Accueil
Dans la première Lecture, le prophète Isaïe s’adresse à ceux qui sont exclus des célébrations religieuses en Israël, les étrangers. Il leur fait la promesse que, s’ils respectent le sabbat, les préceptes de la Loi, Dieu les reconnaitra.
« Ma maison sera une maison de prière pour tous les peuples . »
Dans l’Evangile, c’est une étrangère qui crie sa souffrance, désemparée par la maladie de sa fille. Tout semble lui faire obstacle : la maladie, le barrage des disciples, et Jésus qui refuse . Et pourtant, elle ne se décourage pas. Elle va jusqu’à consentir à faire partie des petits chiens qui se nourrissent des miettes tombées de la table .
Devant tant de détermination, Jésus se laisse toucher. Cette femme a placé son espérance au dessus de toute autre considération et a mis sa foi en lui au nom de l’amour qu’elle porte à sa fille.
A la suite de la cananéenne, ne craignons pas de persévérer dans nos prières, d’entrer en conversation avec le Christ. Il ne reste pas sourd à nos supplications.
Lectures du jour
Homélie du Père Denis Trinez
Homélie retranscrite ci-dessous
UNE MIETTE SUFFIT QUAND DIEU DONNE TOUT
Dans la spiritualité ignatienne, héritée de saint Ignace de Loyola, on commence souvent par observer les personnages présents dans la scène.
Quels personnages voyez-vous ici ? Qui reconnaissez-vous dans cette scène, et comment les identifiez-vous ?
La mère, oui.
Les apôtres, et Jésus. Mais ne manque-t-il pas encore quelqu’un ?
La fille malade, bien sûr. Elle n’est pas physiquement présente, mais elle demeure au cœur de la scène. Pourtant, il me semble qu’il manque encore quelqu’un, ou même plusieurs personnes.
La foule. Et qui fait partie de cette foule ? Nous aussi, en réalité.
Nous sommes donc inclus dans cette histoire. L’Évangile, écrit par Matthieu, s’adresse aussi à nous.
En effet, Jésus ne s’adresse pas seulement à ceux qui sont présents dans cette scène ; il nous parle aussi à nous, dans notre contexte de vie.
Nous faisons donc partie de cette scène, comme de toutes les scènes et de toutes les paroles de l’Évangile : nous sommes impliqués dans le texte et dans ce qui s’y joue.
C’est essentiel pour comprendre l’Évangile d’aujourd’hui : il ne s’agit ni d’un rapport de police ni d’une enquête journalistique, mais d’un récit qui vient nous rejoindre personnellement.
Il a donc quelque chose à nous dire pour notre propre vie. L’Évangile vient nous transformer.
Alors que se passe-t-il ?
La femme dont il est question est cananéenne. Ce détail est important : elle n’est pas seulement étrangère, elle appartient à un peuple marqué par une longue hostilité avec les Juifs.
Les Cananéens étaient profondément méprisés par les Juifs. Cette opposition remontait à l’arrivée des Hébreux dans la terre qui deviendrait la leur : les Cananéens avaient été vaincus, et cette histoire avait laissé une haine ancienne.
Cette tension demeure présente, d’autant que la scène se déroule dans la région du Liban.
Les Cananéens occupaient donc une place à part : ils ne pouvaient pas devenir prosélytes, c’est-à-dire entreprendre une démarche pour adhérer à la foi juive.
Certains peuples, dont les Cananéens, n’avaient pas accès à cette possibilité de conversion à la religion juive.
On comprend alors mieux l’enjeu : cette femme n’est pas simplement une étrangère, elle est cananéenne. Dans le langage courant des Juifs de l’époque, on ne parlait pas d’eux comme de « petits chiens », mais comme de « chiens ».
Autrement dit, le terme était dur et méprisant.
C’est donc bien plus qu’une affaire de peuple étranger, c’est une affaire de peuple détesté, et cette détestation est mutuelle.
