Homélie du 22 novembre 2020 par le P. Benoît Lecomte

Barbezieux - Baignes - Barret

Publié le 22 novembre 2020

Solennité du Christ Roi de l’univers

Pour commencer en disant toute la vérité, je déconseille vivement la lecture de cette page d’Evangile selon Saint Matthieu. Elle est d’une exigence incroyable. D’un retournement de situation totalement inconcevable. Mieux vaudrait pour nous ne pas l’avoir entendue, car à présent, nous ne pouvons plus nous faire d’illusion ou nous bercer de pieuses rêveries. Jean Paul II le disait à sa façon dans sa Lettre pour le 3ème millénaire : «  Cette page n’est pas une simple invitation à la charité; c’est une page de christologie qui projette un rayon de lumière sur le mystère du Christ. C’est sur cette page, tout autant que sur la question de son orthodoxie, que l’Église mesure sa fidélité d’Épouse du Christ » (n°49). Il ne suffit pas de « croire juste », il faut aussi « vivre juste », et plus encore « aimer juste ». C’est d’ailleurs sur la mise en œuvre de cette page, bien plus que sur tous nos discours, que les non chrétiens trouvent, ou pas, la crédibilité de notre message et de notre témoignage. Elle est donc une page clef de notre engagement missionnaire, de notre vie de disciples. Dans l’énoncé de notre thème d’année diocésaine, « mission et solidarité » ne font qu’un, réunis dans la figure du Christ s’identifiant et se faisant lui-même le pauvre.

Quelle heureuse parole en ces temps troublés et marqués par tant de difficultés et de pauvretés ! Christ – car c’est lui qui parle ! – nous rappelle qu’il n’est pas absent de notre réalité, de nos questions, de nos angoisses et de tout ce que nous vivons. Il n’est pas absent, il est là. Présent. Plus que jamais, autour de nous, dans les hôpitaux, dans les prisons, dans les rues, derrières les murs des maisons aux volets fermés, à nos frontières, dans nos services sociaux, à la porte de nos associations… peut-être dans notre maison. Un passage du Livre de l’Apocalypse, dans la liturgie de cette semaine, reprenait ce verset bien connu : « Voici que je suis à la porte et je frappe » (Ap3, 20). La porte a été ouverte. Non pas pour que le Christ entre, mais pour qu’il sorte. Nos églises sont vides en ce moment. Pour un temps – pour un temps seulement – nous ne nous y retrouvons plus ensemble pour prier. Christ est sorti, toujours et plus que jamais en sortie. Et nous le retrouvons là, dehors, reconnaissable à celui qui a faim, qui a soif, qui est nu, prisonnier, malade ou étranger. Incroyable Christ qui ne cesse de nous surprendre.

Car ce qui est surprenant c’est que, faisant ainsi, non seulement Christ ne disparaît pas, mais il devient Roi. Roi de l’univers. Roi de tous les vivants, Roi de tout le vivant. Se laissant reconnaître par le pauvre et le petit, il vient rejoindre toutes nos petitesses et toutes nos pauvretés par un amour immense. Il vient rejoindre chacun de nous non par nos certitudes, nos sécurités ou nos exercices de piété mais par nos manques et nos pauvretés. La grandeur de la royauté du Christ est là. Et c’est par cette royauté qu’il guide le monde et mène notre histoire à son accomplissement. « Voici que moi-même, je m’occuperai de mes brebis, et je veillerai sur elles. La brebis perdue, je la chercherai ; l’égarée, je la ramènerai. Celle qui est blessée, je la panserai. Celle qui est malade, je lui rendrai des forces. Celle qui est grasse et vigoureuse, je la garderai, je la ferai paître selon le droit », disait-il par la bouche d’Ezéchiel. Il nous faut entendre et réentendre ces versets avec la force qu’ils portent en eux ! Combien pouvons-nous douter, parfois, en voyant ce qui arrive à notre terre, à nos pays, à notre famille humaine, de la présence et de l’efficacité de Dieu ? Où est-il donc à l’heure de cette pandémie, de toutes les crises qui précédaient et de toutes celles qui en sont conséquences ? « Je m’occuperai de mes brebis, je veillerai sur elles », rappelle-t-il. Il est le Maître de l’histoire. Parole d’espérance pour nous, même si cette espérance n’est pas toujours visible ou sensible à hauteur de ce que nous vivons. Mais Parole de Dieu qui ne déçoit pas. Il est le Roi dont aucun roi n’arrive à la hauteur, car pas un seul autre roi que lui peut connaître, aimer et servir chacun de ses « sujets », chacun de celles et ceux qui habitent le Royaume, Royaume de tendresse, de solidarité, d’attention, de paix et de justice. Il est le Roi parce qu’il guide notre humanité et toute la Création au rythme de chacun et dans une communion indépassable où chacun est solidaire de tous. Il est le Roi parce qu’il est le Dieu de Vie, « premier ressuscité parmi ceux qui se sont endormis », rappelait Saint Paul et que « tout est à ses pieds. » Tout est à ses pieds, parce que Lui est le premier à être aux pieds de chacun de nous, Serviteur des serviteurs, Roi des rois, Seigneur des Seigneurs, Pauvre des pauvres.

Cette page d’Evangile est donc « page de christologie », dit Jean-Paul II. Elle nous dit qui est le Christ, qui est ce Roi que nous célébrons aujourd’hui. Nous parlions dimanche dernier du « culte du frère. » Ici encore une fois, et plus qu’ailleurs encore, c’est Dieu qui se fait frère pour que le « culte rendu au frère » devienne le culte rendu à Dieu. En ton frère que tu vois, et peut-être encore davantage en ce frère défiguré par les événements, les soucis, l’inquiétude ou les épreuves, voici le visage et la présence du Roi de l’univers. Visage et présence de Celui qui donne la Vie, de Celui qui est la Vie, de Celui qui est ta vie. Car sa main tendue te fait sortir de toi et t’ouvre à la vie, à la relation, à l’autre, jusqu’en tes propres pauvretés. « Chaque fois que vous ne l’avez pas fait, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait. » et ceux-là sont déjà morts, enfermés, enterrés. Ceux qui ont tendu la main, offert un verre d’eau ou couvert d’un vêtement, ceux-là ont rencontré le Vivant et sont devenus vivants, vivants de la vie éternelle, vivant de l’Amour que rien n’éteint.

Comment mieux entendre cette Parole que dans le contexte et la situation que nous vivons ? Sûrement en chacun de nous se mêlent et se croisent les deux catégories de brebis et de boucs. Que cette Parole nous garde dans la confiance en Celui qui prend tout de nous pour le mener à son accomplissement, par nous et avec nous. Ouvrons nos mains, nos cœurs, nos yeux, nos agendas, nos capacités, nos compétences, nos volontés, notre intelligence et toute notre existence à ces frères, à ces sœurs qui sont là, tout proche de nous. C’est à eux que le Seigneur nous envoie pour que nous le reconnaissions, Lui, notre Dieu et notre Roi. Et nous voilà responsables de l’Amour à vivre et à porter et partager autour de nous. Sûrs de la fin de l’Histoire et des temps, quand « Dieu sera tout en tous. »

Amen.

P. Benoît Lecomte

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