel nouveau et cette terre nouvelle où Dieu se donne à connaître tel qu’il est. Amen.

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