Jésus est donc juif. Cet Évangile pourrait-il laisser penser qu’au début, il partage cette hostilité lorsqu’il parle de « petits chiens » ?
Certes, il atténue l’expression, mais elle demeure très dure.
Faut-il comprendre que Jésus adhère à cette vision parce qu’il est juif, ou faut-il lire la scène autrement ? Je crois qu’une autre interprétation est possible.
Essayons de le comprendre. Dans la première lecture, tirée du livre d’Isaïe, une perspective universaliste apparaît déjà. Le peuple juif est appelé à retrouver une foi profonde, à se rassembler dans la lumière de Dieu et, par-là, à attirer tous les peuples vers cette même lumière.
Telle est l’ouverture universelle déjà annoncée par Isaïe : lorsque le peuple devient pleinement ce qu’il est appelé à être, les autres peuples peuvent à leur tour venir à la lumière.
Il semble que Jésus a commencé dans cette perspective. Il a commencé en disant : « Je vais annoncer la Bonne Nouvelle à Mon peuple, ils vont se convertir et de là, ce peuple va annoncer la Bonne Nouvelle à travers le monde entier »
Mais les événements ne se sont pas déroulés ainsi.
Certes, les apôtres étaient juifs. Pourtant, ceux qui auraient dû guider le peuple et l’entraîner vers Dieu se sont fermés. Leur résistance est devenue si forte qu’elle a conduit jusqu’à la mort du Christ.
Ainsi, au fil de l’Évangile, ce blocage apparaît de plus en plus nettement, jusqu’à l’issue que nous connaissons.
Jésus comprend peu à peu que le dessein d’amour de Dieu son Père, qu’il partage pleinement, devra s’accomplir autrement. Cette prise de conscience se fait progressivement.
On pourrait imaginer Jésus comme un être programmé, avançant selon un plan déjà fixé, où chaque étape se déroulerait automatiquement.
Mais cette vision ne respecte pas pleinement l’humanité du Christ. Jésus n’est pas né en récitant la Torah : comme tout enfant, il a appris à parler, à appeler ses parents, à exprimer sa faim et sa soif.
Certains évangiles apocryphes présentent Jésus enfant comme un prodige, accomplissant sans cesse des miracles, jusque dans les jeux de son âge.
Une telle représentation ne rend pas justice au mystère de l’Incarnation.
Jésus accueille les événements et, peu à peu, entre, toujours davantage, dans la conscience et la puissance de sa mission de salut.
Cela peut nous déranger, car nous imaginons parfois que Jésus savait tout d’avance, comme si tout était déjà inscrit dans son esprit. Mais cette manière de voir ne respecte pas pleinement le mystère du Christ.
Or, le Christ a réellement voulu partager notre condition humaine. Nous ne savons pas toujours, la veille, ce que le lendemain nous réserve ; lui aussi a accepté d’avancer dans cette condition.
En rencontrant cette femme, Jésus vit une expérience décisive : il découvre que les païens peuvent eux aussi accéder directement à l’amour de Dieu et s’y ouvrir pleinement.
Il n’est donc plus nécessaire de passer par la circoncision, les rites ou les pratiques religieuses : la porte s’ouvre immédiatement. Et c’est une bonne nouvelle pour nous. La rencontre avec la Cananéenne devient pour Jésus un moment décisif : à travers elle, il entend comme une parole de son Père.
Cette femme, issue d’un peuple méprisé, devient ainsi une Bonne Nouvelle pour Jésus lui-même.
C’est bouleversant ! Par sa foi, la Cananéenne ouvre à Jésus la voie de sa vocation la plus profonde : offrir d’emblée le salut à tous les peuples.
Que demande Dieu ? La foi.
Que faut-il pour s’ouvrir à cet amour ? Non pas d’abord des rites, des pratiques ou des gestes de purification répétés, mais un cœur croyant.
Ce qui est demandé à ceux qui veulent entrer dans la Parole de Dieu, c’est de croire au message du Christ et de chercher à en vivre.
