A l’aube de la nouvelle année, il est de tradition d’échanger nos vœux. Nous le savons tous, un changement d’année n’est pas magique : 2026 sera la continuité de 2025. Mais ce 1er mois de l’année nous invite à faire le point sur l’année écoulée et à regarder celle qui s’ouvre devant nous.
En Sud Charente, ces derniers mois ont été marqués par bien des inquiétudes. Nous pensons à la crise du Cognac, qui n’a pas fini d’avoir des répercussions auprès des vignerons et de toute la filière viticole. Nombreux sont ceux qui réfléchissent à des solutions de secours et à des transitions, pour maintenir une activité dans les exploitations et des revenus à leur foyer.
Plus largement, nous entendons la peine et la souffrance des éleveurs et des agriculteurs. Même si ceux-ci sont de moins en moins nombreux au sein de nos communes, leurs difficultés augmentent. Leur présence au milieu de nous, leur travail précieux – que l’on peut admirer en contemplant la campagne et en consommant leurs produits – nous les rendent proches.
Viticulteurs, agriculteurs, éleveurs : nous voulons rester à leurs côtés et les assurer de notre soutien.
Notre monde rural est secoué par bien des changements et des défis, et il n’échappe pas aux grands mouvements du monde. Les inquiétudes liées à l’actualité nationale et internationale pénètrent nos esprits et nos maisons. Nous pensons notamment à l’intelligence artificielle qui se développe rapidement, pour le meilleur et pour le pire, et ouvre des possibles que personne ne maîtrise encore.
Nous comprenons que la vérité est facilement brouillée et que la désinformation et le mensonge tendent à s’imposer rapidement.
A n’en pas douter, nous devrons apprendre en cette année 2026 à être toujours plus vigilants sur la qualité et la véracité de ce que nous entendons, voyons et recevons, pour ne céder à aucune peur ni aucune facilité de penser. Des idées politiques ou des personnalités cherchent à polariser la société en nous dressant les uns contre les autres, et risquent de briser une unité si difficile à construire. Œuvrons pour l’unité, l’écoute bienveillante, la paix entre nous.
D’un point de vue éthique, 2026 sera marquée par des décisions à propos de la fin de vie. La question, brûlante, peut réveiller des situations familiales douloureuses. Notre considération de la beauté de la vie humaine jusqu’en sa fragilité et notre engagement à une fraternité radicale ne peuvent nous laisser croire qu’un soin peut devenir l’administration d’un produit létal et qu’un droit à l’euthanasie ne menacerait pas les personnes les plus vulnérables et les liens familiaux. Préférons le choix de l’humanité à celui de l’abandon, de la relation à celui de la solitude, du soin à celui de la résignation.
2026 sera aussi l’année des élections municipales, au mois de mars. Nos communes rurales n’échappent pas à cette étape de la vie démocratique, et l’on sait tous les enjeux de telles élections dans nos villages. Qu’avec ces quelques mots, soient remerciés toutes celles et tous ceux qui ont œuvré et qui se sont donnés ces dernières années. Nous portons déjà dans notre prière toutes celles et tous ceux qui s’engageront prochainement pour le bien commun, la vitalité de nos communes, la solidarité avec les plus nécessiteux et en faveur du lien social entre les générations. L’échelle municipale n’est-elle pas le lieu où se réalisent le plus concrètement l’ouverture et l’accueil de tous, l’entraide et les dynamiques les plus fondamentales pour la vie en société ? Que la période électorale et les élections à venir nous offrent de nous retrouver autour de projets fédérateurs et dynamisants.
Avec les catholiques des paroisses du Sud Charente, l’année 2025 a été marquée par la « Caravane de l’Espérance », qui a traversé de l’Ascension à la Pentecôte dernières 45 communes, participant, à sa façon à la rencontre, la fraternité, l’écoute et l’accueil mutuels, et à l’unité de ce grand territoire.
Dans la suite, cette année 2025-2026 est voulue à la lumière de l’Eucharistie. Non pour focaliser sur un rite que beaucoup ne pratiquent plus ou très occasionnellement. Mais parce que nous croyons que là est le lieu et le moment de la célébration d’une communion : celle avec Dieu, en Jésus-Christ, et celle entre tous les hommes. L’eucharistie est à la fois un don et une nourriture pour vivre de façon plus profonde et réelle la fraternité avec tous. Dans la suite de ce que nous avons voulu vivre en 2025 avec l’année sur l’espérance, l’eucharistie ouvre et porte le témoignage d’une espérance plus forte que les espoirs auxquels nous essayons de nous accrocher de façon parfois illusoire.
Cette dynamique, nous voulons la vivre avec ceux qui souffrent, qui sont inquiets, qui sont isolés. Avec aussi tous ceux qui s’engagent, chacun à sa mesure, au service des autres et jusque silencieusement dans l’anonymat ou la prière.
Ces vœux ne sont pas des vœux pieux. Ils ne prédisent pas une année sans épreuve, ni combat, ni aspérité. Ils appellent une réalité que nous désirons vivre avec toutes celles et tous ceux qui ne veulent pas subir les bruits du monde, mais qui veulent construire, parfois laborieusement mais résolument, un quotidien et un futur heureux.
Nous croyons que nous ne sommes pas seuls à désirer vivre ainsi chaque jour de cette nouvelle année. Dieu, qui se donne en chaque eucharistie dans le pain et le vin « fruits de la terre, de la vigne et du travail des hommes » et devenus Corps et Sang du Christ, est présent au cœur même de nos défis et de nos élans, de nos projets et jusque dans nos échecs. Que ces mots reçus au cours de la messe du 1er janvier, rejoignent chacune et chacun et nous donnent force pour avancer ensemble au long des jours :
“ Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’il t’apporte la paix !” (Livre des Nombres 6, 26).
Dans la joie et la confiance, recevez mes meilleurs vœux pour cette année 2026 !
P. Benoît Lecomte, doyen du Sud Charente






Laisser un commentaire