Lundi 2 février 2026
Présentation de Jésus au Temple
Chalais – Barbezieux
Qui est-il, celui qui est présenté au Seigneur ? C’est le Seigneur lui-même.
Qui est-il, celui qui est amené au Temple ? C’est le nouveau Temple lui-même.
Qui est-il, celui qui est reconnu par les prophètes Syméon et Anne ? C’est la Parole prophétique faite chair.
Qui est-il, celui qui est aujourd’hui consacré ? C’est celui à qui nous désirons consacrer notre vie.
Qui est-il, celui que ses parents portent ainsi selon la tradition des anciens ? Un bébé. Le Fils de Dieu fait homme, un enfant semblable à nous, devenu notre frère. Mais « il lui fallait se rendre en tout semblable à ses frères, pour devenir un grand prêtre miséricordieux et digne de foi pour les relations avec Dieu, afin d’enlever les péchés du peuple », rappelle la lettre aux Hébreux. Il lui fallait devenir un enfant et un homme tout comme nous, pour qu’avec lui et par lui nous soyons portés ainsi dans le Temple, présentés, avec lui et par lui au Seigneur, consacrés avec lui et par lui à son Père et notre Père.
La vie publique de Jésus ne commence pas après son baptême, à 30 ans. Et le salut qu’il offre à tous et qu’il révèlera comme en un sommet sur la croix, est déjà réalisé ici, en cette humble scène cachée de presque tous, connue de quelques-uns seulement, dans un coin du Temple, selon une ancienne tradition. Il ne parle pas encore, ne marche pas encore, il n’a que quelques jours, mais déjà, par lui et avec lui, parce qu’il est Dieu fait homme, toute l’humanité est consacrée et portée devant le Seigneur. Il est « la gloire des nations », s’écrit le vieillard, et Anne a raison de proclamer les louanges de Dieu en parlant de l’Enfant autour d’elle. La Lumière s’est levée, l’humanité est entrée dans une nouvelle ère qui marque déjà la fin des temps : quand nous serons toutes et tous en Dieu. Avec lui et par lui, déjà nous le sommes.
N’y a-t-il pas de quoi être signe de contradiction pour le monde ? C’est cela, être « consacré » au Seigneur. Ce n’est pas être dans une bulle confortable coupée du monde, loin des préoccupations de nos contemporains, déchargé de toutes les inquiétudes de notre temps. C’est au contraire vivre en ce monde en étant comme un glaive qui vient trancher les logiques du monde pour y révéler une autre logique, celle de Dieu, celle du don. Une lettre des premiers siècles de l’Eglise, que l’on appelle « Lettre à Diognète », parle ainsi des chrétiens : « Ils se conforment aux usages locaux pour les vêtements, la nourriture et le reste de l’existence, tout en manifestant les lois extraordinaires et vraiment paradoxales de leur manière de vivre. Ils résident chacun dans sa propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés […] Ils sont dans la chair, mais ils ne vivent pas selon la chair. Ils passent leur vie sur la terre, mais ils sont citoyens du ciel. Ils obéissent aux lois établies, et leur manière de vivre est plus parfaite que les lois […] Les chrétiens sont comme détenus dans la prison du monde, mais c’est eux qui maintiennent le monde. » La consécration de Jésus au Temple est devenue la fête de tous les consacrés, de toutes celles et tous ceux qui ont choisi de répondre à l’appel de Dieu en donnant toute leur vie au Christ. Nous prions pour eux au cours de cette eucharistie, rendant grâce pour leur réponse et leur vie, confiant celles et ceux pour qui la route peut être plus difficile. Mais chacun de nous, ayant reçu l’onction d’huile sainte au jour de son baptême, n’a-t-il pas été consacré aussi au Seigneur ? Et depuis ce jour, nous sommes nous aussi appelés à vivre une « vie en Dieu » qui vient confondre les logiques du monde et les violences du temps, en apportant non pas notre lumière, mais Jésus, le Christ, qui est la Lumière des nations et qui par l’Esprit, poursuit son œuvre jusqu’à son accomplissement.
Par sa présentation au Temple, Jésus, devenu « grand prêtre » comme le dit la Lettre aux Hébreux, nous a déjà sauvé. Par l’onction que nous avons reçue et le baptême dans la mort et la résurrection de Jésus, nous aussi avons été consacrés au Seigneur, avec lui et par lui. Vivons donc en Eglise comme des enfants de la Lumière, des fils et des filles du jour, qui placent l’amour de Dieu, le pardon, la fraternité et la communion comme principe de toute vie sociale et communautaire. Qui placent la logique du don à la racine de tout engagement. Parce que par la présentation de Jésus au Temple, toute notre existence a déjà été présentée au Seigneur, et tout désormais lui appartient.
L’évangile termine en racontant que « l’enfant grandissait et se fortifiait, rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui. » Qu’il en soit aussi ainsi pour nous.
Amen.
P. Benoît Lecomte






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