Homélie du 27 mars 2022, par le P. Benoît lecomte

Barbezieux - Baignes - Barret

Publié le 26 mars 2022

« Où es-tu ? » demandait Dieu à Adam caché dans le jardin.

« Où es-tu ? » continue-t-il de te demander. Es-tu plutôt le fils cadet, ou le fils aîné ? Es-tu celui qui est parti pour vivre dans ce qu’il a cru être la liberté en profitant de ses biens, en gaspillant ce qu’il avait reçu et tout son héritage ? Ou celui qui est resté mais n’a finalement jamais profité de rien, faisant de sa vie une prison, vivant sans saveur ?

Le fils cadet nous plaît. Nous nous identifions facilement à sa démarche, à sa distance, à ses détours, à son retour. En voilà un qui nous ressemble. Mais peut-être avons-nous aussi du fils aîné en nous, de celui qui veut respecter à la lettre tous les commandements, pour un peu de sagesse, au risque de la tristesse. « Où es-tu ? » Peut-être en l’un et en l’autre, en ces deux fils qui ont oublié ce qui faisait la richesse et la beauté de leur filiation. L’un en en perdant, pense-t-il, la dignité (« Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils »), l’autre en ne comprenant pas à quelle liberté cette filiation l’appelle.

« Où es-tu ? » Le père de la parabole t’indique où le Père céleste veux que tu sois : avec lui. Il le dit par sa joie des retrouvailles du fils perdu et retrouvé. Il le dit à l’aîné : « Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. » C’est là que le Père veut que nous soyons : avec lui. Avec lui dans cette soif de vie, dans cette soif de joie, dans cette soif de partage divin, dans cette soif de relation partagée. Dans cette soif de réconciliation.

            « Si quelqu’un est dans le Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né. » Voilà une autre façon de nous dire où nous sommes invités à être : dans le Christ. C’est-à-dire dans cette filiation unique qui fait de nous des enfants de Dieu, des frères et des sœurs aînés et cadets enfin réconciliés avec Lui. Invitation au retour fondamental, radical, à la conversion. L’appel se fait de plus en plus pressant : déjà nous avons passé la moitié de notre chemin de carême, et nous l’avons partagé jeudi dernier en paroisse de la façon la plus simple et fraternelle qui soit. Mais il nous faut aller encore plus loin, car c’est de Pâques qu’il s’agit de vivre. « Nous vous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu. » Nous allons pouvoir vivre la réconciliation avec lui, notamment par le sacrement du pardon et de la réconciliation, dès jeudi prochain lors d’une célébration à Blanzac, puis la semaine suivante à Barbezieux puis à Chalais. Nous pourrons vivre en profondeur ce retour au Père, comme le fils cadet de la parabole. Ne le vivons pas comme le fils aîné, c’est-à-dire comme un devoir à rendre avant la fête de Pâques pour être dans la règle et respecter les consignes. Ce serait un sacrement sans saveur, un retour raté à la filiation que Dieu veut. Vivons ces moments comme d’intenses fêtes de retrouvailles avec le Père qui nous rend à notre pleine liberté. Comme une renaissance à notre existence. Comme la sortie de notre cachette pour vivre à nouveau dans la pleine lumière.

Et ne gardons pas pour nous cette fête de renaissance. « Tout cela vient de Dieu : il nous a réconcilié avec lui par le Christ, et il nous a donné le ministère de la réconciliation. » Nous voilà chargés d’une mission peut-être inattendue, mais ô combien urgente et nécessaire/ Nous voilà élevés au rang de ministres de la réconciliation. Entre nous bien sûr, d’abord ! Pour éviter tout contre-témoignage, pour rendre notre parole crédible, bien sûr. Mais avant tout pour donner à chacun d’entre nous la chance de vivre pleinement de sa filiation divine, et nous reconnaître tous frères et sœurs, enfants d’un même Père. Entre nous, et pour le monde : dans notre société tant fragilisée par les pauvretés de toutes sortes, les nombreuses fatigues et toutes les tensions qui la traversent. Dans notre monde, en proie à tant de violences et de mépris d’humanité. Dieu nous veut avec lui, et c’est dans ce monde que nous pouvons le trouver. Car comme le père de la parabole, il est sans cesse en sortie. Il ne reste pas bien au chaud dans son domaine, mais il sort à la rencontre des hommes, et d’abord de tous ceux qui ne vivent plus de la paix de la réconciliation et du pardon. Et c’est là qu’il nous envoie comme ministres, serviteurs de réconciliation. Comme « ambassadeurs du Christ. » Voilà un beau chemin de carême à vivre pour accueillir le mystère de Pâques en plénitude, et que resplendisse la Bonne Nouvelle partout dans le monde et dans le cœur de tout Homme.

            Frères et sœurs – et il faut dire ces mots non comme une apostrophe spirituelle ou un élément de langage, mais avec toute la charge et la responsabilité qu’ils portent en eux – ne délaissons pas cette mission de devenir des ministres de la réconciliation, des révélateurs de la filiation divine de chaque être humain, des acteurs d’une communion divine unissant toute la famille humaine. En disant cela, nous plaçons peut-être la barre un peu haute ! Mais c’est pour cela que le Père nous appelle à nous réconcilier avec lui et à vivre avec lui et en lui. A vivre dans l’amour tout-puissant. Laissons-nous réconcilier, avec Dieu et les uns avec les autres. Pour ne pas rater notre chemin de carême. Pour répondre à notre vocation ultime.

            Si nous en avons encore, il nous reste moins d’1/2 carême pour quitter nos récriminations, nos bougonneries et nos peurs, accueillir la joie des retrouvailles et pouvoir répondre, avec tous ceux qui partagent notre vie et notre terre : Je suis là, vivant avec Toi, j’étais perdu et Tu m’as retrouvé ! »

Amen.

P. Benoît Lecomte

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