Homélie du 8 mars 2026 par Mgr Gosselin

Aubeterre - Chalais - Brossac

Publié le 8 mars 2026

(Retranscription de l’enregistrement audio)

 

Nous sommes heureux d’avoir une journée bien ensoleillée aujourd’hui. Mais vous savez que ce soleil de printemps est impitoyable car il arrive presque à l’horizontal dans nos maisons, traverse des carreaux et nous révèle toute la poussière qui a été accumulée pendant tout l’hiver. D’où l’importance du ménage de printemps. On va attendre encore un peu pour le faire, mais c’est vraiment ce soleil qui nous permet de repérer ce qui ne va pas. On souhaiterait pour nos âmes avoir la belle lumière qui nous traverse comme un scanner ou une IRM et qui révèle ce qui a besoin de changer. N’est-ce pas l’objectif du carême, la joie que nous avons de pouvoir détecter ce qui a besoin de changer, d’être purifié. Et nous avons cette belle rencontre aujourd’hui racontée par l’Évangile. Vous l’avez bien suivie, une femme qui va chercher de l’eau au puits. Le puits de la Samaritaine, qui est le puits de Jacob. Avant d’être le puits de la Samaritaine, c’est le puits de Jacob, le don de notre père Jacob donné à son fils Joseph. La rencontre entre cette femme, une Samaritaine dont on ne connaît pas son nom, si ce n’est qu’elle est Samaritaine, donc elle fait partie d’une secte pour les Juifs. Elle est peu fréquentable parce qu’il ne faut pas fréquenter ceux qui font partis des sectes. Ceci dit, effectivement ils ont des différences. Les samaritains adorent sur le mont Garizim et les juifs adorent sur le mont Sion à Jérusalem. On ne se parle pas. Donc Jésus ne devrait pas parler à cette Samaritaine. Et la Samaritaine, c’est quand même une rencontre assez incroyable. Ils vont se révéler l’un à l’autre, c’est à dire qu’ils vont dire qui ils sont. Ça c’est une authentique rencontre, pas superficielle, pas simplement “ça va ? Oui, oui, ça va, merci”. Non, non, qui es-tu ? Qu’est-ce que tu as dans ton cœur ? Et c’est cette démarche que nous voyons qui est, voilà, je parlais tout à l’heure de scanner ou de l’IRM. Et le Seigneur va lui proposer une démarche intérieure qui va lui amener une guérison complète et le salut. C’est aussi une psychothérapie. Jésus l’accompagne, psychothérapie et guérison de l’âme, et guérison de la personne. Elle a vécu un événement incroyable ce jour-là et à partir de la soif, et la soif d’eau, besoin légitime, c’est aussi, et nous allons descendre au fond du cœur, de l’expression du cœur et du désir. Jésus est un bon accompagnateur. Il est respectueux, il est à l’écoute. Il pose des questions, mais les bonnes, sans juger. Il induit une démarche intérieure de vérité, sans complaisance, mais avec beaucoup de miséricorde. Saint-Augustin dit dans ses confessions : “Averti de revenir à moi-même, je suis descendu, Seigneur, tout au fond de mon cœur, et j’ai pu le faire parce que tu es venu à mon secours”. C’est exactement ce que la Samaritaine vit. Avec Jésus, elle descend tout au fond de son cœur parce qu’il est venu à son secours. Toute seule, elle n’aurait peut-être pas osé, parce que c’est difficile parfois de rentrer dans son cœur, parce que on a tellement, on a peut-être quelques dragons à la cave ou quelques fûts toxiques qu’on n’a pas du tout envie de voir. Donc il faut quelqu’un qui nous aide. Jésus est respectueux et elle écoute, mais la Samaritaine quand même a beaucoup de qualités je trouve, parce qu’elle est de bonne volonté, elle est docile, elle est sincère et elle exprime son désir. Moi je crois que cette rencontre – on pourrait dire beaucoup de choses, et partager sur cette rencontre – mais je crois que c’est la rencontre entre deux désirs. Ah bon parce que Dieu désire quelque chose ? Oui ! Oui. Dieu désire quelque chose. Il désire nous rencontrer. Il désire nous donner sa grâce. Il désire nous donner l’Esprit, l’eau qui jaillit de son cœur transpercé et qui parfois n’est reçue par personne parce que personne n’en veut mais nous en voulons comme la Samaritaine. L’expression du désir de Jésus “Donne-moi à boire”, “”donne-moi à boire. On verra bien sûr que de cette eau physique, on va passer à l’expression profonde. Et puis le désir de la Samaritaine. Est-elle pécheresse ? Oh vraisemblablement comme le sont les hommes et toutes les femmes de ce temps, comme de notre temps d’ailleurs. C’est bien pour ça que nous sommes en carême, pour repérer ce qui a besoin de changer. Elle ne devait pas être très bien considérée à sa Marie. Pourquoi ? Parce qu’aller à midi chercher de l’eau, c’est le signe qu’elle a envie de rencontrer personne. Elle est fatiguée des commentaires, elle est fatiguée des regards suspicieux sur sa vie. Aller à midi chercher de l’eau, c’est avec le désir de ne rencontrer personne. Voilà. Parce que soit elle est exclue et peut-être que dans son cœur meurtri, fatiguée, un amour trahi peut-être plusieurs fois. Enfin, on peut tout imaginer, elle est malheureuse. Et la rencontre va changer beaucoup de choses. La rencontre, c’est la rencontre et la promesse de l’eau viv. Et puis c’est la révélation de Jésus. Dans l’Évangile, il n’y a qu’à la femme samaritaine que Jésus dit : « Je le suis, moi le Messie, moi qui te parle. » Vous ne trouverez nulle part ailleurs une autre déclaration qui est quelque part comme une déclaration d’amour. Vous voyez qu’il choisit la samaritaine, car femme blessée, mais avec ce grand désir d’être comblée.  

