Chers frères et sœurs,
En ce début d’année liturgique où nous lisons l’évangile selon saint Matthieu, nous avons la chance de suivre pas à pas une figure qui bien souvent reste dans l’ombre, à savoir saint Joseph. Souvenez-vous, déjà il y a quinze jours, c’est lui qui était mis à l’honneur par la Parole de Dieu lorsqu’il recevait sa vocation de devenir le père adoptif de Jésus.
Ceux qui étaient présents s’en souviennent – du moins j’espère – je m’étais permis de fustiger ce que je considère être une exégèse simplificatrice de ce passage biblique. Une exégèse qui consiste à faire de Joseph un simple pion qui n’a qu’à obéir à la volonté divine. Face à cela, j’ai développé une interprétation qui accentue la vocation de Joseph comme une synergie entre deux libertés. Dieu ne lui disant pas : « Fais ceci et tais-toi ! » mais « ne crains pas de prendre chez toi ton épouse ». Dieu ne contraint pas, il propose. Dieu n’oblige pas, il ouvre un espace de liberté pour que l’homme réponde à son appel.
Pourquoi est-ce que je vous dis tout cela, chers frères et sœurs, eh bien parce qu’une lecture un peu rapide de l’évangile de ce jour semble s’opposer à cette interprétation. L’ange dit : « lève-toi, prends l’enfant et sa mère et fuis en Egypte ». Joseph se lève, prend l’enfant et sa mère et fuis en Egypte. L’ange dit : « lève-toi, prends l’enfant et sa mère, et pars pour le pays d’Israël ». Joseph se lève, prend l’enfant et sa mère et entre dans le pays d’Israël. Ce n’est pas franchement ce que l’on pourrait appeler une « synergie de libertés ». Cependant, chers frères et sœurs, comme dans l’évangile du quatrième dimanche de l’Avent, je crois que cette lecture autoritariste de l’Ecriture est trop partielle, trop étroite. Car, si Joseph accomplit effectivement à la lettre et sans attendre la volonté de Dieu, l’évangéliste n’omet pas de nous spécifier COMMENT il l’accomplit. Et là, on voit qu’il doit nécessairement user de sa liberté. Une liberté qui, du coup, n’est pas uniquement un concept abstrait, mais qui s’actualise à travers des faits, des gestes et surtout des vertus que Joseph met en œuvre. En effet, si Dieu lui demande de partir – et de revenir – c’est parce que lui, et lui seul, peut exercer cette responsabilité d’être le père adoptif de cet enfant. Et cela, il doit l’assumer avec tout son être.
La première vertu qu’il est appelé à exercer, c’est le courage. Face à la menace d’Hérode, Joseph ne traîne pas. Il ne commence pas à tergiverser, à chercher une solution de confort. Il se leva « dans la nuit » nous précise le texte. Je crois qu’il faut bien remettre les choses dans leur contexte. Prendre un nouveau-né et sa mère qui vient juste d’être délivrée pour fuir dans un pays étranger est un choix risqué, engageant, qui nécessite un vrai courage. Et apparemment, Joseph n’en manque pas.
Cela ne fait pourtant pas de lui un bourrin qui fonce tête baissée en toute circonstance. Joseph n’est pas une bête de somme chargée uniquement des basses besognes. Lorsque l’ange lui apparaît de nouveau, après la mort d’Hérode, Joseph est appelé à exercer une nouvelle vertu : le discernement. « Apprenant qu’Arkélaüs régnait à la place de son père Hérode, il eut peur de s’y rendre ». Sans connaître toute la situation politique, Joseph pressent que l’enfant Jésus n’est pas totalement hors de danger. Il doit donc à nouveau poser un choix difficile pour savoir où poser ses valises. C’est d’ailleurs là que sa volonté entre en synergie avec celle de Dieu. Car, grâce à sa crainte légitime, l’ange lui apparaît à nouveau : « averti en songe, il se retira dans la région de Galilée et vint habiter dans une ville appelée Nazareth ». Un choix qui, on le sait, s’avèrera payant puisque Jésus y vivra dans un climat propice à sa croissance humaine et spirituelle.
J’espère vous avoir convaincu, chers frères et sœurs. Là encore, pour qui prend le temps de la lire d’une manière attentive, l’Ecriture semble révéler non pas l’autoritarisme de Dieu mais son souci de voir l’homme exercer la liberté qu’il lui a offerte.
Cela a nécessairement un certain écho avec nos propres vies. Car, comme je le disais déjà il y a quinze jours, on aimerait bien que Dieu nous donne plus clairement sa feuille de route. On aimerait bien qu’il nous dévoile tout ce qu’il a décidé pour nous dans sa science éternelle. Mais on est toujours déçu dans ce genre de requête. Précisément parce que ce n’est pas ainsi que Dieu entre en relation avec nous. Il nous demande non seulement d’honorer notre liberté, mais surtout de l’exercer !
C’est pourquoi nous sommes appelés ce matin à nous interroger : quelles sont les vertus qui peuvent m’aider à entrer librement dans le dessein de Dieu ? Quelles sont les qualités dont je dispose et qui m’aident à exercer ma liberté ?
Pour les uns, ce sera peut-être comme saint Joseph le courage et le discernement. Mais pour les autres, la patience ? L’écoute ? La force ? Un sens aigu de la justice ? Une capacité particulière à favoriser la paix ? Quoi qu’il en soit, c’est avec TOUTE notre humanité, c’est-à-dire notre corps, notre sensibilité, notre intelligence, notre volonté et notre liberté, que nous sommes appelés à répondre à l’appel du Seigneur. Un appel qui, bien que personnel et particulier pour chacun, est toujours finalisé par un même but : devenir saint ! Alors chers frères et sœurs, prenons le temps de demander à Dieu d’éclairer nos vertus et fortifions-les pour entrer plus pleinement dans son dessein : faire de nous les saints dont le monde a tant besoin. Amen.






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