Homélie du dimanche 18 avril 2021 par le P. Benoît Lecomte

Barbezieux - Baignes - Barret

Publié le 18 avril 2021

Qui es-tu, Jésus ?

Qui es-tu, toi le ressuscité ?

Qui es-tu, ressuscité, pour apparaître au milieu des disciples en traversant les murs tel un fantôme, mais en ayant les marques de la passion dans ton corps et en mangeant du poisson grillé comme l’un de nous ?

Qu’es-tu donc devenu, toi qui était homme sur les routes de Palestine à la rencontre de tous les hommes, et qui es maintenant si surprenant, si inattendu, si insaisissable ?

Qui es-tu pour n’avoir plus que ces mots à la bouche : « La paix soit avec vous » ?

Qui es-tu pour que nous soyons si déstabilisés, si décontenancés, comme les apôtres, devant ces récits d’apparition toujours nouveaux pour nous ?

« Il ouvrit leur intelligence à la compréhension des Écritures. » Comme notre cœur, lui aussi, est lent à croire tout ce qu’ont dit les prophètes ! Comme notre intelligence se trouve bien limitée face à l’événement de la résurrection !

N’allons pas trop vite dans l’annonce pascale. Qu’en comprenons-nous vraiment ? Où en sommes-nous de notre foi ? Que transforme-t-elle réellement, concrètement dans notre vie ? La joie du matin de Pâques est-elle toujours ancrée profondément en nous ou était-elle joie réelle mais passagère ?

« Garde à ton peuple sa joie, Seigneur, toi qui refais ses forces et sa jeunesse ; tu nous a rendu la dignité des enfants de Dieu, affermis-nous dans l’espérance de la résurrection », disait la prière d’ouverture de notre célébration. Nous avons prié avec ces mots. Soyons honnêtes : nous n’en sommes qu’au balbutiement du Mystère. Vertige du prédicateur qui doit parler de ce qu’il ne connaît pas, mais qu’il découvre, petit à petit, pas à pas, comme chacun de nous.

Un refrain semble traverser les textes du jour. La résurrection de Jésus sonne comme la réponse au péché de l’homme. « Convertissez-vous donc et tournez-vous vers Dieu pour que vos péchés soient effacés », disait le livre des Actes. « Je vous écris cela pour que vous évitiez le péché », lançait la lettre de Jean, continuant ainsi : « C’est lui qui, par son sacrifice, obtient le pardon de nos péchés,
non seulement des nôtres, mais encore de ceux du monde entier » terminant par cette affirmation : « En celui qui garde sa parole, l’amour de Dieu atteint vraiment la perfection. » Jésus, dans l’évangile, reste sur le même thème disant que « la conversion serait proclamée en son nom,
pour le pardon des péchés, à toutes les nations. » « Garder la Parole, dans l’ouverture à l’intelligence des Ecritures mais aussi dans l’accomplissement du commandement de l’amour, donne à l’amour de Dieu t’atteindre en nous sa perfection. Cette perfection de l’amour, manifestée dans la résurrection de Jésus qui délivre l’homme du péché. Autrement dit, qui redonne à l’homme le sens, la direction de sa vie. Qui le réoriente vers son bonheur.

Car le péché en effet, dans son étymologie, désigne la flèche de l’archet qui loupe la cible. La cible, le but, c’est d’être heureux, c’est le bonheur de l’homme. Louper la cible, c’est louper le bonheur et tomber dans le malheur. Dire que la résurrection de Jésus nous libère du péché, c’est dire qu’elle nous remet dans la direction du but de notre vie, du bonheur. « Garde à ton peuple sa joie », disait la prière, et le psaume répondait : « Sur nous, Seigneur, que s’illumine ton visage. » En nous, Seigneur, que ton amour atteigne sa perfection !

Et nous, d’être dans le même clair-obscur que les apôtres, pris dans l’étonnement, la joie, la stupéfaction, l’incrédulité et l’espérance.

Et nous, comme notre monde. Traversé de toutes ces contradictions, pris dans son péché et tendu vers un horizon de lumière, désireux d’un amour parfait.

C’est ce monde de clair-obscur que vient travailler l’événement de la résurrection de Jésus. C’est ce monde que Dieu vient travailler par la résurrection de Jésus. Lui redonner « sa force et sa jeunesse », la jeunesse du Christ, l’espérance de la résurrection, la dignité des enfants de Dieu. A chacun de nous et à tout notre monde. Non comme une évidence – la résurrection ne sera jamais une évidence que l’on pourra mettre sous le nez de quelqu’un pour lui faire croire et adhérer – et ce ne serait même plus croire ! Non comme un événement soudain et magique. Mais comme un processus qui habite notre incarnation pour la faire grandir en convoquant notre liberté et la liberté du monde. Un processus comme une maturation prometteuse d’une réalité qui nous dépasse. Un processus de transformation et de réorientation de notre vie et de la vie du monde pour nous libérer du mal et du malheur et nous orienter vers la joie et le bonheur. Un jaillissement dans la lenteur et l’épaisseur des jours, à la mesure de notre acceptation, de notre accueil et de notre adhésion, au plus profond de notre humanité. Dans notre incarnation.

Oui, Seigneur, par ta grâce, garde à ton peuple sa joie, refais ses forces et sa jeunesse – cette jeunesse de la Genèse, dans l’élan Créateur qui donne vie et avenir ; rends nous encore la dignité des enfants de Dieu – celle qui nous est promise dans le baptême et dans l’amour gratuit du Père pour chacun, affermis-nous dans l’espérance de la résurrection – cette résurrection non uniquement événement du passé ou de l’avenir mais aussi à l’œuvre en nous aujourd’hui. Que la Parole de ce jour et cette eucharistie nous donnent de grandir, et de grandir chaque jour, dans l’accueil de cette découverte, du salut, de la rédemption, de la résurrection, jusqu’à ce que nous soyons libérés de tout péché et que l’amour de Dieu atteigne en nous sa perfection.

Amen.

P. Benoît Lecomte

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