Hier, par une belle matinée ensoleillée, la messe étant dite, un café avalé, je me suis mis à mon bureau pour préparer l’homélie de ce jour. Un moment que j’affectionne particulièrement. J’ai retroussé mes manches, je me suis mis à prier et au moment où j’allais prendre mon stylo, le téléphone a sonné. C’était Janine, à l’accueil paroissial. Elle venait de recevoir un appel demandant qu’un prêtre parte en urgence donner l’extrême onction. J’ai donc aussitôt pris une étole, l’huile des malades, le rituel, et je suis allé exercer un des actes les plus forts de mon ministère : donner les derniers sacrements à une chrétienne sur le point de vivre son dernier passage.
Cela accompli, je suis revenu au presbytère. J’ai ouvert mon Magnificat et je me suis mis à lire l’évangile que nous venons d’entendre… Une lecture saisissante, comme transformée par ce que je venais de vivre. En effet, le cri de détresse de Marthe et de Marie prend une autre couleur quand on vient de quitter le chevet d’une personne à l’agonie : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort »… Mais ce qui m’a encore plus frappé, c’est la réponse de Jésus : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ».
Alors évidemment, chers frères et sœurs, comparaison n’est pas raison. Cela n’a échappé à personne, je ne suis pas Jésus. Mon ordination, qui m’a configuré à lui d’une manière particulière au point de célébrer les sacrements en son nom, n’a pas changé mon humanité. De plus, contrairement à Lazare, la personne que je venais de quitter était encore en vie.
Cependant, dans cette expérience sacramentelle, il y a quelque chose de comparable avec ce passage d’évangile. « Lazare, crie Jésus d’une voix forte, viens dehors ». « Théotime, dit le prêtre d’une voix calme, par cette onction sainte, que le Seigneur, dans sa grande bonté, vous réconforte par la grâce de l’Esprit Saint. Ainsi, vous ayant libéré de tout péché, qu’il vous sauve et vous relève ».
Ce sont ces derniers mots, chers frères et sœurs, qui ont résonné hier d’une manière particulière : « qu’il vous sauve et vous relève ». Comme pour Lazare, le sacrement des malades est mystérieusement un sacrement de vie. C’est comme si le Seigneur disait à chaque personne comme il dit à Marthe : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ».
Alors évidemment, c’est particulièrement explicite dans le sacrement des malades. Mais je crois que c’est aussi vrai de chacun des sept sacrements. Pas besoin d’attendre nos derniers instants pour entendre ces paroles de vie.
En effet, c’est déjà cette puissance de résurrection qui est à l’œuvre dans le baptême. Comme le dit saint Paul dans l’épître aux Colossiens : « Dans le baptême, vous avez été mis au tombeau avec lui et vous êtes ressuscités avec lui par la foi en la force de Dieu qui l’a ressuscité d’entre les morts ». Je ne vous apprends rien, chères Fleur-Anne, Emma et Nora, dans quelques jours, vous allez vivre ce grand passage de la mort à la vie AVEC le Christ. Vous allez mourir AVEC LUI à votre vie ancienne pour ressusciter AVEC LUI à une vie nouvelle.
D’ailleurs, quelques instants plus tard, par l’onction d’huile, le Seigneur vous remplira de la puissance de son Esprit Saint pour que vous puissiez vivre intensément de cette vie nouvelle. Dans une parole que vous ne recevrez qu’une seule fois, je vous dirai : « Fleur-Anne, Emma, Nora, reçoit l’Esprit Saint, le Don de Dieu ». Un Don de création. Un Don de recréation. Un Don de vie pour que toute votre existence soit consacrée au Seigneur Jésus qui est mort et ressuscité pour vous.
Sacrement du baptême, sacrement de la confirmation, sacrement de l’Eucharistie enfin. Car la communion au Corps et au Sang du Christ que vous vivrez dans la même nuit sera elle aussi une entrée dans la vie nouvelle. Une vie qui ne vous appartiendra plus totalement, mais qui sera insérée dans le Corps du Christ. Jésus en parle d’ailleurs ainsi au début de l’évangile de Jean : « Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel, dit-il à la foule, si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement ». Puis il poursuit : « si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, vous n’aurez pas la vie en vous ». Chère Fleur-Anne, chère Emma et chère Nora, voulez-vous avoir la vie en vous ? Voulez-vous recevoir ce Pain qui donne la vie ?
Vous accompagnant sur ce chemin depuis de longs mois déjà, il m’a été donné de découvrir ce désir qui habite votre cœur. Et ce matin, au milieu de notre assemblée, je voudrais vous dire « MERCI ». Merci car votre chemin stimule et réveille notre communauté paroissiale. Si bien que ce matin, grâce à vous, chacun d’entre nous est appelé à s’interroger : est-ce que je veux moi aussi entrer plus profondément dans cette vie nouvelle en Dieu ?
Pour cela, l’Eglise nous donne tout ce dont nous avons besoin. Le sacrement de l’Eucharistie, bien sûr. Et si nous sommes rassemblés ce matin dans cette église, c’est certainement parce que nous avons conscience de son importance pour notre vie. Mais ce sacrement est-il le seul ? Est-il suffisant pour vivre de cette vie nouvelle offerte le jour de notre baptême ?
Pour retrouver la blancheur première, pour nous laisser rejoindre, purifier, aimer, sauver par le Seigneur, Dieu nous a donné également le sacrement de la réconciliation, sacrement de vie et de salut. Car oui, évidemment, ce sacrement comprend une part de peine, de regret, de mort, comme tous les sacrements. Mais il est aussi et surtout l’occasion de recevoir à nouveau la vie en Dieu. « Déliez-le et laissez-le aller » dit Jésus à ceux qui s’étaient rassemblés autour du tombeau de Lazare. « Par la mort et la résurrection de son Fils, il a réconcilié le monde avec lui et il a envoyé l’Esprit Saint pour la rémission des péchés ; par le ministère de l’Église, qu’il vous donne le pardon et la paix !» dit le prêtre dans la formule d’absolution.
Chers frères et sœurs, poussés par les catéchumènes, au cœur de ce temps du carême, nous sommes invités à recevoir d’une manière nouvelle la vie que Dieu veut nous donner. Ce matin, il nous y appelle d’une manière pressante. Alors laissons rejoindre par sa miséricorde infinie dans le sacrement de la réconciliation. Recevons son Corps livré par amour pour nous dans l’Eucharistie. Et faisons à nouveau rayonner la puissance de vie que le Seigneur nous a offerte le jour de notre baptême. Nous sommes morts et ressuscités avec lui, alors vivons de cette vie divine qu’il nous donne en partage ! « Moi, je suis la résurrection et la vie, dit le Seigneur. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ». Amen.






Laisser un commentaire