(Entrée en catéchuménat de Kyliana, dimanche de la Parole – semaine de prière œcuménique)
« Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. La terre était informe et vide, les ténèbres étaient au-dessus de l’abîme et le souffle de Dieu planait au-dessus des eaux. Dieu dit : « Que la lumière soit. » Et la lumière fut » (Gn 1, 1 – 3). Puissance créatrice de la Parole de Dieu. Par sa Parole, Dieu fait naître, fait venir à la vie. Ce qu’il dit advient à l’existence. Du chaos, du néant, de l’informe et vide, des ténèbres, jaillit la lumière. « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi », raconte le prophète Isaïe. Comme une nouvelle naissance, une nouvelle création, une nouvelle espérance, une nouvelle advenue à l’existence. Dieu n’a pas créé la lumière une fois pour toute au début de l’histoire du temps, puis s’est retiré, mais crée cette lumière à chaque instant, relançant à chaque instant une nouvelle espérance. La Parole, ayant agi au début, ne s’est pas tue ensuite. Au contraire, elle continue sans cesse, à chaque époque, à chaque instant, de dire et de créer, d’appeler à la vie, de faire naître du nouveau. « De la joie et de l’allégresse » pour tout le peuple, continue le prophète. A chaque instant, Dieu dit : « Que la lumière soit », et la lumière est.
Et la Parole vient à nous. Et la lumière aussi.
Cette lumière a pris chair, un jour du temps. Saint Jean, le matin de Noël, nous le rappelait : « Au commencement était le Verbe – la Parole –, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu. C’est par lui – c’est par elle – que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui. En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ; la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée. Le Verbe – la Parole – était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde. Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous » (Jn 1, 1-14). Le Verbe, la Parole, et la Lumière, indissociables. Le Verbe, la Parole, la Lumière, devenue Homme. Jésus. Il est la Parole de Dieu, le Verbe, la Lumière, il est la puissance de création. Il est l’appel que Dieu lance à chacun depuis toujours et à toujours, inlassablement. Cet appel à la Vie. « Advient », te dit-il. Vient à l’existence, à ton existence, avec tous les autres. Par sa Parole, par son Verbe, par Jésus, le Christ, Dieu appelle encore.
C’est ce que nous voyons dans l’évangile de ce jour. Il appelle des pécheurs, des frères, deux par deux. Il les appelle à le suivre. A être avec lui, à partager sa propre vie, son intimité de Verbe, de Parole, de Lumière. Il les invite à le connaître, lui qui vient du Père. Pour entrer dans le Mystère du Père, et devenir eux-mêmes. Et à proclamer que le Royaume de Dieu est tout proche. Il appelle des hommes et des femmes, des disciples, et toute l’Eglise. Il appelle chacun de nous, comme il t’appelle, Kyliana, toi qui oses ce matin joyeusement cette première étape officielle sur le chemin de ton baptême : ton entrée en catéchuménat. Ton pas est ta réponse libre à l’appel premier que tu as entendu, mystérieusement, de Dieu, à travers ceux qui t’entourent et au plus profond de ton cœur. Pour accueillir la Lumière, jusqu’à l’illumination de ton baptême. Dieu t’appelle à la vie, à l’existence, et, à ton rythme, à prendre ta place dans l’Eglise, cette Eglise qui n’a pour mission que deux choses : être avec lui, vivre avec lui et proclamer l’Evangile du Royaume, la Bonne Nouvelle de Jésus. La Bonne Nouvelle que la Lumière s’est levée dans les ténèbres, et qu’elle brille désormais pour toutes celles et tous ceux qui veulent bien l’accueillir dans l’amour. La Bonne Nouvelle que Dieu appelle chacun à la vie, à l’existence, à sa suite, toujours. Et qu’aucune ténèbres, aucun péché, aucun néant, aucune mort ne peux l’arrêter.
Par sa Parole, Dieu appelle à la vie. Et la vie n’est pas uniforme, calibrée, monochrome, monolithe. Elle est foisonnement, jaillissement permanent, elle est mille manières d’aimer et de se réconcilier, elle est diversité des charismes et complémentarité, multiplicité d’opinions et de pensées à vivre dans la recherche d’une « harmonie parfaite », disait Saint Paul. En ce dimanche de prière pour l’unité des chrétiens, nous pensons à la richesse des différentes traditions et églises chrétiennes, qui plongent pourtant toutes au même baptême, à la même foi, au même Seigneur et Christ, à la même Parole créatrice. Et la communion réciproque que nous pouvons vivre entre nous, entre nos églises chrétiennes et à l’intérieur de chacune de nos communautés, devient alors elle-même Parole. Parole de paix et de réconciliation, parole d’espérance pour un monde qui se cherche, pour une humanité si souvent éclatée et divisée.
Dieu appelle. T’appelle. Nous appelle. Être Eglise, faire Eglise est notre réponse (ek-eklesia : ceux qui sont convoqués, rassemblés par Dieu, par sa Parole, autour de son Christ Jésus). Laissons résonner cette Parole en nos cœurs, faisons-la transpirer dans toutes nos relations, et que sa Lumière brille tout autour de nous, pour que notre monde en soit illuminé et sache répondre, pleinement, à l’appel de Dieu à la vie.
Amen.
P. Benoît Lecomte






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