« Que votre lumière brille. » C’est le thème qui a été choisi pour ce dimanche de la santé, au cours duquel nous prions pour les malades, leurs familles, et aussi pour tous les soignants qui vivent parfois leur métier dans des conditions difficiles mais qui se donnent, nous le savons, sans compter, pour assurer présence et soins auprès de ceux qui en ont besoin. « Que votre lumière brille ». Nous entendons ces mots en échos aux paroles du prophète Isaïe : « Partage ton pain avec celui qui a faim, accueille chez toi les pauvres sans abri, couvre celui que tu verras sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable. Alors ta lumière jaillira comme l’aurore, et tes forces reviendront vite. » La Lumière que nous avons à faire briller n’est pas un plein phare qui éblouis celui qui vient en face. Elle n’est pas un spot de surveillance. Elle n’est pas aveuglement de l’autre, elle n’est pas une lumière qui fait peur ou qui fait fuir. Elle est partage, accueil, soin. Lumière discrète de celui ou celle qui se lève la nuit pour veiller sur son enfant, sur le malade ou sur le parent vieillissant.
« Vous êtes le sel de la terre et la lumière du monde », annonce Jésus dans l’Evangile, dans un présent étonnant, comme avec une assurance qui nous interpelle. Il n’invite pas, il constate. Il ne nous demande pas de devenir sel et lumière, il révèle que nous le sommes déjà. Il réveille notre conscience, personnelle et ecclésiale : il nous dit ce que nous sommes, et que nous n’imaginons pas à ce point. Peut-être portons-nous dans notre cœur le désir d’être sel et lumière du monde, pour témoigner et proclamer l’évangile autour de nous ? La phrase que Jésus prononce nous déplace : ce n’est pas notre désir qui s’exprime là, c’est une réalité déjà là. « Et la lumière fut », annonce le récit de la Genèse. Et cette lumière est là.
Oh, ne nous y trompons pas : nous ne sommes pas la lumière. C’est bien le Christ qui est la lumière des nations. La lumière qui est venue dans le monde et que les ténèbres n’ont pas arrêtées. Nous ne sommes que des reflets de cette Lumière. “ L’Église ne resplendit pas de sa propre lumière mais de celle du Christ ”, dira Saint Ambroise. Nous ne sommes que des reflets, mais nous le sommes réellement. Par notre baptême, nous sommes devenus des enfants de la Lumière, des fils et des filles du jour, et nous avons été revêtus de la Lumière du Ressuscité.
Pour vivre en serviteurs. Ni le sel, ni la lumière ne vivent pour eux-mêmes. Le sel permet de rehausser la saveur des aliments. La lumière permet de découvrir la beauté du monde. Le sel comme la lumière ne ramènent pas à eux, mais renvoient à tout le reste. On ne voit pas le sel dans le plat, comme on ne voit pas la lumière du jour. Mais tout ce qu’ils touchent apparait grandi, fortifié, et nous y avons accès (par le goût ou la vision). L’un et l’autre sont au service de ce qui les entoure.
« Vous êtes serviteurs », dit Jésus, en nous qualifiant de sel et de lumière, par ces mots qui font suite directement au beau texte des Béatitudes que nous entendions dimanche dernier. Vous êtes serviteurs d’humanité, d’Evangile, de Vie. Non pas « avec le prestige du langage ou de la sagesse », mais « dans la faiblesse, craintif et tout tremblant », témoigne Saint Paul. Nous cherchons toujours à être le plus fort, puis plus puissant, plus nombreux. Une nouvelle fois, une fois encore, les paroles de Jésus nous déplacent et renversent nos logiques… pour nous faire participer à la logique de Dieu. « Lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort » (2 Co 12, 10) dira ailleurs le même Saint Paul. Car alors, c’est la puissance de Dieu, infinie d’amour et de vie, qui se déploie, et non plus nos propres capacités qui, même si elles sont développées, restent bien limitées.
Nous pensons en cette eucharistie à toutes celles et tous ceux qui, au cours des messes dans tout notre doyenné, vont recevoir le sacrement des malades, l’onction d’huile qui signifie la tendresse et la proximité de Dieu au cœur même de la maladie, de la détresse, de la fatigue. Ces personnes deviennent pour nous des lumières brillantes et lumineuses, parce qu’elles deviennent signe de cette puissance de Dieu qui n’agit pas en fonction de nos capacités, mais par grâce au milieu de nos fragilités.
Il y a toutes celles et tous ceux que nous connaissons, que nous croisons, que nous visitons… et il y a aussi des dizaines ou des centaines d’autres personnes qui, frappées par l’âge, la maladie, les difficultés de mobilité, ne peuvent plus se déplacer et vivent dans un isolement trop grand. Dans les trois paroisses du Sud Charente, nous proposons une initiative pour briser cet isolement et recréer des liens, pour vivre une expérience de rencontre et de « Visitation ». A partir de ce dimanche et tout le temps du carême, chacun de nous est invité à aller visiter une personne malade ou isolée. Gratuitement. Pour l’écouter, l’accueillir telle qu’elle est, la découvrir, partager quelques instants. Nous prendrons ensuite le temps de relire cette expérience, de partager ce qu’elle nous a fait vivre intérieurement. Voilà déjà une belle façon de faire briller la lumière que nous sommes, de ne pas la laisser sous le boisseau mais de la partager avec d’autres. Et par ces « Visitations », à notre façon, de « rendre gloire à notre Père qui est aux cieux. »
Amen.
P. Benoît Lecomte







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