Christ est ressuscité ! Il a vaincu la mort ! Alléluia !
« Celui qu’ils ont supprimé en le suspendant au bois du supplice, Dieu l’a ressuscité le troisième jour. Il lui a donné de se manifester, non pas à tout le peuple, mais à des témoins que Dieu avait choisis d’avance, à nous qui avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts. Dieu nous a chargés d’annoncer au peuple et de témoigner que lui-même l’a établi Juge des vivants et des morts ». Cette acclamation de Pierre chez le centurion de l’armée romaine est aussi la nôtre ce matin. Non seulement le cri de l’annonce de la résurrection de Jésus, mais aussi la compréhension qu’il nous revient, désormais, d’être les témoins de cette nouvelle réalité.
Mais comment faire ? Tout cela est-il bien réaliste ? Cette annonce pourrait n’être qu’un doux rêve. Une sorte d’illusion portée par une foi hors sol. Une nourriture facile pour optimistes naïfs. Car si Jésus « a tout réconcilié par le sang de la croix » et si sa passion – résurrection est signe d’une réconciliation enfin retrouvée… force est de constater que seuls ceux qui veulent bien y croire adhèreront. Il n’y a pas longtemps à passer pour voir les dégâts dans notre monde, les violences et l’injustice proliférer, la division gagner chaque jour un peu plus de terrain, et les quelques paroles invitant à la paix et au dialogue, bâillonnées. La Bonne Nouvelle de Pâques a-t-elle un poids de réalité, ou est-elle un simple chant pour croyants éthérés ? Que fait Pierre et que faisons-nous ce matin : nous distrayons-nous joyeusement et nous bandant les yeux, ou annonçons-nous un réel changement de régime pour notre monde ?
A moins que l’annonce de la résurrection de Jésus ne nous projette pas dans un monde parallèle au notre, mais nous enracine encore davantage en notre monde, tel qu’il est. L’annonce de la résurrection du Christ ne fait pas l’impasse sur l’existence de la mort et du tombeau. L’histoire sainte elle-même est marquée par cette présence du mal qui, partout, s’insinue mais qui, partout aussi, est vaincue par la fidélité de l’amour de Dieu, par son pardon et son Alliance inébranlable. L’annonce de Pâques nous dit que tout est accompli. Et cela l’est sûrement, car Dieu ne pourra rien nous dire de plus que ce qu’il nous a dit cette nuit par la résurrection de Jésus. Le silence et le tombeau vide sont Parole décisive, définitive et totale de Dieu. Il n’y a et il n’y aura rien de plus à dire que ceci : « Christ est ressuscité ». « Il vit, et il cru. » Alors devant les cataclysmes en tous genres qui continuent de se produire partout autour de la planète, entre nous et parfois en nous, l’annonce de Pâques nous invite à rester éveillés, les yeux ouverts, à voir ce qui ne se voit pas toujours d’un premier abord, mais à repérer les forces de pardon, d’unification, de bienveillance, d’entraide, de service, de dialogue, d’humilité et de relèvement, à les faire se lever quand elles n’existent pas assez, et à y participer activement non du bout des doigts ou sur nos temps libres, mais de toute notre existence. L’annonce de la résurrection de Jésus, loin de nous projeter dans un monde irréel, nous renvoie à ce monde dans lequel nous vivons, pour vivre de cette Bonne Nouvelle. Car si nous ne pouvons que constater la poursuite ininterrompue des violences, des conflits et des divisions, nous pouvons aussi mettre toute notre confiance dans cette annonce. Celui qui était mort, celui qu’on a crucifié, celui qui a donné sa vie jusqu’au bout en son dernier repas et sur la croix, celui-là est bien revenu à la vie, il est vivant à jamais et il entraine à sa suite tous ceux qui lui ouvrent leur cœur et leur vie. N’est-ce pas l’expérience que nous faisons-nous-mêmes lorsque nous nous présentons à lui désarmés devant notre misère et nos peurs et lui demandant sa miséricorde ? Ou quand nous nous désaltérons aux sacrements de l’Eglise qui actualisent en nous l’œuvre de sa promesse ? Ou quand nous nous déployons dans le service des uns pour les autres, dans la fraternité et la confiance ? Ou quand nous sommes témoins de retours à la vie, à la joie et à la paix après des temps de rupture, d’épreuve, de petite mort ? Ou encore quand nous nous recevons mystérieusement en une seule et même Eglise, malgré notre diversité, devenant signe d’unité possible et de réconciliation pour le monde ?
La résurrection de Jésus accomplit le plan de Dieu et sa promesse. Mais Dieu ne nous sauve pas sans nous, sans son peuple. Cet accomplissement passe par nous, au-dedans de nous. C’est ce que nous vivons dans le baptême que nous avons reçu et dans lequel Nolan, Maëlya et Eloïse vous allez être plongés. Par ce baptême, vous vivez en votre propre histoire l’événement de Pâques, pour une vie nouvelle dans le Christ. Et vous devenez témoins, avec nous tous et en Eglise, de cette Bonne Nouvelle. L’annonce de la résurrection de Jésus n’est pas la promesse d’une vie future meilleure, mais l’annonce d’une transformation radicale de notre vie, « une vie nouvelle », dès aujourd’hui. Nous devenons, tous ensemble, le signe non pas hors sol, mais bien réel de cette résurrection, par notre nouvelle manière de vivre qui réalise ce qui était inimaginable. Nous devenons cette « pâte nouvelle libérée des vieux ferments, pain de la Pâques » pour notre monde, comme le disait Saint Paul.
Avec Nolan, Maëlya et Eloïse, réveillons les sources de notre baptême. Replongeons à l’annonce première de la résurrection de Jésus. Réentendons l’appel de Dieu à vivre en femmes et en hommes nouveaux, et répondons-lui par toute notre existence. En cette eucharistie, mangeons et buvons avec le Seigneur Ressuscité pour devenir son Pain pour notre temps.
Oui, Christ est ressuscité ! Aux carrefours de notre monde, vivons en ressuscités avec lui ! Alléluia !
P. Benoît Lecomte








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