Voilà le véritable basculement : sans passer par un long processus, nous pouvons entrer directement dans cette vie nouvelle, une vie qui donne sens et se répand autour d’elle.
Le Seigneur nous dit : « Si vous voulez que votre vie devienne un miracle d’amour, de joie et de paix, une seule chose vous est demandée : ouvrez-vous à la Bonne Nouvelle, comme la Cananéenne. »
C’est ainsi que cet Évangile nous rejoint. Nous faisons partie de la scène : en nous montrant la Cananéenne, Jésus nous invite à devenir comme elle. Elle devient pour nous un chemin, comme Marie à Cana.
À Cana, Marie demeure dans la foi. Même lorsque Jésus lui répond : « Femme, que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore venue », elle ne renonce pas et dit aux serviteurs : « Faites tout ce qu’il vous dira. »
Marie ne lâche pas la main du Christ, même lorsque sa réponse paraît austère. De même, la Cananéenne tient bon et ne renonce pas.
Elle dit que, même les petits chiens peuvent recevoir les miettes. Voilà la foi que Jésus nous appelle à vivre : une foi qui dure, qui tient bon, qui se purifie peu à peu et s’ouvre aux miracles que Dieu peut accomplir dans notre vie.
Aujourd’hui, le Seigneur nous invite à entrer dans cette foi.
Ce qui est décisif dans cet Évangile, c’est que cette femme garde la foi, quoi qu’il arrive.
Elle semble dire : « Non, Seigneur, je ne lâcherai pas ta main. Je veux que Tu m’écoutes. J’ai besoin de Toi. »
Et vous pouvez remarquer qu’elle va prendre tous les moyens.
Elle commence par dire « Jésus, Fils de David ». Elle prend le vocable des juifs. Comme cela ne marche pas, elle dit « Seigneur », c’est ce que disaient les païens. Et finalement, elle dit : « Moi je ne mérite rien, mais je sais que tu peux me donner tout ».
Et les miettes, les miettes, des miettes …. Il n’y a pas de miettes dans le Cœur de Dieu. Tout est entier !
Cela veut dire que le Seigneur quand Il donne son Amour, Il donne TOUT. Donc ces miettes c’est TOUT.
Tout à l’heure, si vous le souhaitez, si vous le voulez, si vous pouvez, vous recevrez une miette, une toute petite miette, une hostie.
Pensez-vous qu’il y un tout petit peu d’Amour de Dieu dans l’Hostie. Il y a TOUT, il y a TOUT.
Et dans cet Amour que Dieu donne à la cananéenne, il y a TOUT. Parce que Jésus, en fait, a poussé la cananéenne à avoir une Foi totale comme Il pousse Marie à Cana à avoir une Foi totale.
Comme Il nous demande à nous aussi aujourd’hui de Lui faire un crédit total pour nous donner TOUT.
Désirons-nous vraiment recevoir la plénitude de l’amour de Dieu ?
Si oui, accueillons-Le avec confiance et ouvrons-lui largement notre cœur.
Alors demandons-Lui cette grâce : recevoir TOUT son amour et Le laisser transformer notre vie.
Oui, Seigneur, nous voulons T’accueillir.
Merci, Seigneur, pour ce don total de Ton Amour.
Prière universelle
- Pourqu’au sein de notre communauté nous puissions trouver de nouvelles façons de proclamer l’Evangile,
Prions le Seigneur avec humilité et audace.
- Les dons gratuits du Père sont pour tous ses enfants, en particulier pour les oubliés de la société. Pour que le cri des pauvres soit mieux entendu, mieux écouté,
Prions ensemble.
- Pour que nous arrivions à aimer nos frères quelle que soit leur religion et à les accueillir avec générosité,
Prions le Seigneur.
- Pour que la foi en Jésus Christ suscite notre prière suppliante et insistante et qu’elle nous permette de vivre dans l’espérance,
Prions le Seigneur.







Laisser un commentaire