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Les textes de la liturgie de ce dimanche peuvent sembler difficiles, surtout si nous n’en connaissons pas le contexte dans lequel ils ont été écrits : conflits, violence, persécutions…Le prophète Jérémie, malgré les menaces, n’a pas eu peur de parler malgré tout. Jésus demande le même courage à ses apôtres. Sûrs de leur foi et forts du soutien de Dieu, eux aussi n’ont pas eu peur de parler.
“Ne craignez pas”, leur dit Jésus.
LEctures du jour
Homélie du Père Denis Trinez
Homélie retranscrite ci-dessous
« NE CRAIGNEZ PAS : OSER LA RENCONTRE, LA PAROLE VRAIE »
Comme il fait chaud, nous allons essayer de nous désaltérer aux sources fraîches de la Parole.
Voyons d’abord le contexte dans lequel cet Évangile de Matthieu est écrit. Les chrétiens de Syrie sont alors en difficulté. En effet, Jérusalem est tombée en 70. Le Temple a été détruit, il n’en reste qu’un mur. Et la ville a été saccagée, à la suite d’une révolte juive contre les romains.
C’est pourquoi, la situation change. Les sadducéens vont disparaître puisqu’il n’y a plus le Temple, dont ils s’occupaient. Les pharisiens restent et vont adopter, dans cette période d’écrasement, une attitude plus dure dans leurs pratiques ; il leur faut chercher des boucs émissaires.
Ce sont les chrétiens, toujours dans la communauté, toujours à la synagogue, qui vont faire office de boucs émissaires. Cela entraîne une espèce d’angoisse dans la communauté chrétienne pour laquelle écrit Matthieu ; les chrétiens se sentent écrasés par le regard posé sur eux, le regard au cœur même de la communauté.
Oui, comment vivre les tensions, les conflits, les angoisses qui peuvent naître dans un groupe ou dans le monde ?
Vous avez entendu la phrase suivante, dans le livre de Jérémie : « J’entends les calomnies de la foule ». Gérer les calomnies est bien délicat….
Dans la même logique, le Psaume de ce jour dit : « je suis un étranger pour mes frères ». Comme cela est dur d’être un étranger pour les siens, n’est-ce pas ?
Que nous propose l’Évangile ? : « Ne craignez pas les hommes » et puis un peu plus loin : « soyez donc sans crainte ». Comment vivre ces invitations à être « sans crainte », quand les choses semblent devenir très difficiles ?
J’ai été frappé par une analyse du CREDOC. Je ne sais pas si ce sigle vous dit quelque chose ? Le CREDOC, c’est le Centre de Recherche pour l’Étude et l’Observation des Conditions de vie.
Cet organisme très sérieux relève que 23% des personnes de moins de 40 ans, donc quasiment un quart des personnes de moins de 40 ans en France, recourt à une IA comme confident, comme soutien psychologique, comme ami ou même comme amoureux ou amoureuse.
En caricaturant, on pourrait dire que, de retour à la maison, on parle à l’IA : « alors mon chéri, qu’est-ce que tu en penses ? »… Et l’IA répond : « mais oui je t’aime » !!!!
Ce phénomène touchera bien vite les plus de 40 ans, le temps qu’ils s’adaptent aux nouvelles technologies.
Quel sens donner à ce phénomène ? Quelle en est la recherche sous-jacente ?
A travers l’IA, il s’agit d’une présence toujours disponible, 24 heures sur 24, qui apporte des réponses immédiates, sans contradiction, sans aucune parole blessante ni moquerie ; finalement, c’est très agréable.
Mais, n’est-ce pas redoutable ? Comment avancer, grâce aux petites frictions du quotidien, dans le couple, entre amis, dans une communauté ?
S’il y a aucune idée contradictoire, comment avancer ? On s’enferme dans son monde à soi et on ne bouge plus.
Je me souviens de ma professeure de musique quand j’étais au lycée ; un jour, elle nous dit, de manière naïve : « Depuis que mon mari est décédé, nous ne nous disputons plus jamais » ….
Évidemment, elle parlait à son mari mais elle donnait les questions et les réponses …
S’il n’y avait pas eu « d’affrontements » entre Paul et Jacques, nous ne serions pas là aujourd’hui.
