Homélie du Jeudi Saint 2026, par le P. Maxime Petit

Barbezieux - Baignes - Barret

Publié le 2 avril 2026

          Imaginez qu’un samedi soir, vous décidez d’inviter une personne importante à dîner. Je ne sais pas, votre patron, le maire de votre ville ou quelque notable. Pour le recevoir, vous avez mis les petits plats dans les grands. Vous avez tout fait pour que le dîner soit parfait. Le rôti est cuit à la perfection. Le vin est choisi et carafé. Le fromage est sorti pour ne pas être trop froid. Tout est pensé et calculé.

          Et là, entre les œufs mimosa et le rôti, votre invité quitte sa veste, noue sa serviette de table autour des reins et vous demande si vous n’avez pas une bassine pour vous laver les pieds… Toutes les personnes autour de la table vont se regarder, stupéfaites. Il est même probable que jaillissent des petits rires gênés… Mais l’invité n’en démord pas ! Il veut une bassine, de l’eau et une serviette ! Il veut vous laver les pieds. Alors, on s’exécute, mal à l’aise. Malaise qui risque d’augmenter lorsqu’ il arrivera à vos pieds.

          Si je vous propose ce soir ce petit exercice d’imagination, c’est parce que l’on s’est un peu trop habitués à ce geste du lavement des pieds. Ça nous paraît presque normal que Jésus sorte de table pour laver les pieds de ses disciples. Mais je crois qu’il faut se rendre compte de l’étrangeté de la situation. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ça n’est pas conventionnel. C’est même extrêmement gênant de voir le notable, le chef, qui est aussi l’ami en l’occurrence, poser ce geste, le geste de l’esclave.

          Je crois que cela nous aide à comprendre ce que ressent saint Pierre lorsqu’arrive son tour. Il est interloqué : « c’est toi, Seigneur, qui me lave les pieds ? ». Il a l’habitude que Jésus pose des gestes un peu décalés : qu’il touche un lépreux ; qu’il discute avec une Samaritaine ; qu’il se laisse parfumer les pieds par une prostituée. Mais là, c’est encore plus étrange ! Le Maître se fait esclave ! Le Chef se fait serviteur ! Dieu se met à genoux devant l’homme pour la tâche la plus ingrate qui soit : laver sa bassesse, essuyer sa petitesse.

          Le geste est tellement décalé que Jésus est obligé d’interroger ses disciples : « Comprenez-vous ce que je viens de faire pour vous ? » « Non, Seigneur, nous ne comprenons pas. Car c’est incompréhensible ce que tu viens de faire ».

          Jésus prend donc la peine d’expliquer : « si moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres ». Autrement dit, la première raison est de donner un exemple. C’est pour cela que je vais reproduire dans quelques instants ce geste de Jésus en lavant moi aussi les pieds de plusieurs membres de notre assemblée. Mais il est bien évident que la requête de Jésus est plus large. Par ce geste, il demande à ses disciples, et donc à chacun d’entre nous, d’être les serviteurs de ce monde. Allez, j’ose utiliser ce mot horrible qui sonne mal à nos oreilles contemporaines : Jésus nous appelle à être les esclaves de nos frères. Esclaves, non parce que nous perdrions notre liberté, mais au contraire, parce que librement, nous acceptons de nous mettre au service de leur croissance, y compris s’il faut pour cela nous abaisser jusqu’à terre. Les parents parmi nous connaissent bien cela. Car c’est par amour et librement que, pendant de longs mois, ils changent les couches de leur bébé. C’est par amour et librement que, pendant de longues années, ils tiennent tête à leurs ados pour leur permettre de trouver leur place dans ce monde.

          Par ce geste du lavement des pieds, Jésus nous appelle à nous abaisser devant nos frères, à accepter que les choses ne se passent pas comme prévu, à imiter la douceur et l’humilité de son cœur dans lequel nous plongeons le nôtre.

          Mais à cette première raison du lavement des pieds, il me semble que Jésus en ajoute une seconde. Non pas dans ses paroles explicatives, mais indirectement, dans son dialogue avec Pierre.

          Car ce dernier n’arrive pas à accepter ce geste. A son habitude, son cœur commence par s’enflammer : « Tu ne me laveras pas les pieds, NON JAMAIS ! ». Ce à quoi Jésus répond calmement : « si je ne te lave pas les pieds, tu n’auras pas de part avec moi ».

          Autrement dit, laver les pieds n’est pas qu’un modèle à imiter. Il faut encore consentir à SE LAISSER laver les pieds par Jésus. C’est-à-dire accepter ce renversement du Dieu qui se met à genoux devant nous. Jésus ne veut pas laver la tête, les mains ou les yeux. Il veut nous laver les pieds, tout en bas, pour nous montrer que c’est tout notre être qu’il est venu sauver.

          Pierre aurait préféré inverser les rôles et lui-même laver les pieds de Jésus. Ça aurait été plus confortable finalement. Mais non, Jésus lui demande de se laisser laver, autrement dit de se laisser sauver. Pierre, « si je ne te lave pas les pieds, tu n’auras pas de part avec moi ». Comme ce soir, il dit encore, N., « si je ne te lave pas les pieds, tu n’auras pas de part avec moi ». N., « si je ne te lave pas les pieds, tu n’auras pas de part avec moi ». N., « si je ne te lave pas les pieds, tu n’auras pas de part avec moi ».

          Il me semble que cela éclaire le mystère de l’Eucharistie que nous honorons particulièrement ce soir. En effet, dans une parfaite continuité, c’est précisément ce qui se passe encore lorsque nous recevons le Corps et le Sang du Christ. Comme Jésus le disait plus tôt dans l’évangile : « si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous ». Et encore : « qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui ».

          On a tendance à penser que la communion est un acte de notre part. On s’avance vers lui dans la file de communion. On mange son Corps. On boit son Sang. Or, ce que nous découvrons ce soir, c’est que C’EST LUI qui vient à notre rencontre. C’est LUI qui nous saisit. C’EST LUI qui nous lave les pieds pour que nous puissions prendre part à sa vie. Comme le rappelait si bien le Pape Benoît XVI avec des mots choisis : « Alors que la nourriture corporelle est assumée par notre organisme et contribue à son entretien, dans le cas de l’Eucharistie il s’agit d’un Pain différent : ce n’est pas nous qui l’assimilons, mais c’est lui qui nous assimile, de sorte que nous devenons conformes à Jésus-Christ, membres de son corps, une seule chose avec Lui ».

          Alors ce soir, chers frères et sœurs, je n’ai pas d’autre appel que celui-là. Laissons-nous assimiler par Jésus ! Laissons-nous sauver dans son Eucharistie ! Et, devant le reposoir où il nous attend, rendons grâce pour son sacrifice d’amour. Notre Dieu s’est fait homme pour que l’homme soit Dieu. Notre Dieu s’est fait nourriture pour nous donner sa vie. Amen.

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