Alors je me suis demandé, puisque c’était le thème un peu de la Récollection d’aujourd’hui : « Est-ce que ça a lien avec l’Eucharistie, cette rencontre entre Jésus et la Samaritaine ?” Je crois que oui. Je crois que oui, parce qu’il y a la rencontre entre deux désirs. En fait, vous êtes bien levés ce matin avec le désir de venir à la messe. Vous vous êtes endimanché pour arriver à la messe. Donc vous avez le désir de quelque chose, d’entendre la parole de Dieu, de recevoir le pain de vie, d’être plus paisible dans votre cœur, plus heureux dans votre vie familiale, à l’école, au travail. Un grand désir d’avoir une parole qui sauve, une parole qui purifie. Et puis l’eau vive, c’est quoi ? L’eau vive, c’est l’Esprit Saint. L’eau vive, c’est l’Esprit Saint. C’est l’eau qui jaillit aussi du cœur transpercé du Christ. Mais est-ce que ce n’est pas la définition de la grâce que nous recevons en chaque sacrement ? Et là, nous lisons dans l’épître aux Romains que nous avons entendue : “L’espérance ne déçoit pas parce que l’Esprit Saint a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné”. Après l’année de l’espérance que nous avons vécue, ce slogan “l’espérance ne déçoit pas” on l’a vu partout. Mais je trouve que c’est très important de reprendre la totalité du verset. Pourquoi l’espérance ne déçoit pas ? Parce que l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. Ça change tout. Pourquoi est-ce que nous sommes pleins d’espérance ? Parce que nous sommes comblés de l’amour de Dieu. Il ne faut pas dissocier les 2. Les 2 sont vraiment, vraiment liés. Et c’est à la fois cette pauvreté de l’homme et la sainteté de Dieu qui veut se partager, qui veut se donner. C’est le Messie, c’est le Messie. À l’Eucharistie, c’est la rencontre avec Jésus ressuscité. Il nous donne sa parole comme il a parlé à la Samaritaine. Il nous donne l’eau vive. Ce n’est plus une promesse. A la Samaritaine, Jésus a fait une promesse. Elle se réalise dans le temps de l’Eglise. Aujourd’hui ! Ne dites pas “ Je voudrais, j’espérais voir l’eau vive”. Vous l’avez, nous l’avons et il nous faut l’accueillir vraiment en plénitude et dans l’action de grâce. Oui, profondément c’est le travail échangé, restaurée dans sa dignité de femme, restaurée dans son désir profond d’aimer et d’être aimée. Ce jour-là, elle a découvert l’Amour, qui est un amour infini, qui est un amour divin. Oui, elle est guérie. Elle n’aura plus besoin de venir à midi, ce sera mieux de venir à la fraîche, chercher de l’eau. Alors, comme nous l’avons entendu, c’est bien la conclusion de la première lecture. Quand on va à la messe, alors, le Seigneur est-il au milieu de nous, oui ou non ? Oui. Le Seigneur est-il au milieu de nous, oui ou non ? Oui. Oui, il est au milieu de nous. Au milieu de nous parce que, au Ciel, au milieu de nous, il nous a parlé dans sa parole vivante, au milieu de nous, quand on a consacré le vin, et nous allons recevoir le pain pour devenir le tabernacle vivant de la divinité. Et il est au milieu de nous. Ça c’est la foi, c’est la foi et nous avons à devenir comme il y a tout ce dialogue, je ne vais pas reprendre sur l’adoration. Adorer l’Eucharistie, ça veut dire quoi ? Prendre conscience qu’il est bien là et se dire il est là, oui ou non ? Quand je regarde un ostensoir avec une hostie, il est là, oui ou non ? Je me rappelle cette personne handicapée qui disait… voilà, on est dans l’adoration, grand silence et puis tout d’un coup, on entend : “Je ne vois pas son visage, je ne vois pas son visage.” Ben oui, ce n’est pas facile à voir, Jésus dans une hostie. Mais par l’Esprit Saint, oui tout est possible. 

Et puis du cœur le plus dur – comme nous l’avons entendu dans la première lettre du rocher – peut jaillir une source et tu pourras aller abreuver les autres. Car notre monde a soif. Moi j’ai soif quand je viens à la messe. Mais le monde a soif. Et il y en a qui ne communieront et qui ne s’abreuveront que par ton sourire, que par tes paroles d’espérance, que par ton témoignage. Et retenir ton témoignage, c’est plus qu’un défaut, ça peut être vraiment un péché. Alors oui, Seigneur, nous te bénissons car tu veux nous transformer en ce temps de Carême. Qui a besoin d’être transformé ? La Samaritaine. Non, moi. J’aime bien le Carême moi, je trouve que c’est super. On peut penser qu’on va tous changer et que ça va être plus simple, plus onctueux, plus heureux. Et si le bonheur était possible en Dieu, avec lui ? Avec cette magnifique parole que nous entendons en chaque messe : “si tu savais le don de Dieu”, si tu savais le don de Dieu. Cette parole dite à la Samaritaine, elle est pour moi aujourd’hui. “Si tu savais le don de Dieu”.  Béni sois-tu Seigneur, pour cette belle rencontre que tu nous proposes en cette messe d’aujourd’hui. 

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