Sans ces affrontements, nous serions restés chacun chez soi, sans savoir vraiment à quoi croire. C’est parce que Paul et Jacques se sont confrontés, durant le Concile de Jérusalem, que « les païens » ont pu entrer dans la Communauté de l’Eglise. Et nous en sommes les héritiers.
Cela illustre le fait que, quand on refuse la rencontre, éventuellement la contradiction, éventuellement un conflit, on n’avance pas.
Sûrement que beaucoup de couples se sont disloqués, je suppose, par manque de dialogue.
Il en va de même entre amis : lorsque le dialogue cesse, la relation s’affaiblit peu à peu.
Une communauté qui cesse de dialoguer et de partager ce que chacun pense, se fragilise ; il nous revient de l’aider à rester vivante.
Un monde où chacun reste enfermé dans son réseau, répétant ce qu’il entend et n’entendant que ce qui lui ressemble, est un monde qui s’appauvrit et finit par mourir.
Heureusement, l’Évangile nous invite aujourd’hui à rencontrer l’autre et à exprimer avec sincérité ce que nous portons.
On confond quelquefois la Vérité avec sa vérité. Ce n’est pas la même chose !
Le Seigneur nous invite ainsi à exprimer notre regard, toujours partiel, sur les choses, et à accueillir celui de l’autre, lui aussi marqué par son propre point de vue.
Et c’est la rencontre des vérités qui fait que l’on s’approche de la Vérité. Mais quand je dis : « mon IA m’a dit ceci et c’est la vérité », il y a peut-être un problème, ou bien « mon réseau m’a dit ceci, c’est la vérité », Il y a certainement une question.
Mais comment oser nous parler vraiment ?
Parce que ce n’est pas facile d’accepter l’altérité, n’est-ce pas ?
Nous le pouvons parce que nous avons reçu l’Esprit Saint.
L’Esprit Saint ouvre les coeurs, les oreilles et la parole : il nous rend capables d’exprimer paisiblement notre manière de percevoir la vérité.
Que le Seigneur nous aide à ouvrir notre coeur à l’Esprit, afin d’oser exprimer ce que nous percevons.
Il s’agit de ne pas craindre le regard, la moquerie ou l’ironie de l’autre, mais de pouvoir dire paisiblement : « Voilà comment je vois les choses, et toi ? » Même si nos points de vue diffèrent, cela peut devenir un chemin de rencontre.
Que le Seigneur nous aide à vivre en spirituels : ouverts au grand Souffle de l’Esprit, capables d’accueillir une manière nouvelle de vivre avec nous-mêmes et avec les autres.
L’enjeu est donc de devenir libres de nos conditionnements, de nos lectures, de nos idées et de notre histoire. Il ne s’agit pas de les renier, car ils font partie de nous, mais deles ouvrir.
C’est bien ce que le Seigneur nous propose en disant aujourd’hui :
« Ne craignez pas !»
Ne craignez pas d’être vous-mêmes !
Ne craignez pas de rencontrer l’autre !
Ne craignez pas de vous ouvrir à une troisième voix qui est la voix de l’Esprit.
Prière universelle
- Bien des hommes ont, comme le prophète Jérémie, essayé de proclamer une parole libre, une parole de paix, malgré, parfois, l’hostilité. Seigneur, nous te confions tous ceux qui, au nom de leurs convictions, de leurs prises de positions, de leur foi, sont pourchassés, réduits au silence.
- Seigneur, nous te prions pour nos élus, qui vont reprendre cette semaine leurs débats à propos de la fin de vie. Nous te demandons d’éclairer les consciences, pour qu’ils orientent notre pays sur le chemin de la vie et que soit toujours reconnue, protégée et respectée la dignité de toute personne.
- En ce jour de fête de la musique – un peu perturbé par la chaleur – nous te prions pour tous ces artistes qui mettent leur don au service des autres ; nous te rendons grâce pour les musiciens, les animateurs et animatrices de chant, qui contribuent par leur don musical au soutien de notre prière et à l’annonce de l’Évangile
- Seigneur, nous te confions tous les papas, dont c’est la fête aujourd’hui.







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